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Aimer l'envers

La quatrième de couverture, trompeuse ou aguicheuse ?

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Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

À retenir

    • «Un livre est quelqu'un. Ne vous y fiez pas. Un livre est un engrenage.» - Victor Hugo
    • «Pour moi, être aimé n'est rien, c'est être préféré que je désire.» - André Gide, dans une lettre à Paul Valéry
Après avoir accroché sur le titre, admiré l'illustration, voire la photo ou la jaquette, et remarqué le nom de l'auteur, le geste suivant consiste à retourner l'ouvrage si intérêt partagé. N'allez pas penser qu'un livre existe sans son lecteur, la prunelle de ses yeux. On a affaire à une histoire de chimie, de momentum, de hasard, voire plus, si affinités. C'est comme tomber en amour avec la nuque d'un inconnu, l'endroit le plus vulnérable et accessible, de dos, celui qui permet toutes les suppositions. Romantique aussi. C'est par là que Cupidon tire ses flèches, par l'arrière, à notre insu.

Bien sûr, ne s'improvise pas écrivain de quatrième de couverture qui veut, et surtout pas l'auteur, le dernier à pouvoir parler de son «ouvrage». On m'a déjà demandé de l'écrire pour un de mes livres et j'en ai été affolée. Comment se vendre sans avoir l'impression d'être une vendue? Comment rester chaste et pure, au-dessus de la mêlée, tout en sachant très bien que l'exercice commercial de la quatrième est à la fois crucial et désespéré? L'ultime tentative avant d'être jetée, ignorée, boudée?

Et toutes les entourloupettes déployées par les éditeurs pour vous séduire ne visent qu'à vous amener à saisir ce livre et à le préférer à tous les autres. Si aimer, c'est choisir, choisir, c'est se priver du reste (Gide) et ne pas choisir, c'est encore choisir (Sartre).

«Certaines quatrièmes sont parfois meilleures que le livre», me confie l'animateur Jean Fugère, grand lecteur devant l'éternel micro. «Chez Phébus, par exemple, la personne qui les rédige est un génie. La quatrième peut être un hors-d'oeuvre. Il faut que ça mette ton imagination en branle. C'est la vitrine, ce qui fait que tu entres dans le magasin.»

Jean Fugère constate toutefois que la quatrième ne suffit pas toujours et que le bandeau est de plus en plus utilisé. «Si c'est écrit "Pierre Foglia: génial!", ça frappe plus que la quatrième. Tu vas y aller.»

Allons-y donc

Certainement la plus courte quatrième que j'aie vue passer, celle du dernier livre de Marie Darrieussecq, intitulé Clèves, m'a intriguée: «Solange se demande s'il vaut mieux le faire avec celui-ci ou avec celui-là.» L'éditeur, P.O.L, fait dans la couverture sobre, virginale: titre, auteur, mention «Roman». Voilà, débrouillez-vous pour comprendre qu'il s'agit de l'histoire d'une ado qui découvre la sexualité. On aurait pu la jouer sexe, on l'a «marketée» mystérieuse. À l'intérieur, j'ouvre au hasard. Ça dit: «Un coup la bouche, un coup la chatte? Tout semble possible.» Et pour le lecteur aussi...

Pas de mystère du côté de Colette, devenue l'héroïne du roman de Delphine de Malherbe, L'aimer ou le fuir (Plon). «L'amour reste le plus sûr moyen de guérir quelqu'un de ses démons ou, inversement, de le détruire. Quand l'immense écrivain Colette, si moderne et si classique à la fois, s'éprend du fils de son second mari, tout s'écroule. Elle a 47 ans et lui, 17.» J'ouvre au hasard: «Pourquoi je souffrirais de faire scandale? La vie est un scandale.» Voilà, je suis accrochée, acheteuse. Je vous en reparle même si j'en ai marre qu'on accole «immense» avec «Colette» à tous les coups et que, pour moi, elle est bien davantage une écrivaine qu'un écrivain.

Tiens, un autre immense dont Jean Fugère parlait aux Belles Soirées de l'Université de Montréal cette semaine: Hemingway. Ça fait des mois que la réédition de son livre Paris est une fête (Gallimard) traîne sur mon bureau, à cause de la quatrième. En fait, cette réédition est le texte original, très remanié par l'éditeur — à l'époque — et publié à titre posthume en 1964. On l'apprend à l'endos du livre.

