Comment être «sexy» quand on parle de pauvreté?
Rachel Lemelin - Étudiante à la maîtrise en Service social à l'Université de Montréal
5 décembre 2011
Actualités en société
Depuis octobre, une mouvance d'indignation et de contestation s'observe avec notamment le mouvement «Occuper/Occupy». Ce mouvement nous rappelle que 1 % de la population s'approprie les richesses des 99 % restants. Parallèlement, la sortie récente du film Survivre au progrès critique la croissance sans brides dans laquelle l'humanité s'est engagée. Cette croissance accélérée, dont on nous parle comme d'une nécessité, donne lieu à un accroissement des inégalités entre riches et pauvres, inégalités qui s'accentuent sans cesse.
Pourtant, politiciens et médias nous ramènent sans cesse à la nécessité économique: la dette augmente, les coffres de l'État sont vides, on doit réduire les services, etc. Cette nécessité économique, qui concerne-t-elle exactement? Quand on voit les banques engranger des profits malgré cette période économique prétendument difficile, on se questionne. On montre pourtant du doigt les plus démunis: ce sont les assistés sociaux qui nous coûtent cher.
Et les entreprises qui ne paient pas leur juste part d'impôt? Investissement Québec annonce fièrement sur son site que le taux d'imposition des sociétés est de 28,4 % au Québec, ce qui en fait un des plus bas en Amérique du Nord. Pendant ce temps, les travailleurs dont le revenu se situe entre 39 060 $ et 78 120 $ sont imposés à 20 %, alors que ceux dont le revenu est de 78 120 $ et plus sont imposés à 24 % (Revenu Québec). Je n'ai pas fait le calcul, mais je serais curieuse de savoir la différence entre le coût de l'assistance sociale et la perte de revenus à l'État causée par des impôts «infini minimum» (pour paraphraser Desjardins) pour les entreprises et les particuliers les plus riches...
Rien de tout cela n'est nouveau. Tout le monde me dira que c'est normal: les entreprises fournissent des emplois, alors on doit les attirer chez nous, dans un contexte de concurrence grandissante entre les pays. On nous dira aussi que c'est comme ça, qu'on n'y peut rien, que ça ne va pas changer, que tous les politiciens sont les mêmes, qu'on doit faire avec, etc. Je suis d'accord, c'est vrai. Comment sentir qu'on a du pouvoir face à une machine aussi puissante que ce capitalisme débridé auquel nos États ne semblent même plus vouloir s'opposer en proposant un filet de sécurité décent?
Comment s'opposer à des emplois, lorsque l'entreprise qui nous les offre n'est ni socialement ni écologiquement responsable, mais que notre survie en dépend? Comment critiquer le gouvernement ou les bailleurs de fonds privés qui financent les projets des organismes communautaires quand la pérennité de nos emplois et de nos services à d'autres plus démunis encore en dépend? Comment proposer à un demandeur d'asile d'exprimer son insatisfaction, ses manques, quand la prise de parole pourrait le conduire à la déportation? Comment s'attaquer à la pauvreté quand les besoins sont si grands et les ressources dont on dispose si minces? Et surtout, comment parler de pauvreté de façon «sexy», pour réveiller l'apathie de tous ceux qui vivent dans le «confort et l'indifférence»?
On peut faire des guignolées et des paniers de Noël. C'est nécessaire, on le sait, on le voit. Et pourtant, je continue d'avoir un malaise: s'il est nécessaire de pallier les nécessités criantes en attendant l'avènement d'une société plus juste, il l'est tout autant de s'attaquer aux structures qui causent ces inégalités sociales. Or, qu'en est-il? Où sont les généreux donateurs lorsqu'il est temps de s'attaquer à ce mal plus profond? Qu'on se comprenne bien: j'apprécie les dons pour les plus démunis, ils sont essentiels. Par contre, ces dons devraient selon moi s'inscrire dans une démarche, dans un mouvement plus vaste qui s'attaque aux causes structurelles des inégalités sociales. Pour y arriver, je me demande comment rendre la pauvreté assez «sexy» pour rassembler tous les acteurs autour de cette priorité. Des idées?
***
Rachel Lemelin - Étudiante à la maîtrise en Service social à l'Université de Montréal
Pourtant, politiciens et médias nous ramènent sans cesse à la nécessité économique: la dette augmente, les coffres de l'État sont vides, on doit réduire les services, etc. Cette nécessité économique, qui concerne-t-elle exactement? Quand on voit les banques engranger des profits malgré cette période économique prétendument difficile, on se questionne. On montre pourtant du doigt les plus démunis: ce sont les assistés sociaux qui nous coûtent cher.
Et les entreprises qui ne paient pas leur juste part d'impôt? Investissement Québec annonce fièrement sur son site que le taux d'imposition des sociétés est de 28,4 % au Québec, ce qui en fait un des plus bas en Amérique du Nord. Pendant ce temps, les travailleurs dont le revenu se situe entre 39 060 $ et 78 120 $ sont imposés à 20 %, alors que ceux dont le revenu est de 78 120 $ et plus sont imposés à 24 % (Revenu Québec). Je n'ai pas fait le calcul, mais je serais curieuse de savoir la différence entre le coût de l'assistance sociale et la perte de revenus à l'État causée par des impôts «infini minimum» (pour paraphraser Desjardins) pour les entreprises et les particuliers les plus riches...
Rien de tout cela n'est nouveau. Tout le monde me dira que c'est normal: les entreprises fournissent des emplois, alors on doit les attirer chez nous, dans un contexte de concurrence grandissante entre les pays. On nous dira aussi que c'est comme ça, qu'on n'y peut rien, que ça ne va pas changer, que tous les politiciens sont les mêmes, qu'on doit faire avec, etc. Je suis d'accord, c'est vrai. Comment sentir qu'on a du pouvoir face à une machine aussi puissante que ce capitalisme débridé auquel nos États ne semblent même plus vouloir s'opposer en proposant un filet de sécurité décent?
Comment s'opposer à des emplois, lorsque l'entreprise qui nous les offre n'est ni socialement ni écologiquement responsable, mais que notre survie en dépend? Comment critiquer le gouvernement ou les bailleurs de fonds privés qui financent les projets des organismes communautaires quand la pérennité de nos emplois et de nos services à d'autres plus démunis encore en dépend? Comment proposer à un demandeur d'asile d'exprimer son insatisfaction, ses manques, quand la prise de parole pourrait le conduire à la déportation? Comment s'attaquer à la pauvreté quand les besoins sont si grands et les ressources dont on dispose si minces? Et surtout, comment parler de pauvreté de façon «sexy», pour réveiller l'apathie de tous ceux qui vivent dans le «confort et l'indifférence»?
On peut faire des guignolées et des paniers de Noël. C'est nécessaire, on le sait, on le voit. Et pourtant, je continue d'avoir un malaise: s'il est nécessaire de pallier les nécessités criantes en attendant l'avènement d'une société plus juste, il l'est tout autant de s'attaquer aux structures qui causent ces inégalités sociales. Or, qu'en est-il? Où sont les généreux donateurs lorsqu'il est temps de s'attaquer à ce mal plus profond? Qu'on se comprenne bien: j'apprécie les dons pour les plus démunis, ils sont essentiels. Par contre, ces dons devraient selon moi s'inscrire dans une démarche, dans un mouvement plus vaste qui s'attaque aux causes structurelles des inégalités sociales. Pour y arriver, je me demande comment rendre la pauvreté assez «sexy» pour rassembler tous les acteurs autour de cette priorité. Des idées?
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Rachel Lemelin - Étudiante à la maîtrise en Service social à l'Université de Montréal
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