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Zoom sur la personnalisation de la mort... la grande Faucheuse - Au delà du rituel

Q'importe le type de personnalisation de la cérémonie, il n'y aurait rien de plus bénéfique du point de vue psychique que de se rassembler autour de la mort et de pleurer le défunt.
Photo : Newscom
Q'importe le type de personnalisation de la cérémonie, il n'y aurait rien de plus bénéfique du point de vue psychique que de se rassembler autour de la mort et de pleurer le défunt.
En juillet dernier, le New York Magazine s'entretenait avec une organisatrice de funérailles. Celle-ci racontait avoir organisé des cortèges de Ferrari pour un richissime défunt, invité les Tropiques dans une chapelle, palmiers et DJ compris. Apparemment, ils sont de plus en plus nombreux les endeuillés qui souhaitent personnaliser la mort comme si c'était un 40e anniversaire de naissance, et les baby-boomers qui veulent orchestrer jusqu'au dernier détail cet ultime «événement» auquel ils ne pourraient même pas RSVP.

Le degré de personnalisation de la célébration funéraire est très vaste, englobant la plus extravagante jusqu'à la plus simple volonté. D'ailleurs, le terme «personnalisation» figure au sommet de la liste des «tendances» soulevées par l'Association nationale des directeurs funéraires (NFDA), même si le concept n'a strictement rien de nouveau, souligne l'anthropologue de la mort, Luce Des Aulniers, qui enseigne à la Faculté de communication de l'UQAM. «On a toujours personnalisé les célébrations de la mort, que ce soit celle d'un chef de village, d'un enfant ou d'une mère de 12 enfants.»

Et le fait d'ajouter des photos, des dessins, un chandail de laine dans le cercueil pour ne pas que grand-papa prenne froid? Encore moins nouveau, si l'on se remémore les armes et la nourriture laissées près du macchabée aux temps néandertaliens. «Ce qui a changé, c'est plutôt l'importance qu'on donne à la personnalisation.»

Si certains ont des idées de grandeur, tous ont des attentes élevées. Et contrairement à l'organisation de la fête du beauf l'été prochain, cette cérémonie doit se boucler de A à Z en quelques jours, en pleine tourmente émotive. La pression est plus forte: les gens se marient deux ou trois fois au cours de leur vie mais n'ont qu'une seule chance de réussir leurs funérailles.

Pour répondre aux dernières volontés, les thanatologues, qui encouragent fortement la personnalisation, sont devenus de véritables organisateurs d'événements, écoutant les familles et accueillant leurs demandes.

Les membres de la Corporation des thanatologues du Québec constatent en effet que le rituel funéraire est en pleine mutation en Amérique du Nord, une transformation peut-être causée par ce rejet en masse du modèle de rite funéraire proposé traditionnellement, tente la directrice générale Nathalie Samson. «On entend souvent les gens dire: "À ma mort, ne dépensez pas d'argent, faites-moi juste un gros party. Notre système de santé nous donne tous les médicaments pour endormir la douleur, on a tout le botox qu'il faut pour masquer la vieillesse et évacuer la mort de nos vies. Ainsi, quand arrivent des funérailles, on voudrait éviter la souffrance, là aussi. Mais la mort ne se contourne pas.»

À fleur de mots

Preuve de ce malaise, le terme «rite» s'est transformé en «cérémonie» avant de glisser vers «festivités», un vocable qui hérisse les cheveux des «logues» dans ce secteur. «Les officiants ne peuvent même plus prononcer le mot "mort" pendant les funérailles, rapporte Luce Des Aulniers de ses observations sur le terrain. On ne peut plus évoquer la réalité de la mort comme un destin commun à partager. On a de méchants problèmes avec la religion, comme si elle avait eu le monopole de la mort au Québec. Pourtant, les premiers hommes qui ont enterré leurs défunts n'avaient pas de religion, ils avaient seulement une intuition que la mort était un passage vers quelque chose d'autre. Les religions ont codifié et amélioré les pratiques. Mais la vie corporelle est liée à la psyché, pas à la religion.»

