Réseaux d'économie sociale et solidaire - «Il faut agir à l'échelle internationale»
L'économie sociale et solidaire n'est pas une réalité nouvelle. Si Montréal vient d'accueillir le premier Forum international sur l'économie sociale et solidaire, le mouvement a plus de 150 ans d'histoire: les initiatives d'économie sociale et solidaire apparaissent dès la mise en place d'une économie de marché, pour prendre de l'ampleur et changer de dynamique au début du nouveau millénaire. Depuis dix ans, le mouvement s'impose à l'échelle mondiale et se construit autour de réseaux de plus en plus vastes.
Poches de résistance face aux pressions de l'économie de marché, les initiatives d'économie sociale et solidaire n'ont cessé de se confronter à la vision libérale de l'économie et à ses vérités immuables. Malgré son évolution, le mouvement a toujours porté la même aspiration à vivre autrement et a exprimé le désenchantement qui a accompagné la persistance des inégalités. Aujourd'hui encore, certains de ces anciens réseaux sont encore actifs et font partie des acteurs déterminants du mouvement. «Un certain nombre de réseaux ont de l'histoire: l'Alliance coopérative internationale a plus d'un siècle, et de nombreux grands réseaux sociaux, mutualistes ouvriers, de mouvements de femmes ou paysans, ont aussi une action internationale», explique René Lachapelle, président du Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ).
En revanche, ce qui dessine le nouveau visage de l'économie sociale et solidaire à l'échelle planétaire et qui teinte désormais l'histoire économique du XXIe siècle, c'est l'effervescence des réseaux des dix dernières années. «Il y a aujourd'hui une multiplication des initiatives, une convergence nouvelle qui se développe et une réorganisation récente qui donne de la vitalité au mouvement.» Une nouvelle génération de réseaux, de plus en plus structurés et connectés à l'échelle internationale, s'érige en réponse à une mondialisation de plus en plus pesante, à l'exemple du Réseau intercontinental de promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS), né en 2002, qui travaille sur une base continentale.
Après Seattle
Le tournant du millénaire a marqué l'avènement du mouvement: «Autour de l'an 2000, il y a eu une prise de conscience qu'un autre monde est pos-sible», poursuit René Lachapelle. Donnant forme aux mouvements isolés qui se multipliaient depuis une vingtaine d'années, cette nouvelle génération de réseaux est venue canaliser une dynamique en pleine expansion.
«Quand on lance des réseaux comme le RIPESS, c'est qu'il y a déjà des choses faites: on met en réseau ce qui est déjà en train de s'organiser.» Ces nouveaux réseaux sont nés avec le mouvement antimondialiste, rebaptisé altermondialiste, qui s'est notamment manifesté lors des émeutes de Seattle, à la fin des années 90, et avec le premier Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001.
S'est alors imposée la certitude qu'une autre économie ne pouvait naître qu'à travers la mise en relation de réseaux à grande échelle. «Cette ouverture est devenue une nécessité: il faut agir à l'échelle internationale. Les entreprises de l'économie sociale et solidaire isolées ont peu de chances de se tailler une place. Il faut favoriser le développement dynamique d'échanges, de nouveaux projets.»
Il y a un peu plus d'un mois s'est ainsi tenu, à Barcelone, le Congrès de fondation du RIPESS Europe, volet européen du réseau intercontinental, confirmant la tendance générale d'un mouvement de plus en plus mondialisé.
Autre facteur dynamique né avec le tournant du millénaire: le développement des forums sociaux. Carrefours de rencontres et de réflexions, les Forums sociaux mondiaux, qui fêtent cette année leur première décennie, et les Rencontres du Mont-Blanc, lancées en 2004, ont largement contribué à créer au sein du mouvement une émulation des réseaux à l'échelle mondiale. «Ce sont des espaces d'interactions, des lieux pour élargir les alliances et favoriser la création d'initiatives. Les Rencontres du Mont-Blanc réunissent les grands réseaux de l'économie sociale et solidaire afin de renouveler les actions et de se pencher sur les nouveaux défis.»
