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Un dernier cri du coeur

Jean Désy, poète, essayiste, romancier et médecin  6 décembre 2011  Actualités en société
Une femme promène son enfant en poussette dans le Grand Nord québécois.<br />
Photo : Agence Reuters Andy Clark
Une femme promène son enfant en poussette dans le Grand Nord québécois.
l y a quelques jours, dans le Grand Nord, à Inukjuak, Minnie Nayoumealuk est morte. Elle n'était âgée que d'une quarantaine d'années. Elle avait écrit le poème qui suit, en anglais. J'ai pensé que ce texte valait la peine d'être diffusé puisqu'il me paraît extrêmement évocateur d'une situation sociale difficile qui ne fait que prendre de l'ampleur chez les Inuits du Nunavik, et qui touche particulièrement les femmes et les enfants.

Minnie Nayoumealuk
(Traduction Jean Désy)

J'avais sept ans, un homme m'a violée
À huit ans, mon père me versait du brandy
À neuf ans, mes parents étaient gentils
À dix ans, j'ai appris à voler à la Coop
À onze ans, j'apprenais à faire des clean-up
À douze ans, je sniffais de l'essence
À treize ans, je priais Satan
À quatorze ans, j'ai vu deux filles
Tuer leur amoureux d'un coup de fusil
À quinze ans, mon père est mort
Puis un homme de ma famille m'a violée
C'est dur de pleurer
À seize ans, je ne faisais que jouer au Bingo
Et à la loterie Number 7
À dix-sept ans, j'étais en colère
Je ne faisais que crier
À dix-huit ans, j'apprenais à boire, à me droguer
À me suicider en mettant une aiguille dans mon bras
À dix-neuf ans, mon amie est devenue lesbienne
À vingt ans, un autre homme m'a violée
À vingt et un ans, je disais fuck you et bitch
Et shit et asshole
À vingt-deux ans, j'ai recommencé à sniffer de l'essence
À vingt-trois ans, j'ai appris à mentir
À ma famille, à mes amis
Mon coeur souffre
Il a beaucoup souffert
Je ne connais pas l'amour
Je ne sais pas serrer les autres dans mes bras
Je ne sais pas comment pardonner
Je veux être une bonne personne
Je ne veux plus être de mauvaise humeur
Je veux apprendre
À serrer quelqu'un dans mes bras
À aimer à pardonner
En même temps, je veux me droguer
Mettre une aiguille dans mon bras
Pour mourir
Je suis si fatiguée d'être en vie
Je suis maintenant différente
Je m'oppose à tout le monde
La vie n'est pas facile
J'ai plus que jamais besoin d'aide
Qui peut m'aider aujourd'hui
Toute seule, je ne peux y arriver

***

Jean Désy, poète, essayiste, romancier et médecin
 
 
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  • Le prince du Nord - Inscrit
    6 décembre 2011 07 h 05
    Merci!
    Mr Mr Désy de nous rappeler cette dure réalité.. Plutôt ,merci Minnie! Nous avons plus que les moyens d'aider ces communautés, mais nous sommes intoxiqués à notre tour par la surconsommation des Fêtes..
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  • Pierre Girard - Abonné
    6 décembre 2011 08 h 30
    Quel poème! Dieu que la vie est... arrgghhh et puis merde. Chienne de vie!
    Triste poème. Histoire d'une tristesse triste à mourir...

    Je vais expédier ce poème à ma liste...

    ouf!

    oufff!
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    6 décembre 2011 10 h 18
    Démocratie
    Le Québec pourra prétendre être démocrate et épris de justice le jour où il s'attaquera franchement à réduire les inégalités avec les autochtones. Quand un québécois dit de souche joue à la victime dans l'histoire du Canada, j'ai envie de vomir.
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  • Francine Vanier - Abonné
    6 décembre 2011 10 h 56
    Quelle tristesse
    On s'endette pour offrir à ceux qui ont déjà tout... surtout durant cette période des Fêtes. Ce poème un cri de désespoir me bouleverse, on se plaint trop souvent le ventre plein. Merci pour cette prise de conscience
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  • Jacques Gagnon - Abonné
    6 décembre 2011 11 h 11
    Merci
    Un témoignage si brutalement réel venant de vous, ça vous scie les jambes. Comment cesser de pleurer ?
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    6 décembre 2011 11 h 25
    Merci
    Merci pour avoir publié ce poème qui en dit beaucoup sur la vie difficile de bien des femmes autochtones. J'ai aussi travaillé au Nunavik et vu bien des cas comme celui de Minnie, comme j'en ai aussi vu au Nunavut, ailleurs dans le nord ou encore dans le Downtown Eastside de Vancouver.

