Grands Montréalais - La Chambre entend mettre davantage en relief la valeur des membres de son académie
Les Aldo Bensadoun, Frédéric Back, Pierre Fortin et Sid Stevens deviennent les derniers académiciens en titre
La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) rend hommage chaque année à quatre citoyens exemplaires. Encore une fois, les quatre Grands Montréalais de 2011 ont été désignés par leurs prédécesseurs dans les secteurs économique, culturel, scientifique et social. Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre, salue ces personnalités et dégage des traits marquants des domaines où elles se sont respectivement illustrées.
Michel Leblanc insiste pour dire que la CCMM entend à l'avenir déployer encore plus d'efforts pour faire valoir le caractère d'exemplarité des lauréats: «Cette aventure des Grands Montréalais remonte à 1978 et en est donc à sa 33e présentation. Il est très important de dire que ces gens ne sont pas sélectionnés par la Chambre.» Ils ont été réunis, au fil du temps, au sein de l'Académie des Grands Montréalais, dont les membres sont appelés à voter pour les personnes qui vont joindre annuellement leurs rangs: «La barre est donc placée très haut et il n'y a aucun intérêt autre que de reconnaître de cette façon-là leur grande valeur.»
Aldo Bensadoun, homme d'affaires
Après avoir expliqué en détail la procédure suivie, il enchaîne avec cette appréciation à l'endroit d'Aldo Bensadoun, le lauréat 2011 du secteur économique: «Il est assez exceptionnel de voir que cet immigrant a construit au Québec une entreprise qui est extrêmement puissante et qui, de plus, rayonne à l'extérieur. D'origine plutôt modeste, à titre de petit-fils d'un cordonnier, il a puisé dans son vécu familial une compétence qu'il a développée en créant Aldo en 1972; cette firme compte maintenant plus de mille magasins, dont six bannières. Il possède une stratégie de pénétration des marchés et un modèle d'affaires qui sont exemplaires.» M. Bensadoun demeure toujours engagé dans les activités quotidiennes de son entreprise.
Au sujet du Montréal économique, il tient ces propos: «Dans son cas à lui, ce qui est majeur, c'est qu'il s'agit d'un commerce de détail reposant sur un produit de niche dont la demande est forte, notamment dans les pays en émergence. Il est donc intéressant de constater, pour quiconque se rend dans ces endroits-là, qu'il y a une classe moyenne qui est elle aussi émergente et qui désire se procurer des produits tels que ceux fabriqués par Aldo.» Le Montréal économique sort gagnant d'une telle réalité d'affaires.
Frédéric Back, cinéaste
Le président commence par se montrer surpris du fait que le gagnant de deux Oscar ne soit devenu un Grand Montréalais qu'en 2011: «C'est étonnant et cela témoigne du fait que des gens peuvent poser des gestes marquants sans qu'on leur rende pleinement justice. Monsieur Back est un grand humble: quand on l'a appelé pour lui annoncer qu'il allait recevoir le prix, il a demandé si vraiment il devait l'accepter.»
Il lui rend cet hommage: «C'est un autre immigrant, qui, de son côté, est né de parents alsaciens et qui est arrivé à Montréal en 1948. Dans une période où on se questionne sur nos niveaux d'immigration, il figure comme un très bon exemple à citer. Il est un homme de métier qui a enseigné à l'École du meuble et à l'École des beaux-arts de Montréal; il a créé des décors à Radio-Canada et il a réalisé des oeuvres publiques, dont celle qui orne la station de métro Place-des-Arts. Voilà quelqu'un qui a un profil artistique très vaste, ce que plusieurs ignorent, tout en sachant qu'il a remporté à deux reprises un Oscar; à l'entrée de l'Exposition universelle de Shanghai, en 2010, figurait même une mosaïculture représentant L'homme qui plantait des arbres.»
Il ajoute: «C'est dire la portée internationale de son travail. Si je devais recourir au mot qui a fait en sorte que les membres de l'Académie l'ont honoré, je dirais "inspiration"; il a inspiré les jeunes et les créateurs, il a fourni un apport exceptionnel tant au Québec que sur le plan universel.»
