Secteur social - Sid Stevens avait 13 ans quand il a publié le Clark Street Sun
«Je crois qu'on trouve le vrai bonheur en donnant»
Sid Stevens, vice-président exécutif et cofondateur de Jeunesse au soleil, devient Grand Montréalais pour le secteur social en 2011.
Lorsqu'il a lancé un journal de quartier dans la cuisine de ses parents en 1954, Sid Stevens était loin de se douter qu'il amorçait alors une grande carrière dans le milieu communautaire. Et, 57 ans plus tard, l'organisme qu'il a cofondé, devenu Jeunesse au soleil, touche près de 300 000 Montréalais ainsi que de nombreux Québécois ailleurs dans la province.
L'édifice de Jeunesse au soleil, rue Saint-Urbain à Montréal, fourmillait de gens lorsque Le Devoir s'y est rendu pour rencontrer Sid Stevens. Plusieurs venaient s'inscrire pour obtenir un panier de Noël. Chaque année, l'organisme en donne environ 18 000 à des gens dans le besoin.
Avec ses 68 employés permanents et sa centaine d'étudiants pendant l'été, l'organisme offre une foule de services d'urgence aux familles et agit pour la prévention du crime. Jeunesse au soleil organise également différentes activités sportives et des colonies de vacances pour les enfants dans les Laurentides.
En ce moment, l'équipe est bien occupée avec la gestion des récompenses dans des cas d'enlèvement ou de meurtre. «C'est rendu provincial. Ça fonctionne bien. Nous avons commencé en 1991, et, sur 54 cas, 21 ont été résolus», se réjouit Sid Stevens.
Jeunesse au soleil a aussi développé récemment un programme pour aider les familles québécoises qui ont un enfant malade à Sainte-Justine et à l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Un journal de quartier
Avec ces initiatives à grande portée, on est bien loin de l'époque où Sid Stevens a lancé le journal Clark Street Sun avec un ami, Earl De La Parralle, aujourd'hui directeur général de Jeunesse au soleil.
«J'avais 13 ans. On écrivait le journal à la main. C'était un passe-temps. Ça nous gardait occupés et loin du trouble. Nous vendions le journal aux familles pour deux sous. Avec les profits, nous louions le gymnase d'une école pour faire du sport. Nos parents n'avaient pas les moyens de nous inscrire à des centres sportifs», affirme M. Stevens en brandissant quelques exemplaires du journal datant des années 50.
Le groupe de jeunes s'est établi dans l'arrière-boutique d'une cordonnerie. Le journal est devenu de plus en plus populaire. Les jeunes allaient voir les commerçants pour leur vendre de la publicité.
«Ils nous encourageaient, raconte M. Stevens. Nous vivions dans un quartier où il y avait beaucoup de pauvreté. Bien des gens qui faisaient du sport avec nous n'avaient pas beaucoup de nourriture sur la table. Certains avaient des problèmes avec la justice. Nous avons rapidement mis sur pied un groupe pour les aider. C'est vraiment un centre communautaire que nous avons créé.»
Pourquoi avoir fait tout cela? «Au départ, nous nous aidions nous-mêmes en aidant les autres. Puis, je crois qu'on trouve le vrai bonheur en donnant», affirme M. Stevens.
De nombreux appuis importants
Assurer la survie de Jeunesse au soleil n'a pas toujours été facile pour ses fondateurs. Le soutien de plusieurs acteurs importants de la société a été crucial.
«Le moment le plus difficile est survenu lorsque nous avons dû quitter la cordonnerie parce que nous étions devenus trop gros, affirme M. Stevens. Nous avions de la difficulté à payer nos factures. Nous n'avions pas de place où aller et nous avons failli fermer! En 1967, Jean Drapeau, le maire de Montréal à l'époque, nous a donné accès à un immeuble situé avenue du Parc. Il croyait en nous.»
Ce dont Sid Stevens est le plus fier, c'est que Jeunesse au soleil a réussi à convaincre la Ville de Montréal d'acheter des autobus pour accueillir les victimes d'incendie.
«Au départ, nous louions les autobus nous-mêmes, mais c'était très dispendieux et il y avait plusieurs incendies dans le quartier. L'achat des autobus en 1970 a permis d'aider des milliers de personnes dans la ville, et ça dure toujours.»
