Confédération des syndicats nationaux - Les syndicats sont des partenaires naturels de l'économie sociale et solidaire
Le modèle de développement québécois de l'économie sociale et solidaire est pris en exemple ailleurs dans le monde
Le mouvement syndicaliste québécois est naturellement associé à l'économie sociale et solidaire. Il se veut à la fois porteur, partenaire, acteur et promoteur de cette économie issue des revendications citoyennes. Et il entend se déployer davantage en misant sur ses réseaux de contacts sur la scène internationale.
L'avenir de l'économie sociale et solidaire passe par le réseautage à l'échelle planétaire, estime Pierre Patry, trésorier et responsable du dossier de l'économie sociale à la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
«Avec la dernière crise qui a entraîné des pertes d'emplois et une récession économique sans précédent, il y a un questionnement à l'échelle internationale pour trouver une façon de repenser l'économie en fonction des besoins des personnes. Il y a donc, depuis deux ou trois ans, de plus en plus de réseautage à l'échelle internationale pour faire émerger un nouveau mode de développement.»
Pour implanter davantage le modèle d'économie sociale et solidaire, la CSN tente d'élargir son réseau en bâtissant, notamment, des alliances stratégiques avec la Centrale unique des travailleurs (CUT), la plus grosse organisation syndicale du Brésil. «C'est un pays qui est en pleine émergence, constate Denise Boucher, vice-présidente de la CSN. Il regarde notre façon de voir autrement l'économie, il y adhère et il est prêt à avancer lui-même dans ces nouvelles philosophies.»
Le Brésil n'est pas le seul à vouloir apprendre de ce qui se fait au Québec, note la vice-présidente, qui rappelle que la Belle Province a eu la chance d'exposer sa vision de l'économie sociale et solidaire au monde entier, dans le cadre d'une conférence de l'Organisation internationale du travail (OIT).
«C'est pour cela que nous accueillons aujourd'hui le Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS). Les gens nous ont entendus et ils voient là quelque chose qui peut être un élément porteur pour nous sortir d'une crise économique et d'un modèle néolibéral qui doit lui-même se réajuster.»
Une histoire commune
Selon elle, ce qui fait la force et la renommée du mouvement québécois d'économie sociale et solidaire est sans contredit la constance des liens entre le monde syndical et le milieu coopératif. «Le constat qu'on peut faire lors de nos quelques sorties internationales et de nos rencontres avec des délégations, principalement belges ou françaises, c'est que le lien entre les organisations syndicales et les acteurs de l'économie sociale n'y fait pas partie de la culture comme c'est le cas chez nous.»
Elle fait remonter cette relation entre syndicats et économie sociale aux tout débuts de la CSN avec les prêtres ouvriers qui, déjà au début du vingtième siècle, organisaient les gens en syndicats ou en coopératives et intervenaient en soutien aux familles québécoises.
C'est d'abord et avant tout une histoire commune, estime pour sa part son confrère Pierre Patry, trésorier à la CSN. «Le mouvement syndical et le mouvement coopératif sont nés à peu près en même temps de la volonté d'avoir une meilleure prise sur nos conditions de travail et sur nos conditions de vie. On a donc une histoire commune et, au Québec, on a travaillé ensemble sur ces questions. Cela n'est pas étranger au fait que le mouvement d'économie sociale a pris un essor et a maintenant gagné ses lettres de noblesse.»
Dès 1960
Les syndicats se veulent porteurs d'une économie sociale dont ils revendiquent une part de paternité. Pierre Patry évoque les centres de la petite enfance (CPE), l'un des exemples d'économie sociale les plus souvent cités pour illustrer la richesse de ce mode de développement.
«Les CPE sont nés dans les années 1960-1970 avec l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, explique-t-il. Compte tenu du travail qui a été fait pendant plus de deux décennies dans les garderies de l'époque, et du fait qu'il y a eu syndicalisation des travailleuses des centres de la petite enfance, cela nous a menés à l'adoption d'une politique publique dans les années 1990. Et donc, pendant qu'on améliorait les conditions de travail des gens qui oeuvraient dans ce milieu, on a vu un véritable réseau de centres de la petite enfance se mettre en place, un réseau qui n'aurait pas vu le jour sans ces initiatives.»
