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Liberté et sciences humaines - De Tunis à Québec

Une nuit pour que la démocratie rêve

Quel est le sens de la liberté aujourd'hui? Question large, à laquelle tenteront de répondre, autour d'une table ronde, une panoplie d'invités dans le cadre de la Nuit de la liberté. Les enjeux sont nombreux et touchent divers lieux de la vie publique à travers le monde, du printemps arabe aux insurgés de Wall Street, en passant par la lutte des féministes.

Pour la première fois de sa vie, Emir Ben Ayed participe à des élections libres et démocratiques dans son pays. Et il ne se contente pas de déposer son bulletin de vote dans l'urne, il parcourt la Tunisie pour immortaliser le moment, armé de sa caméra. Car le moment est historique: l'ultime test du printemps arabe, avancent certains observateurs.

Le photographe veut être un témoin de l'histoire. Et, pour la première fois de sa vie, il peut photographier la réalité sans craindre de se faire arrêter.

«Il n'y avait pas de photojournalisme en Tunisie avant le 14 janvier, témoigne le jeune homme, joint à Tunis au lendemain des élections. La semaine qui a précédé le 14, nous étions obligés de mettre des photos anonymement dans le web pour ne pas nous faire arrêter ou tabasser. À partir du 14, la situation s'est inversée.»

Pourtant, note le photographe, il n'existe pratiquement aucun cliché de cette journée qui a vu la chute du dictateur. «On ne savait pas si on devait crier "Dégage!" avec tous les autres ou prendre des photos. C'était paradoxal et étrange à vivre, un moment d'émotion dans lequel tout le monde a perdu ses repères.»

Une autre dimension

Pour lui, la liberté prend aujourd'hui un nouveau sens. «La définition du mot "liberté" n'a pas changé, mais elle a pris une autre dimension. Tout le monde aspirait un jour à faire entendre sa voix dans des élections libres. Le mot "liberté" ne se prononce plus de la même manière, sa signification est désormais inéluctablement liée aux mots "tolérance", "entraide", "égalité"...»

Pourtant, le jeune Tunisien considère qu'il était tout de même libre sous le régime de Ben Ali. Mais cette liberté était balisée. «Je ne peux pas dire que nous n'étions pas libres auparavant [...]. Le système nous garantissait une liberté contrôlée, c'est-à-dire que nous pouvions faire ce qui nous plaisait, du moment que nous ne touchions pas à la politique interne, ni aux affaires des familles Ben Ali et Trabelsi.»

La liberté était fragile, et le ras-le-bol, généralisé. La région s'est embrasée. Et alors que les autorités coupaient les lignes téléphoniques pour éviter que les photos ne circulent et que la rébellion ne se propage, les Tunisiens se sont rabattus sur les réseaux sociaux.

«Durant le premier mois, Facebook fut le quartier général de tous ceux qui s'indignaient. Les événements s'y organisaient et tout le monde vivait carrément son quotidien sur ce réseau social, qui était le seul média crédible à ce moment. Dans des pays où les médias sont exclusivement aux mains des États, les réseaux sociaux furent la seule parade.»

Attention féministes!

À Montréal, la réalisatrice Rozenn Potin regarde avec beaucoup d'intérêt ce qui se passe dans le monde arabe. Elle se réjouit de voir que les femmes ont été présentes dans le mouvement de libération et elle espère que celles-ci réussiront à trouver une place dans les lieux du pouvoir politique.

Mais elle déplore le manque de solidarité féminine à l'échelle internationale, solidarité qui permettrait aux femmes du monde entier de mieux s'aider pour s'affranchir et atteindre une totale émancipation. «C'est collectivement que les femmes réussissent à être libres», clame cette féministe aguerrie.

Même ici, au Québec, les femmes ont encore moins de libertés que les hommes, déplore la jeune réalisatrice, qui présentera son documentaire Attention féministes! dans le cadre du colloque sur la liberté.

Elle cite une étude des Réalisatrices équitables qui démontre qu'à peine 15 % de toutes les subventions sont accordées aux réalisatrices. «L'imaginaire collectif n'est pas encore créé par des femmes, mais majoritairement par des hommes, les codes qu'on nous amène sont encore masculins.»

Pour elle, le modèle de beauté qui pèse sur les femmes leur enlève une part de liberté. «Quand les petites filles passent plus de temps à se maquiller, à faire des régimes et à s'habiller plutôt qu'à étudier, pour moi, elles perdent une partie de leur liberté pour leur avenir.»

Elle déplore que même les femmes aient de la difficulté à s'approprier les idées du féminisme. «On peut choisir qui on veut être, porter des talons hauts ou être une femme au foyer. Mais il faut qu'on puisse choisir. Et tant qu'on ne s'est pas réellement questionné sur la place que la société nous donne, ce n'est pas un réel choix.»

Mais être féministe aujourd'hui, c'est aussi devoir faire face aux préjugés, être ridiculisée et stigmatisée sur la place publique, avoue Rozenn Potin. «Ce n'est pas évident à porter, ça fait réellement peur.»

Liberté et capitalisme


Pendant qu'à Tunis on attend les résultats du vote, à Québec, Michaël Lessard, du Réseau du Forum social de Québec-Chaudière-Appalaches, s'interroge sur la démocratie au quotidien, celle qui se vit entre les élections. Selon lui, au-delà des structures démocratiques et du vote tous les quatre ans, les Québécois sont parfois prisonniers de milieux de vie et de travail «carrément antidémocratiques».

Évidemment, quand on se compare, on se console, dit-il. «Mais si on arrête de se comparer aux autres et qu'on se regarde soi-même, on voit des déficits démocratiques assez aigus. Et ces problèmes sont liés à l'accumulation de la richesse. C'est d'ailleurs de plus en plus visible avec le mouvement Occupy Wall Street.»

Il est temps, selon lui, de dépasser la démocratie héritée d'une autre époque et de progresser vers une démocratie participative qui donne plus de pouvoirs aux citoyens: la démocratie du XXIe siècle.

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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