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a également toujours été un grand allié de Jeunesse au soleil. «Jacques Duchesneau (auparavant au SPVM) était notre meilleur ami! Il nous envoyait même des jeunes pour voir si on pouvait faire quelque chose avec eux avant de les emmener en cour. Les policiers nous ont donné aussi beaucoup d'équipement sportif. Certains ont même été entraîneurs pour les jeunes», se souvient M. Stevens.
Plusieurs personnalités du monde politique et du monde sportif ont aussi participé aux banquets organisés pour financer Jeunesse au soleil.
«Drapeau venait, bien sûr. On a aussi vu Maurice Richard et Jean Béliveau. Tous les premiers ministres du Québec venaient, mais aussi des premiers ministres du Canada: Pearson, Trudeau, Chrétien. Ces gens nous encourageaient beaucoup», indique M. Stevens.
Lorsque l'organisme est déménagé en 1981 dans ses locaux actuels, ce fut encore une fois grâce à l'aide de Jean Drapeau.
Toujours plus de besoins
Aujourd'hui, Sid Stevens croit que la pauvreté demeure le grand problème à Montréal. «C'est encore pire qu'avant, précise-t-il. Nous avons 2000 familles par mois qui utilisent notre banque alimentaire. Ce sont 450 de plus qu'il y a deux ans. Une personne sur cinq qui en bénéficie est âgée de moins de cinq ans.»
Quel est son conseil pour améliorer la situation? «Les gouvernements fédéral, provincial et municipal et les groupes communautaires doivent travailler dans le même sens. Il doit y avoir une meilleure communication. Je trouve aussi qu'on ne fait pas assez confiance aux jeunes. Seulement 5 % causent des problèmes, mais c'est seulement d'eux qu'on parle. Il faut encourager et soutenir davantage les jeunes», affirme M. Stevens qui, à 71 ans, est toujours engagé dans l'organisation, sans toutefois la diriger au quotidien comme auparavant.
Il a d'ailleurs de bonnes chances de continuer à être fort occupé pendant les prochains mois.
«Nous négocions avec la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec et la Commission scolaire de Montréal pour que Jeunesse au soleil devienne propriétaire de l'édifice, indique M. Stevens. Nous espérons y arriver d'ici six à douze mois. Nous voulons ensuite le rénover complètement. Il en a besoin. C'est notre objectif principal pour les prochaines années.»
***
Collaboratrice du Devoir
Lorsqu'il a lancé un journal de quartier dans la cuisine de ses parents en 1954, Sid Stevens était loin de se douter qu'il amorçait alors une grande carrière dans le milieu communautaire. Et, 57 ans plus tard, l'organisme qu'il a cofondé, devenu Jeunesse au soleil, touche près de 300 000 Montréalais ainsi que de nombreux Québécois ailleurs dans la province.
L'édifice de Jeunesse au soleil, rue Saint-Urbain à Montréal, fourmillait de gens lorsque Le Devoir s'y est rendu pour rencontrer Sid Stevens. Plusieurs venaient s'inscrire pour obtenir un panier de Noël. Chaque année, l'organisme en donne environ 18 000 à des gens dans le besoin.
Avec ses 68 employés permanents et sa centaine d'étudiants pendant l'été, l'organisme offre une foule de services d'urgence aux familles et agit pour la prévention du crime. Jeunesse au soleil organise également différentes activités sportives et des colonies de vacances pour les enfants dans les Laurentides.
En ce moment, l'équipe est bien occupée avec la gestion des récompenses dans des cas d'enlèvement ou de meurtre. «C'est rendu provincial. Ça fonctionne bien. Nous avons commencé en 1991, et, sur 54 cas, 21 ont été résolus», se réjouit Sid Stevens.
Jeunesse au soleil a aussi développé récemment un programme pour aider les familles québécoises qui ont un enfant malade à Sainte-Justine et à l'Hôpital de Montréal pour enfants.
Un journal de quartier
Avec ces initiatives à grande portée, on est bien loin de l'époque où Sid Stevens a lancé le journal Clark Street Sun avec un ami, Earl De La Parralle, aujourd'hui directeur général de Jeunesse au soleil.
«J'avais 13 ans. On écrivait le journal à la main. C'était un passe-temps. Ça nous gardait occupés et loin du trouble. Nous vendions le journal aux familles pour deux sous. Avec les profits, nous louions le gymnase d'une école pour faire du sport. Nos parents n'avaient pas les moyens de nous inscrire à des centres sportifs», affirme M. Stevens en brandissant quelques exemplaires du journal datant des années 50.
