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Liberté et économie - Une relation complexe

«Il ne faut pas trop d'inégalités»

Pierre Dockès, professeur émérite à l'Université Lyon-2, donnera une conférence sur les libertés et l'économie, le 15 novembre, au Musée de la civilisation à Québec. Entre protectionnisme et mondialisation.

Les libertés de base sont indispensables à la croissance économique durable d'un pays, d'après Pierre Dockès. Il croit que les libertés économiques sont aussi essentielles, mais qu'elles doivent être limitées. Un discours criant d'actualité à l'heure des Indignés de Wall Street et d'ailleurs dans le monde.

«Les libertés de base, comme la liberté de conscience, la liberté d'aller et de venir et la liberté de religion, ont un rapport direct avec la croissance économique. On l'a vu dans plusieurs pays occidentaux», affirme M. Dockès.

Il y a tout de même des exceptions à la règle. «Ce fut le cas de la Prusse, de l'Allemagne hitlérienne et de l'Union soviétique, qui ont bénéficié d'une certaine période de croissance importante. Toutefois, cela ne pouvait durer longtemps ainsi», croit le professeur.

Pierre Dockès est d'avis que la démocratie et les libertés fondamentales sont en fait un facteur de développement économique. «Je ne suis pas d'accord avec les gens qui croient que les libertés fondamentales ne sont possibles que lorsqu'une société atteint un certain niveau de développement. Il y avait des sociétés démocratiques dans l'Antiquité qui avaient un niveau de développement très faible.»

Lorsqu'un pays perd ses propres forces

Pierre Dockès croit qu'un phénomène comme l'innovation est possible seulement avec un régime de libertés fondamentales.

«De plus, dit-il, dans un régime où on n'a pas la liberté de conscience, les meilleurs s'en vont. L'Amérique a été peuplée par ceux qui sont partis de l'Europe parce qu'ils n'avaient pas la liberté de choisir leur religion. Les pays qui ont vu leurs habitants partir ont connu de véritables catastrophes économiques.»

Il donne l'exemple de la France qui a chassé les protestants alors qu'ils jouaient un rôle important dans le commerce, l'industrie et la finance du pays. Il donne aussi l'exemple de l'Espagne qui a chassé ses juifs et ses musulmans à la fin du XVe siècle.

«Ç'a aussi été la catastrophe, puisque ces gens qui ont quitté le pays avaient des qualités importantes», précise l'économiste.

L'importance des libertés économiques

En plus des libertés de base, Pierre Dockès croit que les libertés économiques sont extrêmement importantes. Il dénonce d'ailleurs vigoureusement le protectionnisme.

«Lorsqu'un pays s'enferme dans le protectionnisme, il n'y a plus d'incitation à l'innovation, au dépassement. C'est encore pire en temps de crise, puisque le protectionnisme enfonce encore plus les pays. On l'a vu dans les années 30. La montée du protectionnisme avait terriblement aggravé la crise.»

Pierre Dockès est l'auteur de l'essai L'enfer, ce n'est pas les autres!, qui défend la mondialisation. «C'est très important que les individus, les pays et les cultures aient la liberté d'acheter, de vendre, de commercer et d'échanger. On y tire un certain nombre d'avantages dont personne ne parle. Par exemple, la production de biens en Chine ou ailleurs permet aux gens dans le monde entier d'avoir accès à ces biens à des prix très bon marché. Si on payait ces biens le prix qu'il en coûterait de les faire en Amérique du Nord ou en Europe, on aurait un pouvoir d'achat beaucoup moins grand», explique l'économiste.

Il reconnaît toutefois que la mondialisation a des inconvénients. «Bien sûr que ça enlève des emplois à des Canadiens et à des Français, mais cela leur permet d'acheter du textile, des vêtements et des chaussures beaucoup moins chers. Il y a des inconvénients à vouloir tout faire chez soi. Mieux vaut faire appel à des spécialistes que de faire tout soi-même.»

Pierre Dockès n'est tout de même pas en faveur d'une mondialisation à tout prix. «Si un pays va trop loin et utilise sa liberté au détriment des autres, il faut agir pour l'empêcher de nuire. De plus, je suis pour la libre circulation des biens, mais je crois qu'on doit réguler très strictement le déplacement des capitaux, surtout spéculatifs. Il faut les taxer très fortement.»

Limiter les libertés économiques

Pierre Dockès est donc d'avis que les libertés économiques peuvent être extrêmement dangereuses si elles sont poussées à l'extrême. «L'économie de marché ne doit pas être sans règles. Si on laisse toutes les libertés aux riches, le pauvre est dominé et exploité. Ça devient comme une relation de maître et de serviteurs», affirme-t-il d'ailleurs.

Lorsque des inégalités apparaissent, Pierre Dockès croit qu'on doit limiter les libertés économiques. «Il n'y aura jamais d'égalité parfaite, mais il ne faut pas trop d'inégalités. Si on laisse les libertés alors qu'il y a de grandes inégalités, ça peut être la catastrophe.»

L'économiste croit que, si le monde est en crise, c'est justement parce que les libertés des riches et des puissants ne sont pas suffisamment régulées. Il croit que ce qui manque le plus en ce moment, c'est la réglementation financière.

«On laisse les puissants d'aujourd'hui, les banques, faire ce qu'ils veulent. La liberté financière des banques peut avoir des conséquences pernicieuses pour tout le monde, alors il faut réguler. Les Indignés de Wall Street expriment à quel point on est allé trop loin. On a laissé trop de libertés financières et cela a nui à autrui», affirme-t-il.

À ses yeux, c'est le rôle de l'État de limiter les libertés économiques. «Sinon, c'est la guerre de tous contre tous! C'est ce qu'on veut éviter. Et je ne pense pas que plus de régulation nuira au développement économique. Au contraire, ce qui lui nuit, c'est le manque de régulation. C'est ce qui a causé la crise actuelle. Il y a maintenant du mécontentement et c'est la fin de la croissance économique. Il faut un équilibre entre les libertés économiques et les limitations.»

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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