Chose certaine, les gens cherchent une manière significative de saluer leurs défunts. De marquer de façon unique leur passage sur Terre. Les thanatologues sont à l'écoute de ces volontés et si elles aident les proches à traverser leur deuil, ils se fendent en cinq pour les exaucer. Que ce soit pour faire entrer un éléphant au salon (littéralement), pour remplacer la flotte de Chevrolet du cortège par les Ford du complexe voisin afin d'assurer la suite d'un feu-concessionnaire du pionnier de l'automobile, ou encore pour créer une cérémonie sur le thème du Canadien de Montréal, de la ringuette, alouette (non, pas l'équipe).

«Le danger est toutefois de tomber dans l'excès, explique Denis Desrochers, copropriétaire du groupe Grégoire & Desrochers. Alors, le rôle du directeur de funérailles est d'encadrer les demandes et de personnaliser les rituels en harmonie avec les cadres de référence du défunt, tout en essayant de réconforter ses proches.» Son bon coup? Du sucre à la crème distribué à l'entrée du salon funéraire. Une grand-mère venait de s'éteindre après un long séjour dans les limbes de l'alzheimer et ses petits-enfants ont eu l'idée de servir aux proches sa fameuse recette, faisant aussitôt jaillir les souvenirs des jours heureux. «Au lieu de parler de ces difficiles années où la maladie lui a fait perdre sa dignité, on la lui redonnait à travers le sucre à la crème. C'est tout simple. Mais ç'a fait un bien fou à la famille.» L'essence même du rassemblement, quoi.

Ensemble, c'est tout


Brassens le fredonnait d'ailleurs dans ses Funérailles d'antan: «Jadis, les parents des morts vous mettaient dans le bain / De bonne grâce ils en f'saient profiter les copains / "Y a un mort à la maison, si le coeur vous en dit / Venez l'pleurer avec nous sur le coup de midi..."» Q'importe le type de personnalisation de la cérémonie, il n'y aurait rien de plus bénéfique du point de vue psychique que de se rassembler autour de la mort et de pleurer le défunt. Plusieurs anthropologues estiment même que ce profond bouleversement permettrait de refonder les bases mêmes de la société, en plus d'offrir un temps d'arrêt pour se questionner sur ce qu'on a envie de faire avec le reste de notre vie.

Qu'il se tienne autour d'un potluck dans le sous-sol du complexe funéraire ou dans un restaurant en vogue, le repas qui suit la célébration a toujours existé en dehors de la religion et possède cette extraordinaire fonction de marquer le passage de la mort à la vie. Selon Nathalie Samson, il soutient aussi les endeuillés dans cette première étape vers l'acceptation: «À une époque, dans les jours suivant le décès, les proches allaient porter de la soupe au mari qui venait de perdre sa femme. Le repas fait ce lien avec la vie. Il a une fonction basique, mais primordiale.»

La professeure Luce Des Aulniers ajoute même que ce repas sert à faire des provisions de réconfort pour les semaines à venir, lorsque les gens se retrouvent seuls après le décès. «Le fait d'entendre parler les autres de la personne que tu chérissais, de voir qu'eux aussi l'appréciaient, ça élargit l'idée du deuil et offre à ceux qui restent différents prismes de la vie du disparu.» Et puis, pendant le repas, le ton monte, les langues se délient. C'est le retour à la vie.

L'interminable hommage

Si l'anthropologue a un ultime conseil à donner pour la préparation de la cérémonie, c'est d'épargner l'assistance de l'interminable hommage du défunt. «On est dans une société d'ego et souvent, ceux qui témoignent parlent beaucoup d'eux-mêmes. Les gens le sentent très vite et ne veulent pas assister à une catharsis interrelationnelle.»

Pourquoi ne pas être inventif dans la personnalisation et passer à un autre niveau? «Si ma tante Albertine allait nourrir les pigeons tous les jours, c'est important de le dire. C'est une contribution à l'univers. Ça n'a rien de particulièrement spectaculaire, direz-vous, mais ce sont là des signaux importants d'une existence.»

Parfois, il suffit de bien peu de choses.
 
 
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  • Yvon Bureau
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 08h29
    Beaucoup d'iintérêts en jeu
    Une fois la mort arrivée, une fois le cadavre présent, tout est possible, et bien des intérêts deviennent en jeu, même des conflits d’intérêts.

