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Services de garde - Odeur de scandale

À elle seule, la dernière vérification de Renaud Lachance sur les services de garde suffit pour conclure à l'incohérence et à la gestion déficiente. Mais ce sont les questions restées en suspens qui dérangent le plus: ce système chaotique, qui prétend veiller au bien-être de nos enfants, a-t-il pour maître le pouvoir politique?

Ce n'est pas la qualité qui guide l'octroi des places en garderie au Québec. Si un doute persistait dans certains esprits naïfs, la lecture du chapitre cinq du rapport du vérificateur général aura tôt fait de les informer que le régime qui choisit, surveille, encadre les établissements dans lesquels se développent nos tout-petits n'a que faire de la qualité. Il s'agit même du dernier de ses soucis.

Le chaos transpire de ce portrait administratif présenté hier par Renaud Lachance. L'opposition parle du «scandale des garderies libérales», selon l'appellation popularisée par le pugnace député Nicolas Girard. Le rapport n'avance pas sur le terrain miné de la politique, mais la confusion dévoilée est d'une telle ampleur qu'on s'interroge en effet sur les principes qui guident l'octroi des places en garderie.

L'attribution de 18 000 nouvelles places en 2008 a été complètement bâclée. Aucune évaluation préalable n'a précédé le processus, qui s'est fait en mode accéléré. Les projets reçus en catastrophe ont été analysés selon des critères indistincts et jamais rendus publics. Un tel fatras ne pouvait donner lieu à des résultats de grand calibre. Ceux-ci sont effarants.

Les trois quarts des projets retenus ne respectaient pas les critères de qualité établis par le ministère de la Famille! 19 % ont été recommandés même s'ils ont été jugés non faisables! Dans une même localité, des projets mal notés ont gagné cette loterie de l'arbitraire alors que d'autres, mieux notés, ont été mis au rancart. Usant d'un pouvoir discrétionnaire «légal» mais excessif en apparence, la ministre d'alors, Michelle Courchesne, a choisi 21 % de projets qui n'avaient pas reçu l'aval officiel, alors qu'en revanche, 20 % des projets recommandés n'ont pas reçu son approbation. Diable, pourquoi? Alors que garderie rime désormais avec pénurie, le tiers des projets sélectionnés étaient destinés à se faire dans des lieux où on observait un surplus de places! Rêve-t-on?

On nous pardonnera ensuite d'écouter avec attention les supputations du péquiste Nicolas Girard, dont le travail de recherche assidu dans ce dossier lui garantit une bonne dose de crédibilité. Favoritisme? Promoteurs de projets nourrissant la caisse libérale? Généreux donateurs s'improvisant nounous? Qu'on fasse la démonstration du contraire!

La présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, s'est timidement soumise au jeu des questions hier, après avoir été faiblement défendue par sa successeure, Yolande James. Mais il faudra plus pour nous apaiser que les «je ne sais pas», «je n'ai pas conscience de ça», «je ne suis pas informée» offerts par Mme Courchesne en guise de justification. Elle doit s'expliquer, et justifier cette grande part de «subjectivité» mal vue par Renaud Lachance.

En outre, si le gouvernement veut miser sur la transparence comme il le devrait, qu'il dévoile enfin les rapports d'évaluation des projets demandeurs, ce qui permettrait de répondre à nombre de ces embêtantes questions en suspens. Dans le doute, en effet, voguent les allégations. Et règnent les craintes, celles de parents qui confient aux garderies ce qu'ils ont de plus précieux.
 
 
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