Pourquoi ?
Pourquoi a-t-on besoin de nos jours d'être informés en temps réel, de minute en minute, de ce qui flotte dans la tête des gens? Pourquoi devrait-on twitter et facebooker sans quoi, aux yeux des «modernes», on se rangerait dans la catégorie des gens périmés, surannés, voire obsolètes? Les pensées qui nous trottent dans la tête et qu'on s'empresse de transcrire en cent quarante caractères pour diffusion à la terre entière contribuent-elles à la réflexion sans laquelle aucune lumière ne risque de luire au fond du tunnel qu'est notre avenir à tous en ces temps d'exténuation collective?
Mais que font donc les membres des réseaux sociaux de leur vie en dehors de leurs hochets technologiques, consommateurs effrénés de temps? Dorment-ils, mangent-ils, aiment-ils, lisent-ils des livres, rendent-ils visite à leurs parents, ont-ils l'occasion de perdre leur temps dans un silence et une inaction sans lesquels ils ne sont plus en mesure d'être face à eux-mêmes? Que devient la condition humaine dans sa tragédie porteuse de sens à travers ces réseaux inextricables où la quête spirituelle semble évacuée?
Pourquoi devrait-on être exposé avec moult détails à toutes les dérives humaines, à toutes les monstruosités commises, à toutes les aberrations des fêlés de la planète, chaque heure du jour où que ce soit, à travers les continents? Pourquoi devrait-on savoir que des femmes troublées ou cinglées expédient des lettres d'amour au docteur Turcotte, l'assassin de ses deux petits enfants? Quel enseignement personnel peut-on retirer des actes des déviants sinon que l'horreur est intimement liée à la nature humaine et qu'à cet égard elle se terre en chacun de nous?
Pourquoi les cataclysmes universels que furent le communisme et le nazisme, responsables de la mort de centaines de millions de personnes, n'ont-ils pas purgé les idéologues de tout acabit qui ont succédé aux Staline et Hitler du XXe siècle et sévissent toujours malgré leurs paraphes au bas des déclarations des droits de l'homme?
Pourquoi les privilégiés que nous sommes en Occident avons-nous sans vergogne tendance à nous comparer aux damnés de la terre, victimes sacrificielles de notre inconscience et de notre sentiment de supériorité déguisé en rectitude politique? Notre indignation théâtralisée selon le modèle de la télé-réalité appartient davantage à la démocratie émotionnelle qu'à un véritable sens de la justice et de l'altruisme. Pourquoi notre agitation, expression d'un désarroi aussi sourd que douloureux, se présente-t-elle sous les oripeaux d'un combat pour le progrès alors qu'elle repose avant tout sur une vision nombriliste du monde?
Au Québec, nos aïeux ont bûché les forêts, labouré les terres, se sont usés en usine pour assurer à leurs descendants une vie meilleure et ont prié pour les voir sortir du «né pour un petit pain». Pourquoi alors avons-nous rompu les liens générationnels, les solidarités traditionnelles qui étaient les leurs et pratiquons-nous l'ingratitude, reniant les jours simples d'hier pour des ersatz de pacotille qui grisent sans laisser d'empreintes? Pourquoi nous déchirer entre nous avec une cruauté renouvelée qui nous porte à poignarder ceux que, hier, nous portions aux nues?
Pourquoi tant de détestation de nous-mêmes, tant de rancune, de blessures à vif que l'on révèle au regard des autres, tous ces autres qui débarquent, leurs bagages remplis de repères culturels dont ils ont vite la nostalgie devant le spectacle de nos luttes fratricides? Pourquoi s'intégreraient-ils à un peuple à la recherche d'une identité jamais accomplie et à la besace morale à peu près vide? Pourquoi adhéreraient-ils à une langue qu'ils constatent malmenée et qui les marginaliserait davantage? Pourquoi résisteraient-ils à l'anglais, ce passeport aux mille visas qui leur ouvre l'Amérique du nord au sud du 45e parallèle?
Pourquoi considérer que ceux qui nous dirigent ou espèrent le faire sont marqués au fer rouge de l'infamie, de l'incompétence, de la corruption ou de la fourberie sous couvert de prétention à la transparence? Pourquoi ce flirt permanent avec une forme de délinquance sociale à laquelle on attribue volontiers des vertus que l'on refuse de reconnaître aux serviteurs publics, aux élus, à tous ceux qui consentent à travailler à l'intérieur des structures sociales façonnées depuis des décennies?
Pourquoi se méfier de ceux qui préfèrent l'action politique à la rue, qui manifestent du scepticisme devant les vendeurs de formules toutes faites, des charlatans de la pensée magique, des simplificateurs à outrance et des sauveurs en réserve de l'État? Pourquoi cette fascination pour l'homme providentiel (oubliée, la femme, dans cette élaboration psychopolitique) sinon par une référence encore et toujours à la culture religieuse qui nous a façonnés et dont nous nous croyons (quelle illusion!) libérés?
