Liberté et science - Indépendance!
Pour la recherche libre
«La tendance générale est à l'émergence d'une science corporative», s'inquiète Marc-André Gagnon, professeur en politiques publiques à l'Université Carleton et membre du Centre Edmond-J.-Safra en éthique de l'Université Harvard. La recherche incessante de partenariats industriels peut pousser les chercheurs aux limites de l'éthique, selon lui.
Pourtant, «la quête et [...] la diffusion du savoir, de la vérité et des idées» sont essentielles à toute démocratie solide, comme le rappelle l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université. Pour atteindre ce but, les chercheurs doivent «penser et [...] s'exprimer en toute indépendance».
À quel point les scientifiques sont-ils libres de poursuivre cette «quête de la vérité»? D'abord, il faut savoir que les deux tiers des chercheurs travaillent en entreprise, où il est normal que les objectifs commerciaux prennent le dessus. Mais qu'en est-il de ceux qui devraient bénéficier du «rempart» de l'autonomie universitaire?
Nouvelle donne
Yves Gingras, sociologue des sciences à l'UQAM, constate aussi que la donne a changé dans les dernières décennies: «Les trente glorieuses [la période ayant suivi la Seconde Guerre mondiale] ont été l'âge d'or de la recherche universitaire. Mais, depuis la fin des années 1970, les fonds publics stagnent. La pression augmente pour effectuer des recherches ciblées ou en partenariat avec l'industrie, qui s'intéresse peu à la recherche fondamentale.»
Cette pression pour la commercialisation de la recherche a des effets insidieux, d'après Marc-André Gagnon: «Dans le secteur biopharmaceutique, les entreprises financent les domaines de recherche qui leur apporteront des bénéfices et laissent de côté les autres, à plus forte raison si ces recherches risquent de montrer leurs produits sous un mauvais jour.» Pour continuer à s'attirer les grâces de l'industrie, certains chercheurs acceptent même de signer des articles scientifiques qui ont été rédigés par des sous-traitants des sociétés pharmaceutiques, dans le cadre de campagnes promotionnelles réglées au quart de tour.
D'autres pressions, propres au monde universitaire, limitent aussi la liberté des chercheurs. La loi du publish or perish, selon laquelle un chercheur est évalué en fonction du nombre et du prestige de ses publications, ou encore des normes d'éthique trop contraignantes peuvent orienter les travaux des scientifiques.
Yves Gingras refuse toutefois d'être alarmiste: «Toute recherche ciblée n'est pas mauvaise: encourager le développement technologique de l'énergie solaire est tout à fait légitime. Il doit y avoir un équilibre entre la recherche orientée et la recherche libre. Mais, à tout le moins, quand le financement est public, le bénéfice doit aussi être public.»
***
Collaborateur du Devoir
Pourtant, «la quête et [...] la diffusion du savoir, de la vérité et des idées» sont essentielles à toute démocratie solide, comme le rappelle l'Association canadienne des professeures et professeurs d'université. Pour atteindre ce but, les chercheurs doivent «penser et [...] s'exprimer en toute indépendance».
À quel point les scientifiques sont-ils libres de poursuivre cette «quête de la vérité»? D'abord, il faut savoir que les deux tiers des chercheurs travaillent en entreprise, où il est normal que les objectifs commerciaux prennent le dessus. Mais qu'en est-il de ceux qui devraient bénéficier du «rempart» de l'autonomie universitaire?
Nouvelle donne
Yves Gingras, sociologue des sciences à l'UQAM, constate aussi que la donne a changé dans les dernières décennies: «Les trente glorieuses [la période ayant suivi la Seconde Guerre mondiale] ont été l'âge d'or de la recherche universitaire. Mais, depuis la fin des années 1970, les fonds publics stagnent. La pression augmente pour effectuer des recherches ciblées ou en partenariat avec l'industrie, qui s'intéresse peu à la recherche fondamentale.»
Cette pression pour la commercialisation de la recherche a des effets insidieux, d'après Marc-André Gagnon: «Dans le secteur biopharmaceutique, les entreprises financent les domaines de recherche qui leur apporteront des bénéfices et laissent de côté les autres, à plus forte raison si ces recherches risquent de montrer leurs produits sous un mauvais jour.» Pour continuer à s'attirer les grâces de l'industrie, certains chercheurs acceptent même de signer des articles scientifiques qui ont été rédigés par des sous-traitants des sociétés pharmaceutiques, dans le cadre de campagnes promotionnelles réglées au quart de tour.
D'autres pressions, propres au monde universitaire, limitent aussi la liberté des chercheurs. La loi du publish or perish, selon laquelle un chercheur est évalué en fonction du nombre et du prestige de ses publications, ou encore des normes d'éthique trop contraignantes peuvent orienter les travaux des scientifiques.
Yves Gingras refuse toutefois d'être alarmiste: «Toute recherche ciblée n'est pas mauvaise: encourager le développement technologique de l'énergie solaire est tout à fait légitime. Il doit y avoir un équilibre entre la recherche orientée et la recherche libre. Mais, à tout le moins, quand le financement est public, le bénéfice doit aussi être public.»
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Collaborateur du Devoir