Cette année, les 5es Rencontres du Mont-Blanc auront pour finalité la préparation de la conférence à venir de l'ONU sur le développement durable, «Rio +20», avec la volonté de s'inscrire dans les nouveaux enjeux du développement: l'écodéveloppement, la crise agro-alimentaire, la crise énergétique ou encore la marchandisation de la nourriture. «Il faut chercher à redonner aux pays les plus touchés par la famine le contrôle de leur développement agricole», précise René Lachapelle.
Québec, Amérique et... Afrique
À l'avenir, il reste encore beaucoup à faire pour développer ce mouvement en plein essor. «Dix ou quinze ans à l'échelle internationale, c'est court pour un réseau: c'est tout juste le temps de lancer une dynamique. Les réseaux comme le RIPESS sont encore en phase de démarrage. Mais c'est assez pour voir que certaines choses sont ancrées.» Du côté des bons élèves, le Québec se démarque par la longueur et l'importance de son expérience, forte d'un siècle et demi de développement coopératif.
En première ligne, le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM), la CSN, les mouvements coopératifs ou encore la Caisse d'économie sociale Desjardins font en sorte que «le Québec est actif à l'échelle internationale, dans le développement des réseaux». Autre figure de proue de l'économie sociale et solidaire: l'Amérique latine. «Le mouvement le plus actif est le RIPESS Amérique latine. Il dispose de réseaux mieux structurés, qui ont plus d'ancienneté. Au Brésil, le FBES regroupe des milliers d'entreprises. Les actions dans leur région sont fortes, car les régimes sont ouverts à ce type d'économie. Il y a une reconnaissance par l'État de ces initiatives.»
On doit se tourner, en revanche, vers là où les besoins sont les plus urgents. Même s'il existe des initiatives, comme la création récente du Réseau africain d'économie sociale et solidaire (RAESS), «il y a actuellement une inquiétude pour l'Afrique. L'avenir est au développement des réseaux africains», estime René Lachapelle.
Malgré les défis qu'il reste à relever, le mouvement continue de poursuivre son objectif de justice sociale. «Les gens qui travaillent en ESS voient que ce qu'ils développent est une solution à beaucoup de problèmes économiques actuels.» Parmi les plus grands défis, René Lachapelle insiste sur la reconnaissance officielle du mouvement, condition indispensable à son succès. «Même si l'économie traditionnelle est en crise de façon quasi hebdomadaire, elle continue à être le modèle. La création du RIPESS va dans ce sens: il faut faire reconnaître que l'économie est une réalité plurielle.»
***
Collaboratrice du Devoir
Poches de résistance face aux pressions de l'économie de marché, les initiatives d'économie sociale et solidaire n'ont cessé de se confronter à la vision libérale de l'économie et à ses vérités immuables. Malgré son évolution, le mouvement a toujours porté la même aspiration à vivre autrement et a exprimé le désenchantement qui a accompagné la persistance des inégalités. Aujourd'hui encore, certains de ces anciens réseaux sont encore actifs et font partie des acteurs déterminants du mouvement. «Un certain nombre de réseaux ont de l'histoire: l'Alliance coopérative internationale a plus d'un siècle, et de nombreux grands réseaux sociaux, mutualistes ouvriers, de mouvements de femmes ou paysans, ont aussi une action internationale», explique René Lachapelle, président du Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ).
En revanche, ce qui dessine le nouveau visage de l'économie sociale et solidaire à l'échelle planétaire et qui teinte désormais l'histoire économique du XXIe siècle, c'est l'effervescence des réseaux des dix dernières années. «Il y a aujourd'hui une multiplication des initiatives, une convergence nouvelle qui se développe et une réorganisation récente qui donne de la vitalité au mouvement.» Une nouvelle génération de réseaux, de plus en plus structurés et connectés à l'échelle internationale, s'érige en réponse à une mondialisation de plus en plus pesante, à l'exemple du Réseau intercontinental de promotion de l'économie sociale et solidaire (RIPESS), né en 2002, qui travaille sur une base continentale.
Après Seattle
Le tournant du millénaire a marqué l'avènement du mouvement: «Autour de l'an 2000, il y a eu une prise de conscience qu'un autre monde est pos-sible», poursuit René Lachapelle. Donnant forme aux mouvements isolés qui se multipliaient depuis une vingtaine d'années, cette nouvelle génération de réseaux est venue canaliser une dynamique en pleine expansion.