Pourquoi enfin cette méfiance pour le bonheur affiché, pour une gaieté communicative, pour l'enthousiasme devant le défi? Pourquoi faudrait-il pratiquer la dérision instantanée, rire de tout à tout prix alors que s'est abattue sur nous une tristesse qui s'apparente au fond à la peur d'être heureux malgré l'adversité?
denbombardier@videotron.ca
Mais que font donc les membres des réseaux sociaux de leur vie en dehors de leurs hochets technologiques, consommateurs effrénés de temps? Dorment-ils, mangent-ils, aiment-ils, lisent-ils des livres, rendent-ils visite à leurs parents, ont-ils l'occasion de perdre leur temps dans un silence et une inaction sans lesquels ils ne sont plus en mesure d'être face à eux-mêmes? Que devient la condition humaine dans sa tragédie porteuse de sens à travers ces réseaux inextricables où la quête spirituelle semble évacuée?
Pourquoi devrait-on être exposé avec moult détails à toutes les dérives humaines, à toutes les monstruosités commises, à toutes les aberrations des fêlés de la planète, chaque heure du jour où que ce soit, à travers les continents? Pourquoi devrait-on savoir que des femmes troublées ou cinglées expédient des lettres d'amour au docteur Turcotte, l'assassin de ses deux petits enfants? Quel enseignement personnel peut-on retirer des actes des déviants sinon que l'horreur est intimement liée à la nature humaine et qu'à cet égard elle se terre en chacun de nous?
Pourquoi les cataclysmes universels que furent le communisme et le nazisme, responsables de la mort de centaines de millions de personnes, n'ont-ils pas purgé les idéologues de tout acabit qui ont succédé aux Staline et Hitler du XXe siècle et sévissent toujours malgré leurs paraphes au bas des déclarations des droits de l'homme?
Pourquoi les privilégiés que nous sommes en Occident avons-nous sans vergogne tendance à nous comparer aux damnés de la terre, victimes sacrificielles de notre inconscience et de notre sentiment de supériorité déguisé en rectitude politique? Notre indignation théâtralisée selon le modèle de la télé-réalité appartient davantage à la démocratie émotionnelle qu'à un véritable sens de la justice et de l'altruisme. Pourquoi notre agitation, expression d'un désarroi aussi sourd que douloureux, se présente-t-elle sous les oripeaux d'un combat pour le progrès alors qu'elle repose avant tout sur une vision nombriliste du monde?
Au Québec, nos aïeux ont bûché les forêts, labouré les terres, se sont usés en usine pour assurer à leurs descendants une vie meilleure et ont prié pour les voir sortir du «né pour un petit pain». Pourquoi alors avons-nous rompu les liens générationnels, les solidarités traditionnelles qui étaient les leurs et pratiquons-nous l'ingratitude, reniant les jours simples d'hier pour des ersatz de pacotille qui grisent sans laisser d'empreintes? Pourquoi nous déchirer entre nous avec une cruauté renouvelée qui nous porte à poignarder ceux que, hier, nous portions aux nues?
Pourquoi tant de détestation de nous-mêmes, tant de rancune, de blessures à vif que l'on révèle au regard des autres, tous ces autres qui débarquent, leurs bagages remplis de repères culturels dont ils ont vite la nostalgie devant le spectacle de nos luttes fratricides? Pourquoi s'intégreraient-ils à un peuple à la recherche d'une identité jamais accomplie et à la besace morale à peu près vide? Pourquoi adhéreraient-ils à une langue qu'ils constatent malmenée et qui les marginaliserait davantage? Pourquoi résisteraient-ils à l'anglais, ce passeport aux mille visas qui leur ouvre l'Amérique du nord au sud du 45e parallèle?
Pourquoi considérer que ceux qui nous dirigent ou espèrent le faire sont marqués au fer rouge de l'infamie, de l'incompétence, de la corruption ou de la fourberie sous couvert de prétention à la transparence? Pourquoi ce flirt permanent avec une forme de délinquance sociale à laquelle on attribue volontiers des vertus que l'on refuse de reconnaître aux serviteurs publics, aux élus, à tous ceux qui consentent à travailler à l'intérieur des structures sociales façonnées depuis des décennies?
Pourquoi se méfier de ceux qui préfèrent l'action politique à la rue, qui manifestent du scepticisme devant les vendeurs de formules toutes faites, des charlatans de la pensée magique, des simplificateurs à outrance et des sauveurs en réserve de l'État? Pourquoi cette fascination pour l'homme providentiel (oubliée, la femme, dans cette élaboration psychopolitique) sinon par une référence encore et toujours à la culture religieuse qui nous a façonnés et dont nous nous croyons (quelle illusion!) libérés?
Pourquoi enfin cette méfiance pour le bonheur affiché, pour une gaieté communicative, pour l'enthousiasme devant le défi? Pourquoi faudrait-il pratiquer la dérision instantanée, rire de tout à tout prix alors que s'est abattue sur nous une tristesse qui s'apparente au fond à la peur d'être heureux malgré l'adversité?
denbombardier@videotron.ca
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