Hemingway y parle de sa vie parisienne et aussi de l'écriture. Dans Écrire à la première personne, il règle des comptes: «Ce qu'il est, sinon facile, du moins toujours possible de faire, pour ceux qui appartiennent à l'école des détectives privés de la critique littéraire, c'est de prouver que l'écrivain qui écrit ses récits à la première personne n'a matériellement pas pu faire tout ce qu'accomplit son narrateur, voire n'en a rien fait du tout. Quelle importance? Qu'est-ce que cela prouve, sinon que l'écrivain n'est dénué ni d'imagination ni d'inventivité, j'avoue ne l'avoir jamais compris.» De nos jours, on a les mêmes débats sur l'autofiction.

Tiens, fraîchement paru du vivant de l'écrivaine et quatrième tout à fait originale quant à la description de son auteure, Hôtel Septième-ciel (Triptyque), un recueil de nouvelles de Claire Dé, une amie qui se décrit ainsi: «Pièce de mobilier des années 1950, avec ce que cela comporte d'angles bizarres, de couleurs voyantes, et de bois poli.» C'est tout à fait cela. Vous ne pouvez la manquer si vous passez au Salon...

Un très mauvais ami

Si je devais me fier à la 4e du livre Falardeau, un très mauvais ami (Lux), je serais probablement passée à côté des lettres de Pierre Falardeau, toutes comme son auteur, sans détour. La 4e est plus lisse que le flamboyant épistolier qui commence ses lettres destinées à son ami, le peintre hollandais Léon Spierenburg, par des «Tabarnak» virils.

Et puis, on ouvre, on pénètre dans l'univers intime du cinéaste polémiste présenté par son ami Jean-François Nadeau, qui a traduit les lettres d'abord rédigées en anglais, pendant 40 ans... et pas du tout destinées à être publiées.

Un moment, Falardeau parle d'un poète qu'il a vu à la télé, blond, bien nourri, bronzé par le soleil du Sud, prétentieux, avec un chauffeur, une grosse maison: «Ce sont les pires, ces gens: infatués. Intelligents, mais infatués. Je préfère les tourmentés. Ils me semblent plus créatifs. Je crois que toutes les personnes que j'aime sont tourmentées. Et si tu peux être un tourmenté serein, c'est fameux.» C'est la remarque la plus précieuse que j'aie lue depuis longtemps: être un tourmenté serein.

Falardeau aura eu le mérite de parler le même langage une fois mort que de son vivant. Et d'être un très bon ami, même s'il prétendait le contraire. Tous ceux qui l'ont connu intimement le savent, le personnage ne ressemblait pas forcément à la personne, loin de là.

Et les 4e de couverture font partie du personnage, toujours trompeur.

***

JOBLOG

100 ans sans se plaindre

La vieille dame de 85 ans a été placée temporairement dans un centre de réadaptation à cause de sa hanche cassée.

Sa fille me confie qu'elle est trop lente pour le personnel qui la bouscule et la presse sans cesse, la houspille et la gronde (en anglais, svp; nous sommes à Montréal) lorsqu'elle prend trop de temps pour se brosser les dents.

«Ce n'est pas mon genre, mais je vais porter plainte, dit-elle. Ma mère est lente et ils en ont dix à voir par heure avant d'aller en pause-café. Elle les retarde. Elle fait tout par elle-même, mais à son rythme.»

La vieille dame peut se consoler: elle n'est pas une patiente, elle est devenue une «cliente».

Sa fille m'a confié que les préposé(e)s la trouvaient snob, probablement parce qu'elle fait ses mots croisés dans Le Devoir.

Le seul qui a le tour avec elle est un immigrant très poli, à qui l'on a enseigné le respect des vieux dans son pays d'origine et lui dit «vous» tout en changeant sa couche.

