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    Richard Desjardins et Robert monderie au Devoir - Trou Story en terrain miné

    Leur dernier documentaire attaque la voracité de l'industrie minière avec la complicité d'État

    Après L’erreur boréale et Le peuple invisible, Richard Desjardins (sur la photo) et Robert Monderie proposent maintenant Trou Story.
    Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Après L’erreur boréale et Le peuple invisible, Richard Desjardins (sur la photo) et Robert Monderie proposent maintenant Trou Story.
    On rencontre Richard Desjardins et Robert Monderie dans une brasserie du quartier Ahuntsic, où les compagnons d'armes et d'indignation tiennent souvent leurs quartiers généraux, loin des regards curieux de la clique du Plateau.

    Mais leur coeur bat en Abitibi. Le poète-chanteur, si souvent entre disques et tournées, n'a pas remisé sa caméra, son vieux complice non plus. Voici que le tandem lance dans deux semaines, avec première le 30 octobre au Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue: Trou Story, attaque contre la voracité de l'industrie minière avec complicité d'État.

    Sur une narration musclée de Desjardins, le documentaire revient sur l'histoire d'une exploitation privée du territoire avec des mineurs, au départ non syndiqués, mourant dans leurs couloirs souterrains aux émanations toxiques. Trou Story condamne aussi les richesses du sous-sol envolées dans les poches des multinationales en laissant des «pinottes» sur le territoire et un environnement ravagé.

    Quand le tandem avait réalisé en 1999 le documentaire-choc L'erreur boréale, ce coup de poing secoua les assises des grandes forestières. On les a vus dénoncer aussi le sort tragique des Algonquins à travers Le peuple invisible en 2009. Mais les mines sont le pain, le beurre, la sueur et la douleur de leur coin de pays.

    Nos deux Abitibiens savent que le film ne fera pas l'unanimité au sein de leurs familles, dans les rangs des amis qui ont ou qui visent des jobs dans le trou en question. S'indigner contre les grenailles qu'en tire le Québec? Profiter de l'emploi et se fermer sa trappe? «En Abitibi, les avis sont partagés, précise Richard Desjardins. Mon frère travaille à la chambre de commerce. Nos proches sont mal à l'aise avec le film. Le taux de chômage est de 5 % dans la région. On leur dit: "venez travailler dans les mines"...»

    «Mais ils peuvent demander plus», rétorque Monderie. Tout est là!

    Ce vaste sujet minier, ils l'avaient abordé par la bande en 1977 dans le film Comme des chiens en pacage, sur les débuts de la colonisation en Abitibi. Monderie de son côté coréalisa avec Daniel Corvec en 1984 Noranda, accablant témoignage sur les problèmes de santé causés par la pollution de la compagnie Noranda. Desjardins y fut recherchiste, en plus d'en signer la musique.

    Ils remettent le couvert avec Trou Story, pamphlet lancé à l'heure où la Loi sur les mines du Québec est en voie de réforme. Alors ils espèrent forcer l'attention et lui faire pousser des dents, à cette loi-là. Autre voeu du poète-cinéaste: «J'espère que les générations futures arrêteront de prendre leur trou et seront plus revendicatives.» Le film est dense, plus pointu, plus austère que L'erreur boréale, un pari plus risqué, mais Desjardins rêve, après la sortie en salle, d'une diffusion télé de Trou Story à TVA, histoire de ratisser la large audience.

    Avec une longue partie historique, bourrée de documents d'archives, plusieurs issus du riche terreau de l'ONF, le documentaire remonte le cours tragique de l'histoire des mineurs: les immigrés des pays de l'Est, les luttes pour la syndicalisation, l'espérance de vie longtemps écourtée dans des conditions de misère. Trou Story multiplie les interviews aussi, au Québec comme en Ontario, se penchant sur le cas de la mine d'or à ciel ouvert de Malartic exploitée par Osisko, à l'heure où le roi des métaux vaut si cher, dans une ville auparavant ravagée par le chômage.