«Quand on lance des réseaux comme le RIPESS, c'est qu'il y a déjà des choses faites: on met en réseau ce qui est déjà en train de s'organiser.» Ces nouveaux réseaux sont nés avec le mouvement antimondialiste, rebaptisé altermondialiste, qui s'est notamment manifesté lors des émeutes de Seattle, à la fin des années 90, et avec le premier Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001.
S'est alors imposée la certitude qu'une autre économie ne pouvait naître qu'à travers la mise en relation de réseaux à grande échelle. «Cette ouverture est devenue une nécessité: il faut agir à l'échelle internationale. Les entreprises de l'économie sociale et solidaire isolées ont peu de chances de se tailler une place. Il faut favoriser le développement dynamique d'échanges, de nouveaux projets.»
Il y a un peu plus d'un mois s'est ainsi tenu, à Barcelone, le Congrès de fondation du RIPESS Europe, volet européen du réseau intercontinental, confirmant la tendance générale d'un mouvement de plus en plus mondialisé.
Autre facteur dynamique né avec le tournant du millénaire: le développement des forums sociaux. Carrefours de rencontres et de réflexions, les Forums sociaux mondiaux, qui fêtent cette année leur première décennie, et les Rencontres du Mont-Blanc, lancées en 2004, ont largement contribué à créer au sein du mouvement une émulation des réseaux à l'échelle mondiale. «Ce sont des espaces d'interactions, des lieux pour élargir les alliances et favoriser la création d'initiatives. Les Rencontres du Mont-Blanc réunissent les grands réseaux de l'économie sociale et solidaire afin de renouveler les actions et de se pencher sur les nouveaux défis.»
Cette année, les 5es Rencontres du Mont-Blanc auront pour finalité la préparation de la conférence à venir de l'ONU sur le développement durable, «Rio +20», avec la volonté de s'inscrire dans les nouveaux enjeux du développement: l'écodéveloppement, la crise agro-alimentaire, la crise énergétique ou encore la marchandisation de la nourriture. «Il faut chercher à redonner aux pays les plus touchés par la famine le contrôle de leur développement agricole», précise René Lachapelle.
Québec, Amérique et... Afrique
À l'avenir, il reste encore beaucoup à faire pour développer ce mouvement en plein essor. «Dix ou quinze ans à l'échelle internationale, c'est court pour un réseau: c'est tout juste le temps de lancer une dynamique. Les réseaux comme le RIPESS sont encore en phase de démarrage. Mais c'est assez pour voir que certaines choses sont ancrées.» Du côté des bons élèves, le Québec se démarque par la longueur et l'importance de son expérience, forte d'un siècle et demi de développement coopératif.
En première ligne, le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM), la CSN, les mouvements coopératifs ou encore la Caisse d'économie sociale Desjardins font en sorte que «le Québec est actif à l'échelle internationale, dans le développement des réseaux». Autre figure de proue de l'économie sociale et solidaire: l'Amérique latine. «Le mouvement le plus actif est le RIPESS Amérique latine. Il dispose de réseaux mieux structurés, qui ont plus d'ancienneté. Au Brésil, le FBES regroupe des milliers d'entreprises. Les actions dans leur région sont fortes, car les régimes sont ouverts à ce type d'économie. Il y a une reconnaissance par l'État de ces initiatives.»
On doit se tourner, en revanche, vers là où les besoins sont les plus urgents. Même s'il existe des initiatives, comme la création récente du Réseau africain d'économie sociale et solidaire (RAESS), «il y a actuellement une inquiétude pour l'Afrique. L'avenir est au développement des réseaux africains», estime René Lachapelle.
Malgré les défis qu'il reste à relever, le mouvement continue de poursuivre son objectif de justice sociale. «Les gens qui travaillent en ESS voient que ce qu'ils développent est une solution à beaucoup de problèmes économiques actuels.» Parmi les plus grands défis, René Lachapelle insiste sur la reconnaissance officielle du mouvement, condition indispensable à son succès. «Même si l'économie traditionnelle est en crise de façon quasi hebdomadaire, elle continue à être le modèle. La création du RIPESS va dans ce sens: il faut faire reconnaître que l'économie est une réalité plurielle.»
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Collaboratrice du Devoir