Merci, monsieur, d'être venu ici nous montrer comment s'occuper dignement de nos parents. Vous comprendrez pourquoi certains militent pour le suicide assisté et l'euthanasie.

http://fr.chatelaine.com/blogues/jo_blogue

***

Et les zestes

Essayé quelques recettes dans le dernier à la di Stasio 3 (Flammarion Québec). Quatrième enfarinée, mais on y mentionne les photos de Jean Longpré. La soupe indienne de lentilles rouges est un délice rapido. La salade de laitues amères au bleu et pacanes caramélisées (avec un soupçon de piment d'Espelette) plaît même aux enfants. Très apéro, à son habitude, très légumes aussi, des desserts faciles et home sweet home, bref, cuisine copains-copines, rassembleuse et pas compliquée, comme on l'aime.

Salivé en feuilletant le dernier livre de Stefano Faita, Je cuisine italien (Trécarré). Rien que pour la recette de polpettes aux lentilles, j'achète. La 4e? «60 vraies recettes italiennes à préparer avec les siens, un verre de vin à la main.» Les gnocchis aux épinards sauce aux poivrons seront au menu en fin de semaine.

Adoré l'album Grand-Remous, de Mélanie Tellier et Melinda Josie (Marchand de feuilles). J'ai lu cette histoire d'amour tout à fait folle à mon B, qui m'en reparlait encore le lendemain. Rien qu'un dessin sur la quatrième! «La collection Bourgeon est destinée aux enfants savants qui n'aiment pas se faire parler en bébés. Les bourgeons suivent des cours de mandarin depuis le ventre de leur maman, écoutent Chopin la nuit et écrivent leur nom au Crayola dès l'âge de 2 ans», indique le communiqué de presse. Passez les voir au Salon du livre de Montréal; l'éditrice, Mélanie Vincelette, est également auteure et fait un job hors du commun.

Reçu un livre gratuit. Ça existe! Lire est le propre de l'homme, ou les témoignages et réflexions de 50 auteurs de livres pour l'enfance et la jeunesse. Il est destiné aux professionnels du livre, éducateurs, enseignants et parents, mais dédié aux enfants. Même aux bébés. «Un bébé lecteur, ce n'est pas un sagouin érudit qui ânonne l'alphabet avant l'heure. C'est un humain. Un petit mais un vrai, qui met en mouvement sa petite pensée. [...] S'approcher de cette insoupçonnable intelligence, sensibilité, celle des petits humains qui se mettent à penser, c'est soudain quitter l'état de géant. Et s'incliner», écrit Jeanne Ashbé. Marie Desplechin confie: «Je n'aime pas les lecteurs qui se situent du côté du manche, ceux qui font la police dans les bibliothèques, les intellectuels du gouvernement, les dispensateurs nationaux du sens, les généraux tortionnaires. Je ne peux pas croire qu'ils aient été des lecteurs dans leur enfance, ils ont dû oublier, et encore, cette enfance, ils ne l'ont pas habitée très longtemps.» Vous pouvez vous le procurer et commander le nombre d'exemplaires désiré sur www.ecoledesloisirs.fr et www.lirelire.org.

***

cherejoblo@ledevoir.com

twitter.com/cherejoblo
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  • Socrate - Inscrit
    18 novembre 2011 06 h 35
    tintin
    Ce merveilleux petit monde virtuel d'Einstein et de Tintin risque très certainement de disparaître avant bientôt maintenant que des scientifiques viennent de découvrir que les neutrinos voyagent plus vite que la lumière. Tout simplement incroyable...
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  • Democrite101 - Inscrit
    18 novembre 2011 08 h 07
    Le contenant et le contenu, ou l'essentiel et la frime, ou séduire sans mentir...

    Il n'y a pas que les couvertures de livres qui ratent leur coup pour la vente. Il y a aussi les titres.

    On m'a fait lire «L'homme cet inconnu», horreur au beau titre écrite par un prix Nobel fascisant, Alexis Carrel qui disait que les hommes sportifs et grands sont moins intelligents. Regardez le petit Mussolini écrivait-il. Son livre était magnifiquement titré «L'homme cet inconnu»...

    Michel Onfray, par son titre affreux «Manuel d'Athéologie», même traduit, a raté ses ventes aux USA qui en avaient pourtant bien besoin... Merveilleux brûlot pour brûler les mauvaises herbes.

    Le fabuleux «Les Somnambules» de A. Koestler qui raconte la vie intellectuelle des Copernic, Kepler et Galilée n'est plus lu, car son titre nous déroute de son brillant contenu (L'histoire intellectuelle des savants qui lancèrent la modernité scientifique).