    «Ils ne veulent pas faire le débat sur les mines à ciel ouvert en Abitibi, déplore Monderie, l'Osisko a déboulonné un quartier complet à Malartic pour le reconstruire ailleurs. Ça a pris 50 ans à sortir du coin cinq millions d'onces d'or. On va en extirper le double en cinq fois moins de temps. Ils vont tout vider en laissant derrière... le trou.»

    Le tandem pointe dans Trou Story tout le Bouclier canadien, y compris l'Ontario, donc. «De Sudbury à Val-d'Or, c'est la même problématique, les mêmes capitaux, la même main-d'oeuvre», dit Desjardins.

    Mais on n'a pas tourné impunément L'erreur boréale sans susciter la méfiance des fonctionnaires et des dirigeants de compagnie. «Pas grand-monde ici ne voulait nous parler», lance Richard Desjardins en riant. Il constate qu'en Ontario, les gens s'expriment plus librement, dont l'ancien maire de Sudbury, John Rodriguez, ville où la mine de nickel exploitée par Inco a vu diminuer dramatiquement le nombre des employés du secteur.

    Au banc des accusés de Trou Story: le free mining, qui donne aux entrepreneurs miniers la liberté d'instituer à leur pur profit des règles sur l'exploitation du sous-sol (ça vaut aussi pour le gaz de schiste). 6 % du territoire de l'Abitibi à peine est protégé. Le reste se retrouve sous concessions minières (claims). De plus, en un demi-siècle, le volume du minerai brut exporté du Canada a quintuplé, alors que la quantité de minerai transformé demeure la même. Et la robotisation de l'industrie des mines diminue le nombre d'emplois.

    «Ça ne paie pas d'impôt, les minières, juste sur leurs bâtiments», s'indigne Monderie. La majorité des compagnie minières opérant au Québec n'ont payé aucune redevance entre 2002 et 2008, précise-t-on dans le film, tout en créant une richesse de 17 milliards de dollars.

    «En Australie, les compagnies sont obligées de verser davantage de redevances au pays. Au Botswana, c'est 50/50. On pourrait aussi être partenaires du projet minier. Alors pourquoi ce sont des étrangers qui vont transformer notre minerai ailleurs? tonne Desjardins. Pourquoi on fait juste fournir le matériau? Pourquoi on ne les fabrique pas chez nous, ces boulettes? C'est le modèle colonial qui perdure et la fierté prend le bord. La mondialisation n'aide pas notre affaire. On a nationalisé l'électricité, et le Québec se comporte aujourd'hui comme une extension politique des chambres de commerce, sans préoccupations sociales. Ça nous coûte 30 % de plus cher que dans les autres provinces. On est perdants sur toute la ligne, on est niaiseux. Le Plan Nord? La belle affaire! Tu peux prévoir deux ou trois ans à l'avance, selon le prix des métaux. Qu'est-ce qui va arriver dans 25 ans? Mystère! Tout cela est du court terme électoral, qui me rappelle les 100 000 emplois de Bourassa.»

    Quant aux retombées sur l'environnement, leur vie abitibienne leur en a démontré l'ampleur.

    «Aujourd'hui, les nouvelles mines ne peuvent plus déverser leurs résidus dans le lac, mais elles ne sont pas responsables des méfaits passés: tout ces résidus qui restent dans les nappes phréatiques, dont l'arsenic au fond du lac Témiscamingue, précise Monderie, j'aimerais ça que les industries minières prennent la responsabilité dans la décontamination pour le milliard de dommages déjà causés. Le ministère des Ressources naturelles paie à leur place et leur collusion là comme ailleurs est inacceptable.»

    Alors ils lancent Trou Story en espérant servir de bougie d'allumage, tout en sachant que le film créera la controverse dans leurs terres de mines, mais appelant tout le monde à regarder plus loin que le bout du chèque, en direction du trou.

    Après L’erreur boréale et Le peuple invisible, Richard Desjardins (sur la photo) et Robert Monderie proposent maintenant Trou Story. Après L’erreur boréale et Le peuple invisible, Richard Desjardins et Robert Monderie proposent maintenant Trou Story.<br />
     
     
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