Après Montréal, Chamonix et Rio - Une action solidaire à l'échelle internationale
Le réseau québécois d'économie sociale et solidaire organise son action en vue du Sommet de la Terre en 2012
En juin prochain, Rio de Janeiro accueillera l'une des plus importantes conférences internationales jamais tenues au sujet du développement durable, le Sommet de la Terre 2012. Afin d'y porter un projet rassembleur et d'y présenter un cahier de propositions concrètes, le mouvement de l'économie sociale et solidaire (ESS) québécois s'est doté d'un plan d'action, dont le point d'ancrage est la tenue, le 17 octobre prochain, d'un rendez-vous international sur les défis du développement durable.
Née du mouvement ouvrier pendant la révolution industrielle, l'ESS imprime ses couleurs au développement du Québec depuis plus d'une centaine d'années. Ayant particulièrement évolué depuis la fin des années 1970, alors que le capitalisme était en pleine transformation, l'ESS québécoise contribue aujourd'hui de façon considérable au développement humain, économique et écologique de la province.
Mais, face à la profondeur de la crise actuelle du modèle capitaliste de développement, qui ne cesse de s'aggraver depuis 2008, le mouvement d'ESS québécois est confronté aux limites de l'action locale. Sans modifier son échelle d'intervention pour la rendre plus internationale, le mouvement peut difficilement se présenter comme une solution de rechange valable au modèle en place pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et écologiques qui sont aujourd'hui d'envergure planétaire.
«On ne peut plus penser le modèle québécois de développement comme on le pensait dans les années 1970, parce qu'aujourd'hui la majeure partie des grands problèmes sont internationaux. Si on veut passer à travers la crise actuelle, qui est internationale, profonde et globale et qui est à la fois économique, sociale et écologique, il faut envisager une action solidaire à l'échelle internationale, d'où la tenue du rendez-vous le 17 octobre à Montréal et la participation au sommet de Rio en 2012», confie Louis Favreau, sociologue et professeur à l'Université du Québec en Outaouais.
Préparer 2012
Pour comprendre le contexte dans lequel s'organise l'action de l'ESS québécoise en vue de 2012, il faut remonter à septembre 2010, lorsqu'a eu lieu à Lévis une conférence internationale tenue sous le thème «Quel projet de société pour demain?» et ayant rassemblé plus de 600 représentants du mouvement coopératif international.
«Thierry Jeantet, le dirigeant principal des Rencontres du Mont-Blanc, qui réunissent tous les deux ans des dirigeants internationaux de l'ESS, était l'un des conférenciers invités à Lévis. Alors qu'il était en route vers l'événement avec Gérald Larose, du Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ), et Léopold Beaulieu, président-directeur général de Fondaction CSN, il a soulevé la possibilité qu'une délégation québécoise soit reçue au Sommet de la Terre en 2012 en tant qu'acteur majeur dans le volet de l'économie verte», raconte M. Favreau.
À la suite de cette proposition, Mario Hébert, directeur de la recherche et des communications à Fondaction CSN, René Lachapelle, président du GESQ, Gérald Larose et Louis Favreau se sont lancés dans l'organisation du rendez-vous montréalais du 17 octobre.
«C'est la première fois qu'au Québec les différents courants de l'économie sociale s'emparent de la question de façon directe. Il y a bien sûr des prises de positions générales sur le développement durable, des directions, mais, au-delà des déclarations de principes, on ne trouve que très peu d'actions concrètes», précise M. Favreau.
Après le rendez-vous international du 17 octobre et toujours dans la foulée de Rio 2012, une délégation québécoise de l'ESS participera aux Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix. «Ce sera l'occasion de nourrir le projet québécois et de débattre des principaux enjeux du développement», commente M. Favreau.
Utopique ?
Aussi louables soient-elles, ces rencontres suffiront-elles à engendrer une concertation globale de l'action internationale de l'ESS? «Oui et non, répond M. Favreau. Actuellement, on assiste à une prise d'orientation de plus en plus ferme des organisations pour le développement durable. On est dans un contexte de nouvelle politisation des organisations, et ça, ça donne l'espoir qu'on puisse un jour parvenir à quelque chose de concret. Mais, pour l'instant, ce n'est qu'une brèche. On n'est qu'au début d'un long processus qui devra s'échelonner sur plusieurs décennies.»
