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Liberté et lien social - À l'heure des responsabilités

Le néolibéralisme est l'ennemi du bien

La liberté, telle qu'on la conçoit aujourd'hui, est-elle devenue une entrave au lien social? C'est la question qui sera abordée lors du débat organisé par Relations, la revue publiée par le Centre justice et foi.

«Autrefois, la liberté était perçue comme un immense progrès social, explique Agusti Nicolau, du Centre justice et foi. Elle était le rempart contre toutes les oppressions.» Mais cette perception a changé depuis une trentaine d'années. «Il s'est opéré un glissement vers une définition plus individuelle de la liberté. La liberté individuelle, aujourd'hui, veut dire la liberté de réaliser un rêve individuel, indépendamment des conséquences et même si la réalisation de ce rêve porte préjudice au bien commun.»

Le responsable de ce glissement, selon Agusti Nicolau, est nul autre que le néolibéralisme économique et social. «À son arrivée au pouvoir, Mme Thatcher a déclaré que la société, ça n'existait pas, et qu'il n'y avait que des individus. Elle a même fait de ce principe le fondement de sa politique. Or, peu importe l'importance de la personne, celle-ci existe à l'intérieur d'un réseau social. Si la liberté est au service de l'individu, elle doit aussi être au service du bien commun. Et le bien commun, ce n'est pas la somme des biens individuels.»

Inquiétudes


Ce glissement de la liberté vers une définition uniquement centrée sur la liberté individuelle a des conséquences et soulève, selon Agusti Nicolau, certaines inquiétudes. «Si on pousse la liberté individuelle à sa limite, on devrait alors avoir le droit de conduire une automobile sans aucune contrainte. La liberté est le fondement de la vie en société, parce qu'elle nous met à l'abri de la répression, mais la liberté individuelle n'est pas sans contrainte.»

Ce que le néolibéralisme, selon lui, semble parfois oublier. «Par exemple, certains néolibéraux prônent la privatisation de l'accès à l'eau en vertu de la liberté d'entreprise, ce qui est contraire au bien commun. Pour les néolibéraux, il n'y a que l'individu qui compte, toute réglementation est suspecte et l'État est toujours trop gros et trop nuisible. Sauf au moment où ils en ont besoin, comme dans le sauvetage des banques américaines par l'État américain. Les néolibéraux privatisent les gains, mais socialisent les pertes.»

Cette conception de la liberté apporte aussi son lot de fausses perceptions. «Prenons le cas des médecins spécialistes qui laissent planer la menace d'aller pratiquer ailleurs si la société ne leur accorde pas ce qu'ils demandent comme conditions salariales. Ils le font en vertu de leur liberté individuelle d'aller pratiquer là où ils le veulent. Mais ils oublient du même coup que c'est la société, donc le bien commun, qui a financé en grande partie leur formation. Si le bien commun se met au service d'un individu, ce dernier, par la suite, se doit aussi d'être au service du bien commun. La légalité d'un geste ne définit ni sa moralité ni sa légitimité. La liberté individuelle n'est pas le droit de faire ceci ou cela, c'est le droit de ne pas être opprimé. Toute liberté individuelle comporte des responsabilités sociales. Nier cette évidence, c'est placer la société dans une situation maladive.»

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Collaborateur du Devoir
 
 
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