Il se tourne vers le grand dossier qui ressort sur la scène culturelle: «C'est de finir ce qu'on a entrepris du côté du Quartier des spectacles. Une des caractéristiques de Montréal à travers les âges, c'est d'avoir souvent lancé des projets qu'on n'a pas toujours achevés. Dans ce cas-ci, il s'agit à la fois d'un projet d'aménagement urbain et d'un outil culturel extrêmement dynamique.»
Pierre Fortin, scientifique et économiste
Michel Leblanc se félicite du choix de Pierre Fortin par l'Académie: «La beauté de cette nomination, c'est d'avoir identifié quelqu'un qui a fait avancer la pensée populaire au Québec sur l'économie. Il s'est produit là une transition qui s'est opérée possiblement sur une trentaine d'années, pendant laquelle les Québécois avaient de la difficulté à comprendre la chose économique et percevaient que les économistes parlaient un langage inaccessible; sans doute se penchaient-ils sur des phénomènes difficiles à comprendre et à expliquer, alors que Pierre Fortin les a rendus accessibles et faciles à assimiler. Il y a souvent des politiciens qui s'en sont inspirés et qui se sont référés à lui.»
Il souligne son apport historique: «Il a travaillé sur l'économie publique, les politiques monétaires et budgétaires, dans un contexte où on a connu, il y a de cela 15 à 20 ans, l'objectif de l'élimination du déficit; ses interventions étaient celles d'un précurseur, elles étaient très pertinentes et elles le demeurent aujourd'hui, au moment où on tente de rétablir l'équilibre budgétaire.»
Et qu'en est-il des dossiers de l'heure dans ce secteur scientifique? «Pierre Fortin incarne nos universités au moment où des étudiants sont contre le déplafonnement des droits de scolarité et où il existe une mobilisation forte au Québec en faveur de ces établissements pour faire en sorte qu'ils soient bien outillés et financés.» Il est directement issu de l'UQAM, où il a pu travailler dans un univers doté des ressources nécessaires à l'accomplissement de son travail.
Sur un autre plan, il y a le Montréal financier aussi incarné par cet homme: «Il y a les services financiers, et là il ne faut pas perdre de vue, au sujet de ceux-ci, que durant les 30 dernières années il y a eu fragilisation. On veut renforcer ce secteur des finances et il y a une grappe qui s'est mise sur pied dans ce sens-là; il y a une mobilisation contre la création d'une agence de réglementation unique pour le Canada et une autre pour le maintien à Montréal des produits boursiers dérivés.»
Sid Stevens, volet social et Jeunesse au soleil
Sid Stevens apparaît comme un homme moins bien connu que le mouvement Jeunesse au soleil, dont il fut l'instigateur et dont il demeure le vice-président exécutif. Le président de la Chambre en convient: «C'est un peu à l'image de Frédéric Back et cela témoigne de l'humilité que peuvent avoir des individus qui ont un grand impact.»
«Dans son cas, il faut comprendre que c'est un Montréalais qui, à l'âge de 14 ans, en 1954, crée un organisme de sport et de loisir pour les jeunes qui va devenir ce qu'est aujourd'hui Jeunesse au soleil; il dessert maintenant 300 000 Montréalais à travers sa banque alimentaire et vestimentaire, ses services d'urgence en cas d'incendie, ses installations récréatives et ses camps d'été pour les jeunes.» De cet engagement précoce, il puise cette réflexion: «Il y a là un premier message qui montre à quel point on peut commencer jeune à être un entrepreneur social. La deuxième observation, c'est que cet homme s'est engagé politiquement; il a été élu au conseil municipal de la Ville de Montréal en 1978, ce qui témoigne de la valeur de son engagement politique au moment où un certain cynisme prévaut présentement à cet égard.»