Il rappelle aussi la création d'une trentaine de coopératives par le biais de la CSN, depuis la formation du groupe de maintien à la création d'emplois, MCE Conseils, en pleine récession économique dans les années 1980. Il s'agit d'un groupe de consultation formé d'experts en analyse financière, qui a pour but d'aider les employés à conserver leur emploi en formant une coopérative à la suite d'une fermeture d'entreprise.
«Si on est capable de trouver un créneau qui permet de porter ou de soutenir encore des emplois dans certaines régions à la suite d'une fermeture, eh bien, ça fait partie de notre responsabilité, affirme la vice-présidente Denise Boucher. C'est pour cela que la question de l'économie sociale est, pour nous, un élément important qui pourrait même nous aider à affronter la crise et à soutenir des régions dans des situations difficiles.»
Souffler dans la même direction
Économie sociale et syndicalisme vont-ils de pair? Assurément, car il est plus facile de s'organiser lorsqu'on est syndiqué, estiment les deux représentants de la CSN. Mais ils ne sont pas indissociables, constate toutefois Denise Boucher. «Est-ce que l'économie sociale et solidaire ne peut exister que parce qu'il y a du syndicalisme? La réponse est non.»
Elle estime que le mouvement syndical est un mouvement social important, un «pilier de la démocratie», mais qu'il n'est pas unique.
À ce titre, on constate que le mouvement Occupy Wall Street, mouvement de contestation visant à dénoncer les abus du capitalisme financier aux États-Unis, échappe complètement au contrôle des centrales syndicales.
Mais qu'importe d'où émane le vent du changement, dans les rues de New York ou dans un bureau syndical de Montréal, ils sont plusieurs à souffler dans la même direction pour un nouveau mode de développement et une économie à l'échelle humaine. C'est là qu'intervient le réseautage international nécessaire à la percée de l'économie sociale et solidaire dans le monde, tel qu'illustré par Pierre Patry.
«Je ne dis pas que le mouvement Wall Street va forcément mener à l'économie sociale, mais il y a un questionnement sur le fait qu'on ne peut pas continuer de fonctionner comme on le fait depuis trente ans, parce que c'est destructeur...»
***
Collaboratrice du Devoir
L'avenir de l'économie sociale et solidaire passe par le réseautage à l'échelle planétaire, estime Pierre Patry, trésorier et responsable du dossier de l'économie sociale à la Confédération des syndicats nationaux (CSN).
«Avec la dernière crise qui a entraîné des pertes d'emplois et une récession économique sans précédent, il y a un questionnement à l'échelle internationale pour trouver une façon de repenser l'économie en fonction des besoins des personnes. Il y a donc, depuis deux ou trois ans, de plus en plus de réseautage à l'échelle internationale pour faire émerger un nouveau mode de développement.»
Pour implanter davantage le modèle d'économie sociale et solidaire, la CSN tente d'élargir son réseau en bâtissant, notamment, des alliances stratégiques avec la Centrale unique des travailleurs (CUT), la plus grosse organisation syndicale du Brésil. «C'est un pays qui est en pleine émergence, constate Denise Boucher, vice-présidente de la CSN. Il regarde notre façon de voir autrement l'économie, il y adhère et il est prêt à avancer lui-même dans ces nouvelles philosophies.»
Le Brésil n'est pas le seul à vouloir apprendre de ce qui se fait au Québec, note la vice-présidente, qui rappelle que la Belle Province a eu la chance d'exposer sa vision de l'économie sociale et solidaire au monde entier, dans le cadre d'une conférence de l'Organisation internationale du travail (OIT).
«C'est pour cela que nous accueillons aujourd'hui le Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS). Les gens nous ont entendus et ils voient là quelque chose qui peut être un élément porteur pour nous sortir d'une crise économique et d'un modèle néolibéral qui doit lui-même se réajuster.»
Une histoire commune
Selon elle, ce qui fait la force et la renommée du mouvement québécois d'économie sociale et solidaire est sans contredit la constance des liens entre le monde syndical et le milieu coopératif. «Le constat qu'on peut faire lors de nos quelques sorties internationales et de nos rencontres avec des délégations, principalement belges ou françaises, c'est que le lien entre les organisations syndicales et les acteurs de l'économie sociale n'y fait pas partie de la culture comme c'est le cas chez nous.»
