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Questions de liberté - avec Michel Côté, directeur du Musée de la civilisation de Québec

Le musée est-il un espace de liberté?

Entretien avec Michel Côté, directeur général du Musée de la civilisation, animé par Antoine Robitaille, journaliste du Devoir. À l'Auditorium Roland-Arpin du Musée, le 14 novembre à 17 heures.
«Un musée comme le nôtre est un lieu de connaissances mais aussi de réflexion. La question de la liberté, aussi éternelle et universelle soit-elle, demeure une question contemporaine: qu'on parle de liberté économique, religieuse, de laisser-faire, tous ces concepts sont très présents dans notre société et il est important d'y réfléchir. La liberté ne peut que se conjuguer avec d'autres mots: l'an prochain, on va donc faire — probablement — un événement "Solidarité".» Voilà, selon le directeur général, Michel Côté, le pourquoi de Liberté! Liberté? au Musée de la civilisation de Québec. Entretien sur quelques questions de liberté.

Quels sont les espaces de liberté que peut se permettre un musée? «Le musée joue sur un équilibre délicat, pondère Michel Côté. D'un côté, il doit oser appeler les choses. C'est une part de sa responsabilité. Théoriquement, un musée peut traiter d'à peu près tout, mais on sait bien qu'en pratique ce n'est pas vrai. Regardez le cas récent à Grenoble, où on a présenté une exposition sur les Algériens de Grenoble. Il y a eu de la violence, le comité de recherche s'est même fait attaquer. Au Musée de la civilisation, notre exposition Dieu(x), modes d'emploi incluait un texte de Gil Courtemanche où, comme athée, il remettait en question l'existence de Dieu. Des gens ont été choqués par ces propos. C'est la question: jusqu'à quelle limite aller, considérant le respect et la dignité de son public? Je pense que les musées osent de plus en plus. Il n'y a qu'à voir ce que le Centre des sciences de Montréal a fait avec sa récente exposition sur la sexualité des adolescents [Sexe: l'expo qui dit tout!].»

À l'inverse, un musée, indique M. Côté, doit prendre les responsabilités que confère la liberté, respecter des exigences de rigueur, de sujets et de formes. «Un musée est respecté dans notre société parce qu'on sait que c'est un lieu de rigueur intellectuelle, que ce qu'il avance est fondé. Ici, on se fait un point d'orgueil de pouvoir toujours dire sur quoi on s'appuie, dès qu'on nous pose des questions. C'est extrêmement important.» Le directeur poursuit: «On doit trouver les sujets les plus pertinents, même si ça n'attire pas un public fou. Si on fait une exposition sur la mort, c'est sûr que des gens ne viennent pas, mais la mort est en même temps une chose importante de la vie, la seule chose incontournable. Un musée comme le nôtre se doit aussi d'exposer cet enjeu.» Là encore, tout est dans le dosage, «car on garde une responsabilité de démocratisation culturelle. Il faut s'ouvrir, oser faire des choses pour des publics qui ont été négligés — je pense aux analphabètes, puisqu'on compte à peu près 10 %, dans notre population, de gens qui lisent difficilement. Un musée doit se poser la question et oser dans sa muséographie s'adresser à des publics qui ne sont pas habituels.»

Hors limites


Au fil du temps, les musées se sont eux-mêmes libérés des limites de formes. «Les musées de civilisation et de société en général sont de plus en plus pluridisciplinaires, indique Michel Côté. Ils font parfois appel à l'art, même à l'art contemporain dans leurs projets d'expo. À l'inverse, les musées des beaux-arts sont de plus en plus "sociaux", je dirais. Les choses ne se séparent pas, quoi! L'exposition Otto Dix, présentée au Musée des beaux-arts de Montréal, aurait presque pu se tenir ici: au-delà de la personne, on y jetait un regard sur la société et sur l'époque. Cette pluridisciplinarité est une tendance forte. On est de moins en moins sectaire, il y a moins de séparations qu'auparavant.»

Comme directeur de musée, que garde Michel Côté comme fantasme de liberté? L'homme échappe un rire. «Notre liberté, soyons réaliste, est contrainte par des raisons financières. Mais ce serait certainement de sortir des murs, pour une expo partout en ville, qui ferait qu'on regarderait le territoire différemment. Ma préoccupation est de toucher 100 % du public. Actuellement, 50 % des gens viennent dans les musées — l'an dernier, il y a eu 12,6 millions de visiteurs dans les musées du Québec, c'est remarquable. Mais ça veut aussi dire que 50 % ne viennent pas, que certains croient encore que c'est un lieu pas pour eux. Je pense qu'il faut parfois rejoindre les gens où ils sont, toucher ceux qui autrement ont peu l'occasion de venir ici, les obliger à jeter autrement un regard sur la réalité. Je continue de penser que le musée est un outil nécessaire de notre société. On est un lieu, comme les bibliothèques, de connaissances et d'approfondissement, mais aussi un lieu d'enchantement, d'émotion, de sensibilité et de réflexion.»
 
 
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