Sous quel angle la Chambre regarde-t-elle le secteur social? «C'est l'une des forces de Montréal. La collectivité montréalaise possède un entrepreneuriat social extrêmement vigoureux; il existe une volonté de développer des organisations proches des besoins du citoyen qui peuvent parfois satisfaire ceux-ci beaucoup mieux que l'État.»
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Collaborateur du Devoir
Michel Leblanc insiste pour dire que la CCMM entend à l'avenir déployer encore plus d'efforts pour faire valoir le caractère d'exemplarité des lauréats: «Cette aventure des Grands Montréalais remonte à 1978 et en est donc à sa 33e présentation. Il est très important de dire que ces gens ne sont pas sélectionnés par la Chambre.» Ils ont été réunis, au fil du temps, au sein de l'Académie des Grands Montréalais, dont les membres sont appelés à voter pour les personnes qui vont joindre annuellement leurs rangs: «La barre est donc placée très haut et il n'y a aucun intérêt autre que de reconnaître de cette façon-là leur grande valeur.»
Aldo Bensadoun, homme d'affaires
Après avoir expliqué en détail la procédure suivie, il enchaîne avec cette appréciation à l'endroit d'Aldo Bensadoun, le lauréat 2011 du secteur économique: «Il est assez exceptionnel de voir que cet immigrant a construit au Québec une entreprise qui est extrêmement puissante et qui, de plus, rayonne à l'extérieur. D'origine plutôt modeste, à titre de petit-fils d'un cordonnier, il a puisé dans son vécu familial une compétence qu'il a développée en créant Aldo en 1972; cette firme compte maintenant plus de mille magasins, dont six bannières. Il possède une stratégie de pénétration des marchés et un modèle d'affaires qui sont exemplaires.» M. Bensadoun demeure toujours engagé dans les activités quotidiennes de son entreprise.
Au sujet du Montréal économique, il tient ces propos: «Dans son cas à lui, ce qui est majeur, c'est qu'il s'agit d'un commerce de détail reposant sur un produit de niche dont la demande est forte, notamment dans les pays en émergence. Il est donc intéressant de constater, pour quiconque se rend dans ces endroits-là, qu'il y a une classe moyenne qui est elle aussi émergente et qui désire se procurer des produits tels que ceux fabriqués par Aldo.» Le Montréal économique sort gagnant d'une telle réalité d'affaires.
Frédéric Back, cinéaste
Le président commence par se montrer surpris du fait que le gagnant de deux Oscar ne soit devenu un Grand Montréalais qu'en 2011: «C'est étonnant et cela témoigne du fait que des gens peuvent poser des gestes marquants sans qu'on leur rende pleinement justice. Monsieur Back est un grand humble: quand on l'a appelé pour lui annoncer qu'il allait recevoir le prix, il a demandé si vraiment il devait l'accepter.»
Il lui rend cet hommage: «C'est un autre immigrant, qui, de son côté, est né de parents alsaciens et qui est arrivé à Montréal en 1948. Dans une période où on se questionne sur nos niveaux d'immigration, il figure comme un très bon exemple à citer. Il est un homme de métier qui a enseigné à l'École du meuble et à l'École des beaux-arts de Montréal; il a créé des décors à Radio-Canada et il a réalisé des oeuvres publiques, dont celle qui orne la station de métro Place-des-Arts. Voilà quelqu'un qui a un profil artistique très vaste, ce que plusieurs ignorent, tout en sachant qu'il a remporté à deux reprises un Oscar; à l'entrée de l'Exposition universelle de Shanghai, en 2010, figurait même une mosaïculture représentant L'homme qui plantait des arbres.»
Il ajoute: «C'est dire la portée internationale de son travail. Si je devais recourir au mot qui a fait en sorte que les membres de l'Académie l'ont honoré, je dirais "inspiration"; il a inspiré les jeunes et les créateurs, il a fourni un apport exceptionnel tant au Québec que sur le plan universel.»
