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    Crise économique - Heureuse pluralité !

    « Les fonds fiscalisés et Desjardins ont permis de soutenir les lignes de crédit et d'investissement des entreprises »

    15 octobre 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    L'un des grands mystères de notre époque est le fait que l'économie du Québec et celle du Canada — bien qu'intimement liées à celle des États-Unis — résistent pourtant étonnamment bien à la crise financière mondiale. Vive l'économie plurielle!

    Comme le relate l'économiste Mario Hébert, de Fondaction CSN, depuis la crise économique de 2008, le Canada et le Québec font figure de modèle pour le reste du monde. «Les statistiques le démontrent clairement, dit-il, le Canada s'est mieux comporté que les autres pays du globe et le Québec s'est démarqué du reste du Canada.»

    Plusieurs facteurs expliquent la résilience de notre économie, rapporte-t-il. Les pays qui s'en tirent le mieux sont généralement dotés d'une solide réglementation financière, d'une bonne structure fiscale et d'interventions étatiques, afin de favoriser une économie plurielle.

    Mario Hébert est directeur de la recherche, des communications et du soutien à la consommation à Fondaction CSN, un fonds de travailleurs qui gère un actif de 843 millions de dollars provenant de l'épargne-retraite de 108 000 actionnaires et investis dans une centaine d'entreprises. «Je m'occupe de la recherche, notamment beaucoup en finance socialement responsable», précise-t-il. Tous les ans, son équipe produit l'étude des impacts qui résultent des investissements de Fondaction, de même que les mémoires que dépose la CSN lors des consultations prébudgétaires menées par les gouvernements du Québec et du Canada.

    Les piliers de la résilience


    Mario Hébert rappelle que la crise de 2007-2008 a eu avant tout une nature financière: l'effondrement des marchés financiers américains. «Il faut donc se demander comment était réglementé et régulé le secteur de la finance dans les principaux pays du globe», dit-il. Or, justement, si notre économie a su bien résister, c'est entre autres parce que notre système bancaire est nettement mieux réglementé et régulé que les autres. Concrètement, rapporte M. Hébert, notre économie a moins souffert de la crise parce que nos banques n'ont pas coupé le crédit aux entreprises et aux investisseurs, comme cela s'est fait aux États-Unis (imaginons que les banques stoppent du jour au lendemain notre utilisation des cartes de crédit!). Résultat: la bonne gouvernance du système bancaire canadien fait désormais de celui-ci un modèle pour le reste de la planète.

    «De surcroît, le Canada et surtout le Québec ont des gouvernements qui interviennent beaucoup plus dans l'économie qu'ailleurs dans le monde, poursuit l'économiste. Nous sommes des sociétés où l'État est mieux organisé en matière d'interventions économiques, dit-il. Et comme, au moment où la crise a frappé, nos gouvernements disposaient de finances publiques plus saines qu'à peu près tout le monde, ils ont pu jouer leur rôle de contrepoids positif en lançant des programmes d'infrastructures.» Il qualifie l'intervention de nos gouvernements de «rapide et ciblée, si bien qu'on a subi un choc sans avoir un effondrement financier».

    En outre, le nombre de personnes qui travaillent de près ou de loin pour les organismes gouvernementaux d'ici est assez élevé, enchaîne M. Hébert. Or, puisque les gouvernements hésitent davantage que le secteur privé à faire des mises à pied, cela contribue à maintenir en temps de crise la demande des consommateurs et permet justement au secteur privé de continuer de fonctionner. Autrement dit: la mise au chômage de nombreux fonctionnaires — des pères, des mères, des chefs de famille monoparentale, de jeunes consommateurs, etc. — aurait pour effet de dévaster l'entourage de ceux-ci et d'affecter grandement l'économie locale, déclenchant ainsi un cercle vicieux.

    Un autre facteur qui explique pourquoi notre économie s'est bien comportée est le fait que les capitaux sont demeurés disponibles pour les investisseurs tout au long de la crise. «Il n'y a pas eu de coupure, rapporte Mario Hébert. Et là, je dois souligner que les fonds fiscalisés [Fondaction CSN et Fonds de solidarité FTQ], de même le Fonds Desjardins, ont permis de soutenir les lignes de crédit et d'investissement des entreprises, particulièrement celles des PME, les principaux créateurs d'emplois.»

    En outre, on observe que nos deux ordres de gouvernement sont mieux financés qu'à peu près tous les autres — parce qu'on leur verse davantage d'impôts et de taxes. Or les pays qui ont le plus souffert de la crise sont, dans bien des cas, ceux qui imposent les taux de taxation les plus bas, comme l'illustrent l'Irlande et les États-Unis.

    «Le fait est qu'on est mieux équipé pour intervenir collectivement, constate Mario Hébert, et voilà précisément ce que ça prend en période de crise!»

    L'économie plurielle, une forme de biodiversité


    Les pays qui s'en tirent le mieux disposent d'une économie plurielle, observe le directeur de la recherche à Fondaction CSN. «Une économie plurielle, dit-il, c'est à la fois un secteur privé très dynamique, un secteur public bien orchestré et un secteur d'économie sociale et solidaire très présent. On retrouve cela en Scandinavie, au Canada et au Québec.»

    «En Finlande, en Suède, au Danemark et en Norvège, poursuit-il, les niveaux d'imposition sont plus élevés qu'ici et pourtant leur économie se porte bien, et ils n'ont pas non plus subi la crise. C'est cet équilibre, cette pluralité qui importe.»

    Une économie plurielle s'assimile en quelque sorte à la biodiversité, illustre l'économiste. «On court alors moins le risque d'être fortement ébranlé lorsqu'un secteur est en difficulté, puisque les autres interviennent et stabilisent le tout, le temps que le tout revienne dans l'ordre. Dans le cas présent, on voit que les économies qui sont bien organisées, diversifiées et réglementées résistent beaucoup mieux à la crise financière mondiale.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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