Liberté et cinéma - Une filmographie sans oeillères
Pour «qui souvent porte une blessure»
Si, ces derniers temps, son nom est presque toujours associé au projet vidéo Wapikoni mobile, Manon Barbeau mène tout de même sa barque depuis une bonne trentaine d'années dans le milieu du cinéma québécois. Documentariste émérite, on lui doit notamment L'armée de l'ombre et Les enfants de Refus global. Si, pour l'heure, c'est à la défense de ses petits loups du Wapikoni qu'elle consacre le plus d'énergie, cela demeure un choix, et lorsque l'on choisit pour soi, on est libre. Voilà l'un des constats qui ressortent d'un échange entre la passionaria au sourire doux et Le Devoir.
N'empêche, à la lumière du parcours jalonné d'obstacles du Wapikoni mobile, une initiative essentielle qui permet à de jeunes autochtones de s'exprimer par la vidéo, Manon Barbeau aurait pu douter. En effet, lorsqu'il faut se battre pour permettre à ceux qui n'ont pas de voix de s'exprimer, ici par la création, peut-on parler de liberté?
«Oui, je le crois. La création est évidemment soumise à certains paramètres ou à certaines contraintes, soient-elles financières ou temporelles, mais, en ce sens, elle est comme la vie. Il est possible de trouver sa liberté de création et son mode d'expression à l'intérieur de ces paramètres. Des contraintes, il y en a partout, rappelle Manon Barbeau. Ça n'empêche pas la vie de s'épanouir.»
Sa carrière durant, la documentariste a tenu sa caméra loin des modes et près de son coeur. Il en résulte une filmographie sans oeillères. «Je me suis toujours intéressée à ceux qui sont en marge, aux exclus, aux jeunes de la rue, aux prisonniers, aux jeunes des Premières Nations, aux poètes, aux rebelles, à ceux qui sortent des sentiers battus et qui souvent portent une blessure intime ou historique. Il faut croire que quelque part, c'est en résonnance avec ma propre histoire... J'aime aller voir de l'autre côté du miroir, au-delà des apparences.»
Responsabilité
Or, même si l'on a foi en ce que l'on fait, ce peut être difficile de porter un projet que l'on a amorcé. «C'est vrai, surtout lorsqu'il s'agit d'un projet qui implique une responsabilité envers d'autres êtres, comme c'est le cas du Wapikoni. Quand on réalise un film, on est responsable de son équipe, du sujet traité et de ce qu'il implique. Quand on réalise un projet comme le Wapikoni, qui permet à des jeunes de réaliser leurs propres films, de s'éloigner du désespoir, de trouver un sens à leur vie, on devient responsable d'eux. On ne peut pas faire n'importe quoi. Chaque geste doit être soupesé, chaque pas, réfléchi. Il est question de vie. Et, plus loin, il est question d'un peuple blessé. On se questionne sans cesse sur le droit qu'on a d'agir et sur la façon correcte de le faire.» Là encore, la liberté, mais pas n'importe comment.
Pour Manon Barbeau, le Wapikoni mobile vise avant tout à motiver des jeunes qui ont peu confiance en eux et en l'avenir. En goûtant au plaisir de créer et de s'exprimer, ils connaissent une gratification importante qui les accompagnera pour la suite de leur existence. «Ça peut parfois même donner le goût de vivre», conclut Manon Barbeau.
***
Collaborateur du Devoir
N'empêche, à la lumière du parcours jalonné d'obstacles du Wapikoni mobile, une initiative essentielle qui permet à de jeunes autochtones de s'exprimer par la vidéo, Manon Barbeau aurait pu douter. En effet, lorsqu'il faut se battre pour permettre à ceux qui n'ont pas de voix de s'exprimer, ici par la création, peut-on parler de liberté?
«Oui, je le crois. La création est évidemment soumise à certains paramètres ou à certaines contraintes, soient-elles financières ou temporelles, mais, en ce sens, elle est comme la vie. Il est possible de trouver sa liberté de création et son mode d'expression à l'intérieur de ces paramètres. Des contraintes, il y en a partout, rappelle Manon Barbeau. Ça n'empêche pas la vie de s'épanouir.»
Sa carrière durant, la documentariste a tenu sa caméra loin des modes et près de son coeur. Il en résulte une filmographie sans oeillères. «Je me suis toujours intéressée à ceux qui sont en marge, aux exclus, aux jeunes de la rue, aux prisonniers, aux jeunes des Premières Nations, aux poètes, aux rebelles, à ceux qui sortent des sentiers battus et qui souvent portent une blessure intime ou historique. Il faut croire que quelque part, c'est en résonnance avec ma propre histoire... J'aime aller voir de l'autre côté du miroir, au-delà des apparences.»
Responsabilité
Or, même si l'on a foi en ce que l'on fait, ce peut être difficile de porter un projet que l'on a amorcé. «C'est vrai, surtout lorsqu'il s'agit d'un projet qui implique une responsabilité envers d'autres êtres, comme c'est le cas du Wapikoni. Quand on réalise un film, on est responsable de son équipe, du sujet traité et de ce qu'il implique. Quand on réalise un projet comme le Wapikoni, qui permet à des jeunes de réaliser leurs propres films, de s'éloigner du désespoir, de trouver un sens à leur vie, on devient responsable d'eux. On ne peut pas faire n'importe quoi. Chaque geste doit être soupesé, chaque pas, réfléchi. Il est question de vie. Et, plus loin, il est question d'un peuple blessé. On se questionne sans cesse sur le droit qu'on a d'agir et sur la façon correcte de le faire.» Là encore, la liberté, mais pas n'importe comment.
Pour Manon Barbeau, le Wapikoni mobile vise avant tout à motiver des jeunes qui ont peu confiance en eux et en l'avenir. En goûtant au plaisir de créer et de s'exprimer, ils connaissent une gratification importante qui les accompagnera pour la suite de leur existence. «Ça peut parfois même donner le goût de vivre», conclut Manon Barbeau.
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Collaborateur du Devoir








