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Collections, archives et bibliothèque - Un musée où tout le Québec se retrouve et se raconte

Les objets nous racontent

Il est «la courroie de transmission» entre la haute direction et l'ensemble du musée, entre les grands objectifs établis et la mise en pratique de ceux-ci. Il incarne, en quelque sorte, le programme culturel de l'établissement fondé en 1988. Un programme constamment revu et corrigé. Si Pierre Bail se voit plus animateur que gestionnaire, il est toutefois en titre directeur des collections, des archives et de la bibliothèque, ces deux derniers secteurs découlant de la prise en charge par le Musée de la civilisation des documents du Séminaire de Québec.

«On a une obligation d'acquisition. Les bonnes choses, il ne faut pas les laisser tomber, dit-il. Nos politiques d'acquisition sont révisées constamment. On doit se positionner, par exemple, par rapport aux communautés religieuses. Que doit-on retenir d'elles pour en témoigner? Le contemporain? Qu'est-ce qu'on fait avec ça? Nous avons un devoir de réflexion plus profond, un devoir de réflexion sur nos gestes. On se fait souvent questionner [sur nos actions] et on doit être capables de répondre.»

Le Musée de la civilisation doit refléter, dans ses collections, toute la diversité d'une société, autant dans ses racines les plus profondes que dans les bourgeons les plus récents. La réalité des communautés religieuses, qui vieillissent et tendent à disparaître, pose non seulement un défi de taille, littéralement, elle «bouleverse nos collections», selon Pierre Bail, et demande à revoir toute la manière de classer et ordonner l'histoire. «Leurs fonds de photos ont souvent été conservés par paroisse, par église. On ne fait plus ça, dit le directeur des collections. Il faut reconstruire des ensembles, réunir des plans et des cartes, quitte à les séparer des livres où ils se trouvent.»

Par manque de budget, les acquisitions sont en grande partie issues de dons. Le Musée de la civilisation n'achète pratiquement plus. Mais ce n'est pas par manque de sujets. L'acquisition récente d'une collection hippomobile — des voitures tirées par des chevaux, datant du tournant du XXe siècle — a introduit un univers peu présent dans les réserves de l'établissement du Vieux-Québec.

Un seul objet peut aussi ouvrir des brèches. Rue Dalhousie, on ne privilégie pas les oeuvres d'art. Sauf dans le cas où celle-ci a une valeur extra-artistique. C'est le cas d'une toile du maître tapissier français Jean Lurçat (1892-1966), donnée par l'artiste à la femme d'un diplomate québécois basé à Paris. Pour Pierre Bail, cette oeuvre récemment acquise a toute une signification. «Elle rappelle que le Québec n'est pas qu'une terre de colonisation, qu'un territoire que l'on visite. Nous sommes aussi allés ailleurs, très rapidement, dès le XIXe siècle. Le Québec n'est pas seulement un endroit qui a reçu.»

Au coeur des civilisations

Conservateur depuis 1995, spécialisé des métiers du textile, puis des cultures religieuses et des fêtes populaires, Michel Laurent a été actif autant côté diffusion que côté collections. Sur le point de prendre sa retraite, cet ethnologue et anthropologue de formation a ainsi fait beaucoup comme défricheur.

«Le conservateur joue un rôle multiple, de recherche et de diffusion, dans différents secteurs. Il doit faire preuve de beaucoup d'ouverture», résume-t-il avec toute l'humilité propre à celui qui travaille à l'ombre des projecteurs.

Le Musée de la civilisation lui doit tout de même d'avoir développé les collections textiles, dont un ensemble de kimonos légués par un homme d'affaires japonais établi au Québec.

Pour celui qui a fait sa thèse de maîtrise sur les couvre-lits anciens, nous avons, comme société, à apprendre de toutes les civilisations. Derrière leurs beaux atours, les kimonos parlent d'une histoire de classes, car seuls «les bourgeois et les nobles pouvaient se les payer».

Michel Laurent a aussi permis au Musée de la civilisation de développer sa collection d'instruments de musique. Ses meilleurs souvenirs lui font évoquer le passé luthier du pays. «J'ai fait entrer beaucoup d'instruments de musique dans la collection, dont un très beau violon fabriqué vers 1880 par le père de Calixa Lavallée, l'auteur de la musique de notre Ô Canada, et un autre de Pierre Martel, facteur du XVIIIe siècle, [considéré comme] le stradivarius canadien.»

Pour ses derniers mois au sein du Musée de la civilisation, Michel Laurent se consacrera à un dossier qui lui tient à coeur: documenter en bonne et due forme toute la collection textile, qui comprend des couvre-lits, des rideaux, des dentelles, des tapis. Les données de plus de 5000 pièces seront ainsi réactualisées.

Déjà le vingtième siècle


Historien et ethnologue formé à Trois-Rivières, Christian Denis est entré au Musée de la civilisation en 1988, soit depuis les tout premiers débuts de son histoire. Il a dès lors connu les grands moments d'effervescence, puisqu'il fallait tout bâtir. «Nous étions en grande phase de recrutement, dit-il au sujet des années de Roland Arpin, le directeur-fondateur du musée. Nous travaillions dans un grand chantier, alors que partout ailleurs on était en période de décroissance. Nous, nous étions dans un projet de croissance. C'était un grand privilège.»

Sa mission a été de réactiver le patrimoine ethnologique du Québec, qui avait été jusque-là sous la responsabilité de différentes institutions, «par défaut», exprime-t-il. Et qui s'arrêtait presque exclusivement au début du XXe siècle. «[Ces collections] avaient mal vieilli. Il fallait les arrimer à l'actualité et les rapprocher de l'histoire du XXe siècle. Elles ne le reflétaient pas.»

Les acquisitions ont dès lors été «massives», il a fallu les doubler, et les expositions avaient ce goût de remise à jour. Le thème de «souffrir pour être belle» a ainsi introduit les questions du corps et celles «du soin du corps et de l'image», précise Christian Denis, propres au siècle de la modernité.

Autre sujet nouveau, l'hydroélectricité. «Les collections, dit le conservateur, portaient sur le monde rural. Le patrimoine industriel, c'était l'antithèse.»

Vers la fin des années 1990, le conservateur Denis s'est donné tout un autre cheval de bataille: les sciences judiciaires. Il a déterré les prémices de cet univers et fait d'un Québécois, Wilfrid Derome (1877-1931), le père de tous les Kojak de ce monde. Pour Christian Denis, voilà la preuve qu'«une histoire matérielle permet d'ouvrir un champ de connaissances, nous révèle comme société».

Dans les années 2000, Christian Denis et Michel Laurent ont été les animateurs de deux projets moteurs, Patrimoine à domicile et son volet télévisuel, Trouvailles et trésors. L'enjeu était simple: aller sur le terrain, chez les individus, et leur faire prendre conscience de la richesse de leur patrimoine familial.

«Les collections nationales, dit Christian Denis, c'est ce qu'on possède collectivement. Ou alors, comme le dit son collègue Laurent, la meilleure collection nationale est à l'extérieur du musée. C'est là que l'on retrouve toutes les racines nationales.»

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