Elle fait remonter cette relation entre syndicats et économie sociale aux tout débuts de la CSN avec les prêtres ouvriers qui, déjà au début du vingtième siècle, organisaient les gens en syndicats ou en coopératives et intervenaient en soutien aux familles québécoises.
C'est d'abord et avant tout une histoire commune, estime pour sa part son confrère Pierre Patry, trésorier à la CSN. «Le mouvement syndical et le mouvement coopératif sont nés à peu près en même temps de la volonté d'avoir une meilleure prise sur nos conditions de travail et sur nos conditions de vie. On a donc une histoire commune et, au Québec, on a travaillé ensemble sur ces questions. Cela n'est pas étranger au fait que le mouvement d'économie sociale a pris un essor et a maintenant gagné ses lettres de noblesse.»
Dès 1960
Les syndicats se veulent porteurs d'une économie sociale dont ils revendiquent une part de paternité. Pierre Patry évoque les centres de la petite enfance (CPE), l'un des exemples d'économie sociale les plus souvent cités pour illustrer la richesse de ce mode de développement.
«Les CPE sont nés dans les années 1960-1970 avec l'arrivée massive des femmes sur le marché du travail, explique-t-il. Compte tenu du travail qui a été fait pendant plus de deux décennies dans les garderies de l'époque, et du fait qu'il y a eu syndicalisation des travailleuses des centres de la petite enfance, cela nous a menés à l'adoption d'une politique publique dans les années 1990. Et donc, pendant qu'on améliorait les conditions de travail des gens qui oeuvraient dans ce milieu, on a vu un véritable réseau de centres de la petite enfance se mettre en place, un réseau qui n'aurait pas vu le jour sans ces initiatives.»
Il rappelle aussi la création d'une trentaine de coopératives par le biais de la CSN, depuis la formation du groupe de maintien à la création d'emplois, MCE Conseils, en pleine récession économique dans les années 1980. Il s'agit d'un groupe de consultation formé d'experts en analyse financière, qui a pour but d'aider les employés à conserver leur emploi en formant une coopérative à la suite d'une fermeture d'entreprise.
«Si on est capable de trouver un créneau qui permet de porter ou de soutenir encore des emplois dans certaines régions à la suite d'une fermeture, eh bien, ça fait partie de notre responsabilité, affirme la vice-présidente Denise Boucher. C'est pour cela que la question de l'économie sociale est, pour nous, un élément important qui pourrait même nous aider à affronter la crise et à soutenir des régions dans des situations difficiles.»
Souffler dans la même direction
Économie sociale et syndicalisme vont-ils de pair? Assurément, car il est plus facile de s'organiser lorsqu'on est syndiqué, estiment les deux représentants de la CSN. Mais ils ne sont pas indissociables, constate toutefois Denise Boucher. «Est-ce que l'économie sociale et solidaire ne peut exister que parce qu'il y a du syndicalisme? La réponse est non.»
Elle estime que le mouvement syndical est un mouvement social important, un «pilier de la démocratie», mais qu'il n'est pas unique.
À ce titre, on constate que le mouvement Occupy Wall Street, mouvement de contestation visant à dénoncer les abus du capitalisme financier aux États-Unis, échappe complètement au contrôle des centrales syndicales.
Mais qu'importe d'où émane le vent du changement, dans les rues de New York ou dans un bureau syndical de Montréal, ils sont plusieurs à souffler dans la même direction pour un nouveau mode de développement et une économie à l'échelle humaine. C'est là qu'intervient le réseautage international nécessaire à la percée de l'économie sociale et solidaire dans le monde, tel qu'illustré par Pierre Patry.
«Je ne dis pas que le mouvement Wall Street va forcément mener à l'économie sociale, mais il y a un questionnement sur le fait qu'on ne peut pas continuer de fonctionner comme on le fait depuis trente ans, parce que c'est destructeur...»
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Collaboratrice du Devoir