Le groupe de jeunes s'est établi dans l'arrière-boutique d'une cordonnerie. Le journal est devenu de plus en plus populaire. Les jeunes allaient voir les commerçants pour leur vendre de la publicité.
«Ils nous encourageaient, raconte M. Stevens. Nous vivions dans un quartier où il y avait beaucoup de pauvreté. Bien des gens qui faisaient du sport avec nous n'avaient pas beaucoup de nourriture sur la table. Certains avaient des problèmes avec la justice. Nous avons rapidement mis sur pied un groupe pour les aider. C'est vraiment un centre communautaire que nous avons créé.»
Pourquoi avoir fait tout cela? «Au départ, nous nous aidions nous-mêmes en aidant les autres. Puis, je crois qu'on trouve le vrai bonheur en donnant», affirme M. Stevens.
De nombreux appuis importants
Assurer la survie de Jeunesse au soleil n'a pas toujours été facile pour ses fondateurs. Le soutien de plusieurs acteurs importants de la société a été crucial.
«Le moment le plus difficile est survenu lorsque nous avons dû quitter la cordonnerie parce que nous étions devenus trop gros, affirme M. Stevens. Nous avions de la difficulté à payer nos factures. Nous n'avions pas de place où aller et nous avons failli fermer! En 1967, Jean Drapeau, le maire de Montréal à l'époque, nous a donné accès à un immeuble situé avenue du Parc. Il croyait en nous.»
Ce dont Sid Stevens est le plus fier, c'est que Jeunesse au soleil a réussi à convaincre la Ville de Montréal d'acheter des autobus pour accueillir les victimes d'incendie.
«Au départ, nous louions les autobus nous-mêmes, mais c'était très dispendieux et il y avait plusieurs incendies dans le quartier. L'achat des autobus en 1970 a permis d'aider des milliers de personnes dans la ville, et ça dure toujours.»
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a également toujours été un grand allié de Jeunesse au soleil. «Jacques Duchesneau (auparavant au SPVM) était notre meilleur ami! Il nous envoyait même des jeunes pour voir si on pouvait faire quelque chose avec eux avant de les emmener en cour. Les policiers nous ont donné aussi beaucoup d'équipement sportif. Certains ont même été entraîneurs pour les jeunes», se souvient M. Stevens.
Plusieurs personnalités du monde politique et du monde sportif ont aussi participé aux banquets organisés pour financer Jeunesse au soleil.
«Drapeau venait, bien sûr. On a aussi vu Maurice Richard et Jean Béliveau. Tous les premiers ministres du Québec venaient, mais aussi des premiers ministres du Canada: Pearson, Trudeau, Chrétien. Ces gens nous encourageaient beaucoup», indique M. Stevens.
Lorsque l'organisme est déménagé en 1981 dans ses locaux actuels, ce fut encore une fois grâce à l'aide de Jean Drapeau.
Toujours plus de besoins
Aujourd'hui, Sid Stevens croit que la pauvreté demeure le grand problème à Montréal. «C'est encore pire qu'avant, précise-t-il. Nous avons 2000 familles par mois qui utilisent notre banque alimentaire. Ce sont 450 de plus qu'il y a deux ans. Une personne sur cinq qui en bénéficie est âgée de moins de cinq ans.»
Quel est son conseil pour améliorer la situation? «Les gouvernements fédéral, provincial et municipal et les groupes communautaires doivent travailler dans le même sens. Il doit y avoir une meilleure communication. Je trouve aussi qu'on ne fait pas assez confiance aux jeunes. Seulement 5 % causent des problèmes, mais c'est seulement d'eux qu'on parle. Il faut encourager et soutenir davantage les jeunes», affirme M. Stevens qui, à 71 ans, est toujours engagé dans l'organisation, sans toutefois la diriger au quotidien comme auparavant.
Il a d'ailleurs de bonnes chances de continuer à être fort occupé pendant les prochains mois.
«Nous négocions avec la Ville de Montréal, le gouvernement du Québec et la Commission scolaire de Montréal pour que Jeunesse au soleil devienne propriétaire de l'édifice, indique M. Stevens. Nous espérons y arriver d'ici six à douze mois. Nous voulons ensuite le rénover complètement. Il en a besoin. C'est notre objectif principal pour les prochaines années.»
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Collaboratrice du Devoir