    Plusieurs voudront votre bien, et ils l’auront, sauf si… Sauf si votre seul intérêt et vos volontés sont connues et écrites, et que vous avez désigné des mandataires pour les faire respecter, que vous avez fait vos arrangements pré-funéraires. «À froid, quoi !»

    Merci pour ce bel article. Un temps pour pleurer le défunt, un temps pour supporter les vivants endeuillés.

    J’ai hâte de vivre un colloque sur le sujet. Avec les directions des funérailles (et leurs professionnels amis) ET les porte-paroles des consommateurs. Ouvert à tous les intéressés, et j’en suis.

    Ensemble, nous préciserons ce qui est possible, ce qui est acceptable et ce qui est à déconseiller.

    Bienvenue aux funérailles porteuses et génératrices de vie, de plus de vie ! Très souvent, c’est le respect du défunt et de ses volontés, de ses libres-choix qui le permettra. Que de bonnes (personnalisées et respectueuses) funérailles honorent toute une vie!

    Il en sera de même pour le mourir, avant la mort,… Mais c’est tout un autre sujet.

    Pendant ce temps, les paroisses se doivent de faire une grosse réflexion. Même, toute la société québécoise.

  • Gaston Bourdages
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 09h38
    À partir de mes fort tragiques expériences de la mort...
    ...j'ai été, reconnaissant pour cette invitation, sollicité pour écrire un papier sur les dites expériences. Ce «papier» s'est transformé dans un chapitre d'un volume. Oeuvre collective dirigée par Monsieur Gaston Pineau, professeur émérite à l'Univ. Frs.Rabelais de Tours. Monsieur Pineau y a été accompagné par Mesdames Martine Lani-Bayle et Catherine Schmutz alors que la préface est celle de Monsieur Edgar Morin, philosophe-écrivain et plus encore.

    @Monsieur Yvon Bureau, pour ce que vous soulevez: mercis! Peut-être que le dit volume tout juste publié chez l'Harmattan - Paris contient des réponses aux problématiques soulevées. Le titre :«HISTOIRES DE MORTS AU COURS DE LA VIE» Distribué par Les Presses de l'Université Laval et la Maison PROLOGUE.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 14h08
    Passage vers la mémoire
    “Les premiers hommes qui ont enterré leurs défunts n'avaient pas de religion, ils avaient seulement une intuition que la mort était un passage vers quelque chose d'autre.”

    Pour moi, la mort est un passage vers la mémoire (je l’espère) de ceux qui restent après moi.

  • Yvon Bureau
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 14h29
    Croyance
    Nous venons de la Vie et nous retournons à la Vie.

    La Vie, c'est quoi ? C'est qui ?

    On peut croire aussi : nous venons du Néant et nous retournons au Néant.

    Notre destin est d'apparaitre, de paraitre et de disparaitre. Comme pour tous les êtres vivants.

    Croyance ultime : profitons au maximum de cette vie que nous avons. VRAIMENT pas sûr qu'il y en a d'autres !

  • barbara
    Inscrit
    vendredi 28 octobre 2011 15h13
    Laisser des traces personnalisées...
    Créer une oeuvre d'art de de mémoire, au delà de l'uniformisation grandissante des cimetières en Amérique du Nord...

    http://www.mementomoridesign.com/
    http://mementomoridesign.blogspot.com/

  • Gilles Théberge
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2011 22h47
    Tout bouge
    Madame signale que «Les membres de la Corporation des thanatologues du Québec constatent en effet que le rituel funéraire est en pleine mutation en Amérique du Nord, une transformation peut-être causée par ce rejet en masse du modèle de rite funéraire proposé traditionnellement, tente la directrice générale Nathalie Samson».

    À court terme c'est effectivement vrai que des changements notables, parfois même spectaculaires se produisent. Mais les moeurs ont toujurs été changeants.

    On a qu'à lire l'ouvrage de Philippe Ariès «L'homme devant la mort» pour se rendre compte que devant lamort, l'attitude et les comportements des hommes a toujours été en mouvement.

    http://www.amazon.fr/Lhomme-devant-mort-Philippe-A

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