Aussi, d'après M. Favreau, l'économie sociale ne parviendra à s'organiser suffisamment pour représenter une réelle solution de rechange à la crise que si elle obtient le soutien de l'ensemble des mouvements sociaux, syndicaux, coopératifs et communautaires et que si elle politise davantage ses activités.
«Les acteurs de l'économie sociale et solidaire ne sont pas très politisés, précise le sociologue. Les coopératives et les entreprises collectives constituent une force économique, mais elles sont un nain politique, que ce soit au Québec ou à l'international. On commence à prendre conscience de ça et, de plus en plus, on cherche à s'affirmer davantage pour influencer les politiques publiques.»
Selon M. Favreau, cette affirmation politique doit notamment passer par la fédération et la confédération des différents acteurs de l'économie sociale et solidaire, puisque ce type de solidarisation permet de développer des outils de représentation politique.
Une plateforme politique commune
«C'est un premier pas, mais ce n'est pas suffisant. Parce que se doter d'outils de représentation politique, ça peut simplement vouloir dire faire du lobby auprès des ministères. Le lobby, cela a ses qualités, mais ça se fait dans les coulisses du pouvoir. Il faut aussi développer à ciel ouvert une plateforme politique commune à l'ensemble des secteurs de l'économie sociale, mais aussi à l'ensemble des mouvements sociaux, de façon qu'on puisse mettre de l'avant une action politique qui nous est propre lorsqu'arrivent des moments-clés dans l'espace publique pour discuter des questions de société», ajoute le sociologue.
C'est dans cet esprit que M. Favreau et son collègue Mario Hébert, économiste de formation, ont élaboré une plateforme d'orientation pour guider l'action des différents acteurs de l'ESS et leur permettre de mieux porter sur la place publique les enjeux de l'économie sociale.
Reposant sur six grands chantiers et formulant une vingtaine de propositions con-crètes pour favoriser le développement durable, cette plateforme sera présentée dans un premier temps à Montréal, lors du rendez-vous international du 17 octobre, puis lors des Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix, en novembre.
«Ces rencontres et cette plateforme, ce n'est que le début d'un long processus, rappelle M. Favreau. Il y a présentement un moment, une occasion qui se présente, et un certain nombre d'organisations sont en train de s'en saisir, mais il faudra être patient. Il faudra se donner du temps, parce qu'il y a tout un virage à prendre avant que les organisations ne changent le regard qu'elles posent sur le développement. Disons que nous sommes toujours dans la phase d'éveil!»
***
Collaboratrice du Devoir
Née du mouvement ouvrier pendant la révolution industrielle, l'ESS imprime ses couleurs au développement du Québec depuis plus d'une centaine d'années. Ayant particulièrement évolué depuis la fin des années 1970, alors que le capitalisme était en pleine transformation, l'ESS québécoise contribue aujourd'hui de façon considérable au développement humain, économique et écologique de la province.
Mais, face à la profondeur de la crise actuelle du modèle capitaliste de développement, qui ne cesse de s'aggraver depuis 2008, le mouvement d'ESS québécois est confronté aux limites de l'action locale. Sans modifier son échelle d'intervention pour la rendre plus internationale, le mouvement peut difficilement se présenter comme une solution de rechange valable au modèle en place pour répondre aux enjeux économiques, sociaux et écologiques qui sont aujourd'hui d'envergure planétaire.
«On ne peut plus penser le modèle québécois de développement comme on le pensait dans les années 1970, parce qu'aujourd'hui la majeure partie des grands problèmes sont internationaux. Si on veut passer à travers la crise actuelle, qui est internationale, profonde et globale et qui est à la fois économique, sociale et écologique, il faut envisager une action solidaire à l'échelle internationale, d'où la tenue du rendez-vous le 17 octobre à Montréal et la participation au sommet de Rio en 2012», confie Louis Favreau, sociologue et professeur à l'Université du Québec en Outaouais.
Préparer 2012
Pour comprendre le contexte dans lequel s'organise l'action de l'ESS québécoise en vue de 2012, il faut remonter à septembre 2010, lorsqu'a eu lieu à Lévis une conférence internationale tenue sous le thème «Quel projet de société pour demain?» et ayant rassemblé plus de 600 représentants du mouvement coopératif international.