    Le sort des femmes autochtones est une tragédie nationale qui a été soulignée par bien des organismes internationaux et dans les dernières décennies près de 600 femmes autochtones ont disparu, sans laisser de traces et ça ne semble pas préoccuper la société canadienne qui se dit «développée». J'ai travaillé auprès d'une autre Minnie dans un autre village du Nunavik: elle demeurait dans une cabane de la grosseur d'un «container» avec son fils de quelques mois et un homme l'a violée et pratiquement détruit sa «cabane» alors qu'il n'y avait aucun policier dans ce village. Cet homme a éventuellement été envoyé dans le sud mais on l'a simplement libéré avec un sursis de peine avec la condition d'aller vivre ailleurs - ce qu'il a fait. Dans son nouveau village, il a violé deux autres femmes.

    Le désespoir de Minnie est chose courante pour bien des autochtones, femmes et hommes, et on se trouve souvent bien insignifiants face à ces situations. Comment se fait-il que notre pays semble se complaire dans cette situation?
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  • Celine A. Massicotte - Abonnée
    6 décembre 2011 14 h 02
    Oubli volontaire?
    M. Saint-Cyr, vous oubliez que c'est tout de même au Québec que la situation des autochtones est... la moins pire disons: ce dossier ne relève pas de nous mais du fédéral, hélas. C'est ici que Cashtin a fait carrière comme Simiam l'entreprend aujourd'hui, et que Saganash est aussi un Québécois. La Paix des braves a été signée au Québec, et on pourrait parler de Louis Riel, Métis dont seule notre population contestait l'exécution... Lors de manifestations autochtones en Ontario, il y a quelques années, plusieurs d'entre eux ont été tués, il y a eu enquête et règlement; à Kahnawake, au Québec, dans des circonstances un peu similaires, seul un soldat Québécois non autochtone a été tué, et on nous a fait une réputation de racistes; quant au meurtre, il n'a même jamais été éclairci...

    Les Autochtones, d'un bout à l'autre du Canada, ont connu les collèges qui devaient les assimiler où ils ont en plus été abusés physiquement et sexuellement, et ici... des orphelins ordinaires sont devenu en plus les orphelins de Duplessis, connaissant à peu de choses près le même sort...

    Alors les malheurs des uns n'effacent ni ne justifient ceux des autres, ils s'additionnent, et je crois que dans un Québec indépendant ça n'irait que mieux pour toutes nos communautés.
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  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit
    6 décembre 2011 16 h 30
    @celinemassicotte: victimisation
    Les chiffres socio-économiques disent tout. Tenter de relativiser est un mauvais calcul ou un très piètre argument.
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  • Celine A. Massicotte - Abonnée
    6 décembre 2011 17 h 53
    À M. St-Cyr: victimisation...
    Ben sortez les chiffres! Tous les chiffres: je n'en ai vu aucun dans vos commentaires, ni autour du poème. Et n'en oubliez aucun: ceux du Canada, ceux du Québec. N'oubliez surtout pas au départ que le Québec représente 23% de la population canadienne, Autochtones inclus, mais les Autochtones au Canada représentent combien?, 3 ou 4% gros max. Alors oui, parlons chiffres, sortons les tous je vous suis. On peut relativiser, mêmes les chiffres.