    Que d'autres titres ai-je en tête qui sont parlants pour l'auteur, mais nul pour hameçonner tout lecteur submergé par tant de titres et de gros noms en grosses lettres.

    Un titre, tel «Histoire de la civilisation occidentale», fait si «manuel» qu'il ne sera pas acheté par un lecteur. Mais son titre imaginé «Par eux nous sommes ce que nous sommes» aurait peut-être augmenté les ventes de ce manuel d'histoire. Savons-nous que, par jalousie, les collègues profs de cegep comme l'auteur feu Marc Turcotte, ne l'ont pas fait acheter par leurs étudiants. Par jalousie. Quelle misère ! Quel déficit humaniste ! Quelle infinie tristesse ! Des professeurs jaloux et mesquins.

    Jacques Légaré, professeur (retraité) d'Histoire, d'Économique et de Philosophie.
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  • Denis Paquette - Abonné
    18 novembre 2011 08 h 45
    Des fois nous l'acceptons et d'autres fois un peu moins
    Il est un temps ou apres avoir bien vécue, nous devenons amer
    La raison est bien simple, c'est que nous savons maintenant que le plaisir ne rachete rien, que la vie est une saloperie quoique l'on fasse, qu'elle finit toujours par nous avoir.
    Il arrive un temps ou l'on sait que c'est notre dernier grand vogage, que c'est notre derniere grande aventure, que c'est nos derniers énergies que nous essayons d'économiser, que notre périple s'acheve Parfois nous l'acceptons et d'autres fois, un peu moins
    Merci et bonne journée
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  •  
  • Geneviève Laplante - Abonnée
    18 novembre 2011 12 h 33
    Qu'il est doux de voir louer un immigrant !
    L'articulet intitulé «100 ans sans se plaindre» est un bijou. Pour une fois, quelqu'un s'avise de dire que l'immigration a du bon, qu'elle importe des valeurs que nous n'avons pas ou n'avons plus, que les autres cultures, mêlées à la nôtre, forment des gens plus humains, des personnes meilleures, des citoyens plus éveillés.

    Merci de tenter de faire comprendre aux gens du Québec que, même s'ils ont plus que droit à leur indépendance, rien ne les empêche de laisser déteindre les couleurs de l'autre sur la pure laine de leurs moutons.
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  •  
  • Lorraine Couture - Abonnée
    18 novembre 2011 13 h 23
    Pourquoi écrivez-vous ?
    C’est la question que l’on pose aux écrivains et aux étudiantes en création littéraire.

    De plus en plus, des artistes de tout acabit, surtout des personnages médiatiques, « écrivent » et publient leur histoire bouillonnante de vie.

    Même si, chaque année, rien qu’en France, cent millions de livres sur les cinq cents millions mis sur le marché périront broyés sous le pilon.

    Pourquoi écrivez-vous ? Ce matin, j’écris pour me fabriquer un nom propre et singulier, pour mettre des signes de ponctuation à l’ouvrage de ma vie.

    J’écris pour estropier les mots impensables, les forcer à confesser leur écoeurement au sens propre et au sens figuré. Ou les obliger à recracher leur morsure, les débris de rêves brisés, cassés, rompus.

    J’écris pour encercler mes multiples moi d’emprunt,
    pour me délester de mes identités de pacotille.

    J’écris parce que j’ai envie de cogner !
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  • Yvon Bureau - Abonné
    18 novembre 2011 19 h 55
    Pour d'autres raisons
    «Merci, monsieur, d'être venu ici nous montrer comment s'occuper dignement de nos parents. Vous comprendrez pourquoi certains militent pour le suicide assisté et l'euthanasie.»

    Les militants ne le font pas pour ces raisons. Pour autres motifs, plus nobles. Soit celui du libre-choix, celui de la dignité, celui de la décence lors du mourir, celui du respect de chaque finissant de la vie jusqu'à la fin, celui du respect de la personnalité de chacun.

    www.yvonbureau.com
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  • Sylvio Le Blanc - Abonné
    18 novembre 2011 20 h 03
    Belle photo !
    Et qui est cette femme que l'on devine superbe ?
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