«Thierry Jeantet, le dirigeant principal des Rencontres du Mont-Blanc, qui réunissent tous les deux ans des dirigeants internationaux de l'ESS, était l'un des conférenciers invités à Lévis. Alors qu'il était en route vers l'événement avec Gérald Larose, du Groupe d'économie solidaire du Québec (GESQ), et Léopold Beaulieu, président-directeur général de Fondaction CSN, il a soulevé la possibilité qu'une délégation québécoise soit reçue au Sommet de la Terre en 2012 en tant qu'acteur majeur dans le volet de l'économie verte», raconte M. Favreau.
À la suite de cette proposition, Mario Hébert, directeur de la recherche et des communications à Fondaction CSN, René Lachapelle, président du GESQ, Gérald Larose et Louis Favreau se sont lancés dans l'organisation du rendez-vous montréalais du 17 octobre.
«C'est la première fois qu'au Québec les différents courants de l'économie sociale s'emparent de la question de façon directe. Il y a bien sûr des prises de positions générales sur le développement durable, des directions, mais, au-delà des déclarations de principes, on ne trouve que très peu d'actions concrètes», précise M. Favreau.
Après le rendez-vous international du 17 octobre et toujours dans la foulée de Rio 2012, une délégation québécoise de l'ESS participera aux Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix. «Ce sera l'occasion de nourrir le projet québécois et de débattre des principaux enjeux du développement», commente M. Favreau.
Utopique ?
Aussi louables soient-elles, ces rencontres suffiront-elles à engendrer une concertation globale de l'action internationale de l'ESS? «Oui et non, répond M. Favreau. Actuellement, on assiste à une prise d'orientation de plus en plus ferme des organisations pour le développement durable. On est dans un contexte de nouvelle politisation des organisations, et ça, ça donne l'espoir qu'on puisse un jour parvenir à quelque chose de concret. Mais, pour l'instant, ce n'est qu'une brèche. On n'est qu'au début d'un long processus qui devra s'échelonner sur plusieurs décennies.»
Aussi, d'après M. Favreau, l'économie sociale ne parviendra à s'organiser suffisamment pour représenter une réelle solution de rechange à la crise que si elle obtient le soutien de l'ensemble des mouvements sociaux, syndicaux, coopératifs et communautaires et que si elle politise davantage ses activités.
«Les acteurs de l'économie sociale et solidaire ne sont pas très politisés, précise le sociologue. Les coopératives et les entreprises collectives constituent une force économique, mais elles sont un nain politique, que ce soit au Québec ou à l'international. On commence à prendre conscience de ça et, de plus en plus, on cherche à s'affirmer davantage pour influencer les politiques publiques.»
Selon M. Favreau, cette affirmation politique doit notamment passer par la fédération et la confédération des différents acteurs de l'économie sociale et solidaire, puisque ce type de solidarisation permet de développer des outils de représentation politique.
Une plateforme politique commune
«C'est un premier pas, mais ce n'est pas suffisant. Parce que se doter d'outils de représentation politique, ça peut simplement vouloir dire faire du lobby auprès des ministères. Le lobby, cela a ses qualités, mais ça se fait dans les coulisses du pouvoir. Il faut aussi développer à ciel ouvert une plateforme politique commune à l'ensemble des secteurs de l'économie sociale, mais aussi à l'ensemble des mouvements sociaux, de façon qu'on puisse mettre de l'avant une action politique qui nous est propre lorsqu'arrivent des moments-clés dans l'espace publique pour discuter des questions de société», ajoute le sociologue.
C'est dans cet esprit que M. Favreau et son collègue Mario Hébert, économiste de formation, ont élaboré une plateforme d'orientation pour guider l'action des différents acteurs de l'ESS et leur permettre de mieux porter sur la place publique les enjeux de l'économie sociale.
Reposant sur six grands chantiers et formulant une vingtaine de propositions con-crètes pour favoriser le développement durable, cette plateforme sera présentée dans un premier temps à Montréal, lors du rendez-vous international du 17 octobre, puis lors des Rencontres du Mont-Blanc à Chamonix, en novembre.
«Ces rencontres et cette plateforme, ce n'est que le début d'un long processus, rappelle M. Favreau. Il y a présentement un moment, une occasion qui se présente, et un certain nombre d'organisations sont en train de s'en saisir, mais il faudra être patient. Il faudra se donner du temps, parce qu'il y a tout un virage à prendre avant que les organisations ne changent le regard qu'elles posent sur le développement. Disons que nous sommes toujours dans la phase d'éveil!»
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Collaboratrice du Devoir










