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Rue Antonine-Maillet, à Outremont - «Montréal, c'est ma ville!»

Nommée Grande Montréalaise il y a 20 ans, Antonine Maillet dit adorer la métropole

La dramaturge Antonine Maillet habite Montréal depuis plus de 40 ans. <br />
Photo : Paul Labelle La dramaturge Antonine Maillet habite Montréal depuis plus de 40 ans.
Nommée Grande Montréalaise en 1991, Antonine Maillet adore Montréal. Si, dans ses ouvrages, elle préfère dépeindre son Acadie natale, au bout du fil, l'écrivaine confie que la métropole, qu'elle habite depuis déjà plus de quarante ans, lui a ravi son cœur.

«Montréal, c'est ma ville», affirme d'emblée Mme Maillet. Débarquée sur l'île au tournant des années 1970, la célèbre dramaturge se souvient d'avoir été charmée par la métropole dès son arrivée.

«Montréal, pour moi, ç'a été tout de suite beaucoup plus qu'une grande ville, se souvient Mme Maillet. Quand je suis arrivée, il y avait des enfants qui jouaient dans les rues. Les gens du voisinage se parlaient. Cette ville-là m'apparaissait comme un grand village. Pourtant, je suis une fille de la campagne, une fille de la mer; je n'avais jamais habité les grandes villes, mais j'avais vraiment cette impression d'un immense village. Aujourd'hui, j'ai toujours la même vision de Montréal.»

Bien qu'elle habite le quartier Outremont depuis des lustres, qu'une rue y porte même son nom et qu'elle y ait passé la moitié de sa vie, nombreux sont ceux qui croient que la grande dame de la littérature francophone vit toujours au Nouveau-Brunswick.

«Ça m'amuse que certaines personnes pensent encore que je suis seulement de passage à Montréal. Ça m'arrive tout le temps! Je me rappelle une fois, j'étais à Radio-Canada pour donner une entrevue. Quelqu'un m'a demandé si j'allais rentrer immédiatement à la maison après l'émission. J'ai répondu que oui. Il m'a alors demandé combien de temps j'allais mettre pour rentrer. Je lui ai dit que ça ne me prendrait que dix minutes. Il était bien surpris! Il était convaincu que j'habitais encore l'Acadie», raconte Mme Maillet, rieuse.

Montréal, métropole culturelle

Aussi tendre à l'égard de Montréal qu'au premier jour, l'écrivaine pose sur la métropole un regard rempli d'affection. Elle dit chérir son paysage urbain et apprécier son développement architectural: «Je trouve qu'à Montréal il y a cet heureux mélange de bâtiments historiques et de nouveaux projets. Moi, les constructions, ça ne me gêne pas trop, parce que, lorsqu'on construit, on bâtit quelque chose pour l'avenir. Je vois Montréal comme une ville tournée vers demain, et ça me réjouit!»

Mme Maillet, qui a célébré en mai dernier ses 82 printemps, ajoute qu'à son avis Montréal est l'une des métropoles les plus culturellement effervescentes qu'elle a eu le privilège de visiter.

«J'ai eu la chance de voyager et de visiter quelques grandes villes dans le monde et je dois dire que jamais je n'ai retrouvé ailleurs ce que je trouve à Montréal. Pour moi, Montréal est une métropole culturelle, une ville exceptionnelle, une ville pleine d'enthousiasme, d'énergie et de créativité. S'il y a beaucoup de peintres, de musiciens, d'écrivains, de cinéastes et de comédiens qui viennent de Montréal, ce n'est pas un hasard; c'est parce que l'activité culturelle y est très ancrée. Ce ne sont pas toutes les métropoles qui ont, proportionnellement à leur population, une telle densité artistique, une concentration aussi importante de grands artistes et de lieux de diffusion de la culture», souligne avec enthousiasme Mme Maillet.

Toujours très active, l'écrivaine profite pleinement des plaisirs que lui offre la ville. Lorsque son horaire chargé le lui permet, elle fréquente aussi bien les salles de concert et de cinéma que les halls d'exposition des différents musées montréalais.

Gourmande et curieuse, elle apprécie particulièrement de conjuguer les arts de la table à ses activités culturelles. Ainsi, lorsque les nuitées s'y prêtent, il n'est pas rare de retrouver Mme Maillet attablée dans l'un de ses restaurants préférés, parfois portugais, parfois vietnamien, libanais, français, grec ou même afghan.

«J'adore la cuisine exotique, confie la dramaturge. À Montréal, il y en a de toutes sortes, et je trouve ça fabuleux. Il est rare de retrouver autant de diversité dans une même ville!»

Et le français, dans tout cela?

Diversifié, Montréal l'est certes, mais, d'après certaines projections démographiques, la ville tendrait surtout à s'angliciser. Mme Maillet redoute-t-elle l'anglicisation de Montréal? «Non, ça ne m'inquiète pas outre mesure», dit-elle, puisqu'aux yeux de l'écrivaine la problématique ne se pose pas réellement en ces termes.

«Tous les jours, je constate que Montréal est vraiment une ville bilingue, explique Mme Maillet. Contrairement à plusieurs, je ne crois pas que ça signifie nécessairement que le français soit en péril. Certes, l'anglais est de plus en plus parlé à Montréal, mais il s'agit de la langue de communication universelle. Alors, moi, ce que je dis, c'est ceci: laissons l'anglais être la langue universelle, puisqu'il en faut une, mais arrangeons-nous pour garder notre langue française bien en vie. Faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu'elle reste une langue de civilisation, de culture. À mon avis, c'est plutôt là que le bât blesse et c'est là-dessus qu'il faut travailler.»

C'est donc ce que s'évertue à faire l'écrivaine en noircissant chaque jour d'une langue colorée des pages entières d'histoires qui lui trottent en tête. Alors que vient tout juste de paraître son dernier roman, L'albatros, Mme Maillet travaille déjà activement à la rédaction d'une pièce dépeignant l'Acadie. Intitulée Le retour des puces, l'oeuvre traitera métaphoriquement de la situation actuelle de la culture acadienne et de la menace qui pèse sur celle-ci.

«C'est une pièce qui sera jouée en plein air l'été prochain, à l'île aux Puces, en Acadie, précise l'auteure. Elle sera présentée dans le cadre du 20e anniversaire du pays de la Sagouine.»

Si, de toute évidence, l'Acadie peuple toujours l'imaginaire de l'écrivaine, Mme Maillet soutient qu'elle ne pourrait plus y habiter de façon permanente: «Je ne pourrais plus vivre en Acadie aujourd'hui. Je ne dis pas que j'en mourrais, mais je n'y serais pas aussi heureuse qu'à Montréal. C'est ici que j'ai fait ma vie. Et puis, si j'habitais là-bas, je ne serais plus aussi nostalgique de mon pays natal. Comment ferais-je alors pour écrire?»

Le plus récent ouvrage d'Antonine Maillet, L'albatros, est paru à l'automne aux éditions Leméac et est actuellement disponible en librairie.

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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