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De l'indignation à la législation

François Rebello - Député de La Prairie, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'institutions financières et ancien p.-d.g. et fondateur du Groupe investissement responsable  18 octobre 2011  Actualités en société
Samedi, des centaines de Québécois se sont rassemblés au centre-ville de Montréal pour exprimer leur mécontentement envers le système financier. J'étais parmi eux. Mais, comme député, j'ai une autre responsabilité: faire en sorte que l'indignation se traduise en législation. Et nous en aurons l'occasion, puisque la loi 7 visant à mieux encadrer les marchés financiers est en ce moment en discussion à l'Assemblée nationale.

Analysant les décombres de la crise, Stephen Jarislowsky déclarait en 2010: «La crise du papier commercial nous donne une belle leçon d'investissement: quand on ne comprend pas un produit financier, on ne l'achète pas.» Alors que c'est le rôle de l'Autorité des marchés financiers (AMF) que d'approuver les produits financiers qui viendront garnir les portefeuilles des investisseurs, comment se fait-il que le fameux papier commercial n'ait pas été bloqué?

Les papiers commerciaux finançaient indirectement des maisons aux hypothèques à hauts risques, et ce, sans que les investisseurs institutionnels le comprennent. Pour qu'un produit dérivé soit acceptable, nous devrions savoir ce que l'on finance à travers lui. La nouvelle loi doit être claire: l'AMF ne doit approuver que les produits dont elle connaît le contenu.

Nous avons entendu les gestionnaires de portefeuilles justifier leurs erreurs par la cote AAA que les agences de notation avaient attribuée aux papiers commerciaux. En fait, les politiques de placement encadrant les gestionnaires les déchargeaient même de leur responsabilité en indiquant que la cote était garante du niveau de risque. À quoi bon payer les gestionnaires pour choisir si leur tâche ne consiste qu'à lire la cote de crédit? Aucune politique de placement des différents fonds ne devrait permettre aux gestionnaires de s'appuyer uniquement sur les recommandations des agences de notation.

Est-il sain que des décideurs aient intérêt à amener une entreprise à la faillite? C'est le cas actuellement avec les produits dérivés qui misent sur les faillites des entreprises, comme les credit default swap (CDS). Pour Warren Buffett, ils représentent «une arme de destruction massive de la finance» et auraient joué un rôle dans la déconfiture d'AbitibiBowater.

Quand est venu le temps d'obtenir l'aval des créanciers d'AbitibiBowater pour obtenir la liquidité afin d'éviter la faillite, près de la moitié ont refusé. Bien sûr, plusieurs détenaient des CDS qui devenaient très payant si l'entreprise faisait défaut dans ses paiements. Il y en avait pour 500 millions dans le marché, de quoi peser dans la balance. Ce sera notre travail de législateur, d'encadrer les produits dérivés de façon à éviter ces conflits d'intérêts.

Si la finance a trop de pouvoir, c'est parce que trop souvent les parlements jouent à l'autruche face à leurs responsabilités.

***

François Rebello - Député de La Prairie, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'institutions financières et ancien p.-d.g. et fondateur du Groupe investissement responsable
 
 
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  • Citoyen cynique - Inscrit
    18 octobre 2011 06 h 58
    Existe-t-il un investissement responsable?
    Question d’un analphabète en finances : si je fais du profit rien qu'en (dé)plaçant mon argent, sans rien fabriquer ou travailler en retour de ce profit, d’où vient mon gain? N’y a-t-il pas quelqu’un d'autre, quelque part, qui a travaillé pour rien? Si je fais $10 000 de profits, combien de personnes ont travaillé pendant combien de temps, sans être payées un juste salaire, pour que cette somme s’accumule dans ma poche?
    Si oui, comment peut-il exister un investissement responsable? “Investisseur” est-ce un mot propre pour “esclavagiste”?
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  • celljack - Inscrit
    18 octobre 2011 09 h 04
    Correction
    Vous avez dit: "Si la finance a trop de pouvoir, c'est parce que trop souvent les parlements jouent à l'autruche face à leurs responsabilités."

    Correction... si la finance a trop de pouvoir, c'est TOUJOURS parce que les représentants su Peuple jouent à l'autruche face à leurs responsabilités.
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  • celljack - Inscrit
    18 octobre 2011 09 h 15
    @ Citoyen cynique
    Je suis persuadé que l'histoire a connu des "esclavagistes" qui ne fouettaient personne, qui protégeaient les travailleurs, qui travaillaient tout aussi fort qu'eux et qui veillaient à leur bonheur.

    L'esclavagisme moderne, choisissons nos mots, c'est de prêter de l'argent à son voisin pour qu'il puisse se payer des matières premières qu'il transformera et vendra à profit.

    Fondamentalement, à cause des taxes foncières ou des loyers, nous avons des dettes périodiques envers notre propre collectivité, et nous sommes tous les esclaves de cette collectivité. En ce sens, le mot "esclave" est moins péjoratif.
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  • Raymond Labelle - Abonné
    19 octobre 2011 07 h 37
    L'Europe vient de sévir contre les CDS.
    Coïncidence?: dans le Devoir du même jour que celui où a été publié le texte de M. Rebello, un article du Devoir rapporte que l'Union européenne (UE) vient de sévir à l'encontre des CDS sur les dettes souveraines des États. Un CDS permet à son détenteur d'empocher les indemnités d'assurance sur une faillite sans avoir à subir les inconvénients de cette même faillite.

    M. Rebello propose un encadrement des CDS plus large qu'un encadrement qui s'appliquerait aux CDS relatifs aux dettes des États, et il a bien raison. Quand la faillite d'une entreprise est payante pour certains investisseurs qui prennent des décisions quant au sort de cette entreprise, on peut dire que l'économie est devenue folle. Les produits dérivés en général peuvent être très dangeureux, et c'est un produit dérivé qui a été la cause de la crise de 2008 (les fameux papiers commerciaux).

    La décision de l'UE consitute néanmoins un précédent de législation contre un produit dérivé. Le lien vers l'article sur l'interdiction par l'UE: http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom
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