Il se tourne vers le grand dossier qui ressort sur la scène culturelle: «C'est de finir ce qu'on a entrepris du côté du Quartier des spectacles. Une des caractéristiques de Montréal à travers les âges, c'est d'avoir souvent lancé des projets qu'on n'a pas toujours achevés. Dans ce cas-ci, il s'agit à la fois d'un projet d'aménagement urbain et d'un outil culturel extrêmement dynamique.»
Pierre Fortin, scientifique et économiste
Michel Leblanc se félicite du choix de Pierre Fortin par l'Académie: «La beauté de cette nomination, c'est d'avoir identifié quelqu'un qui a fait avancer la pensée populaire au Québec sur l'économie. Il s'est produit là une transition qui s'est opérée possiblement sur une trentaine d'années, pendant laquelle les Québécois avaient de la difficulté à comprendre la chose économique et percevaient que les économistes parlaient un langage inaccessible; sans doute se penchaient-ils sur des phénomènes difficiles à comprendre et à expliquer, alors que Pierre Fortin les a rendus accessibles et faciles à assimiler. Il y a souvent des politiciens qui s'en sont inspirés et qui se sont référés à lui.»
Il souligne son apport historique: «Il a travaillé sur l'économie publique, les politiques monétaires et budgétaires, dans un contexte où on a connu, il y a de cela 15 à 20 ans, l'objectif de l'élimination du déficit; ses interventions étaient celles d'un précurseur, elles étaient très pertinentes et elles le demeurent aujourd'hui, au moment où on tente de rétablir l'équilibre budgétaire.»
Et qu'en est-il des dossiers de l'heure dans ce secteur scientifique? «Pierre Fortin incarne nos universités au moment où des étudiants sont contre le déplafonnement des droits de scolarité et où il existe une mobilisation forte au Québec en faveur de ces établissements pour faire en sorte qu'ils soient bien outillés et financés.» Il est directement issu de l'UQAM, où il a pu travailler dans un univers doté des ressources nécessaires à l'accomplissement de son travail.
Sur un autre plan, il y a le Montréal financier aussi incarné par cet homme: «Il y a les services financiers, et là il ne faut pas perdre de vue, au sujet de ceux-ci, que durant les 30 dernières années il y a eu fragilisation. On veut renforcer ce secteur des finances et il y a une grappe qui s'est mise sur pied dans ce sens-là; il y a une mobilisation contre la création d'une agence de réglementation unique pour le Canada et une autre pour le maintien à Montréal des produits boursiers dérivés.»
Sid Stevens, volet social et Jeunesse au soleil
Sid Stevens apparaît comme un homme moins bien connu que le mouvement Jeunesse au soleil, dont il fut l'instigateur et dont il demeure le vice-président exécutif. Le président de la Chambre en convient: «C'est un peu à l'image de Frédéric Back et cela témoigne de l'humilité que peuvent avoir des individus qui ont un grand impact.»
«Dans son cas, il faut comprendre que c'est un Montréalais qui, à l'âge de 14 ans, en 1954, crée un organisme de sport et de loisir pour les jeunes qui va devenir ce qu'est aujourd'hui Jeunesse au soleil; il dessert maintenant 300 000 Montréalais à travers sa banque alimentaire et vestimentaire, ses services d'urgence en cas d'incendie, ses installations récréatives et ses camps d'été pour les jeunes.» De cet engagement précoce, il puise cette réflexion: «Il y a là un premier message qui montre à quel point on peut commencer jeune à être un entrepreneur social. La deuxième observation, c'est que cet homme s'est engagé politiquement; il a été élu au conseil municipal de la Ville de Montréal en 1978, ce qui témoigne de la valeur de son engagement politique au moment où un certain cynisme prévaut présentement à cet égard.»
Sous quel angle la Chambre regarde-t-elle le secteur social? «C'est l'une des forces de Montréal. La collectivité montréalaise possède un entrepreneuriat social extrêmement vigoureux; il existe une volonté de développer des organisations proches des besoins du citoyen qui peuvent parfois satisfaire ceux-ci beaucoup mieux que l'État.»
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Collaborateur du Devoir