    Les autochtones vivent souvent dans une pauvreté abjecte, mais des femmes et des enfants non autochtones aussi; les problèmes de prostitution parfois juvénile, de santé mentale et d'itinérance versus judiciarisation, et de toxicomanie, ne sont pas exclusifs à leurs communautés non plus que les abus sexuels et l'analphabétisme. Et à travers tout ça il y a les politiques et la poltique et il faut en tenir compte. À propos, les enfants de Duplessis c'était une autre entente fédérale/provinciale

    Victimisation? À deux tranchants. L'humanité, elle, est une et je ne vomis ni sur les uns ni sur les autres: un suicide c'est un suicide, ce qu'il faut c'est agir dans la mesure de nos moyens, ce qui vaut aussi pour les gouverments SELON LEUR NIVEAU DE RESPONSABILITÉ.

    Parlant suicide ce qui suit n'est pas un poème mais la lettre d'un jeune Québécois de 22 ans qui, en dehors de son travail, vivait fenêtres et stores clos: un psychiatre qu'il avait rencontré 3 semaines avant son passage à l'acte lui affirma qu'il n'avait pas de problème sauf la peur des femmes, bonjour bonsoir. Pas grave pour un héréro: la moité de l'humanité est constituée de femmes. Et au travail (salaire minimum) il était incapabale de confronter ceux qui sacraient comme des chartiers à coeur de jours. La lettre était pour sa famille et allait comme suit: "Je ne veux pas de la vie éternelle, je ne veux pas de la réincarnation, JE VEUX ÊTRE DÉTRUIT. Et disons qu'il ne s'est pas raté.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    6 décembre 2011 18 h 53
    Non, pas d'oubli...
    Mme Massicotte, les autochtones ne sont pas mieux traités au Québec qu'au Canada et il n'y a pas eu plusieurs morts à Ippewash en Ontario, mais un seul, un de trop. Il y a beaucoup plus de femmes autochtones qui disparaissent ou qui sont assassinées (au Québec et au Canada) que de victimes des troubles entre autochtones et autorités. Si les Cris, les Inuit et les Naskapis du nord québécois ont un sort un peu meilleur que d'autres au Québec ou dans d'autres provinces, c'est qu'ils ont une entente de revendication territoriale, la Convention de la Baie-James et du Nord québécois, un traité moderne qui remplace la loi sur les Indiens. Il y a aussi des traités de ce genre dans d'autres provinces et dans les territoires, comme l'Entente du Nunavut, celle des Inuvialuit, celle des Vuntut Gwitchin, des Nisga'a etc. Pour ceux qui n'ont pas de traité, la situation est généralement peu enviable, sauf exceptions, que ce soit au Québec ou ailleurs.
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  • Celine A. Massicotte - Abonnée
    6 décembre 2011 20 h 07
    Grand merci de vos informations suplémentaires...
    et rectificaation, M. Rousseau, même si mon message ne s'adressait pas à vous dont le commentaire était très clair, convaincant et sans hargne. Mais pas certaine qu'il s'agissait d'Ippewash, en tous cas, ce nom ne me dit absolument rien, mais c'est peut-être un blanc de mémoire.

    Je pensais aussi à ce village autochtone près de Québec, qui semble faire fureur touristiquement, et à d'autres expériences positives locales, ici et sans doute dans d'autres provinces ou territoires, dont on ne parle que très peu.
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  • Annie Marcotte - Inscrite
    8 décembre 2011 16 h 18
    Je suis perplexe...
    Je ne suis pas très chiffres et statistiques et je n'en vois d'ailleurs pas ici la pertinence. Une situation sociale déplorable demeure une situation à dénoncer nonobstant le nombre. Point. Pourquoi vouloir comparer la situation des communautés autochtones à celle des orphelins de Duplessis ou à celle de la fraction de la population devant conjuguer avec des problèmes de santé mentale, de toxicomanie, etc? Est-ce que l'inacceptabilité du génocide du Rwanda se trouve diminuée en regard de l'holocauste? Et oui, Kashtin et Samian ont fait carrière au Québec, mais Nelson Mandela demeure actif en Afrique du Sud sans que le gouvernement doive en être remercié. Choisir les causes que l'on souhaite endosser est une chose et quelques soient la ou les dites causes, ce ne peut qu'être louable. Le regrettable tient en ce besoin un peu chauvin qui nous reste et nous pousse à ne toujours prêcher que pour notre paroisse...
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