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L'autre visage des banlieues

Isolement, difficulté à payer le loyer, faible scolarité... Des quartiers de banlieue sont aussi aux prises avec la pauvreté

On trouve maintenant un centre de dépannage à Pierrefonds, dans une région connue comme étant l’une des plus cossues de l’île de Montréal.<br />
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
On trouve maintenant un centre de dépannage à Pierrefonds, dans une région connue comme étant l’une des plus cossues de l’île de Montréal.
Lundi après-midi animé au Centre Ressources Jardin de Familles, en banlieue de Québec. À l'intérieur, une vingtaine d'enfants de trois et quatre ans bricolent. On se croirait dans un CPE, mais on est plutôt dans un centre de «répit», un organisme communautaire créé pour aider les familles en difficulté du secteur.

«On accueille surtout des familles qui n'ont pas de CPE. J'ai des mères qui ont trois, quatre enfants en l'espace de trois-quatre ans», explique la responsable Marie Lindsay. «En venant chez nous, les parents [des mères surtout] peuvent côtoyer d'autres parents qui vivent la même réalité.»

Le centre ne fournit pas à la demande. «C'est vraiment isolé ici. Dans du Buisson, notre secteur le plus difficile, il n'y a aucune infrastructure à part l'école. Il n'y a pas de centre communautaire, de lieu où les gens peuvent développer un sentiment d'appartenance.»

Craignant la stigmatisation des parents, Mme Lindsay insiste sur le fait qu'ils ne sont pas «pauvres» pour la plupart. N'empêche, concède-t-elle en soupirant, que les besoins sont énormes.

En santé publique, on préfère aujourd'hui parler de «défavorisation» plutôt que de pauvreté. En plus de la pauvreté matérielle, la défavorisation prend en compte des indicateurs qui, réunis, peuvent contribuer à rendre une personne plus vulnérable, comme le fait de vivre seul, d'être séparé ou d'être mère ou père de famille monoparentale.

Situé en plein centre du territoire de Québec, Duberger-Les-Saules est un quartier morcelé traversé par trois rivières, des autoroutes et des parcs industriels. Mais le secteur a une population jeune et compte beaucoup de jeunes familles.

La présence de poches de pauvreté dans certains quartiers de banlieue n'est pas un phénomène nouveau, mais il est en croissance selon une nouvelle étude du Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale (CSSS). Le secteur Duberger-Les-Saules, par exemple, se distingue par un revenu moyen plus bas qu'ailleurs sur le territoire (27 942 $) et une proportion plus élevée de gens qui n'ont pas terminé leurs études secondaires. La proportion de familles monoparentales est en outre jugée «préoccupante».

Le président du conseil de quartier, Marco Dubois, n'en revenait pas quand on lui a montré les statistiques sur son secteur. «Le revenu moyen dans Duberger-Les-Saules est l'un des plus bas de la ville! Ça m'a surpris parce que je ne pensais pas que c'était un quartier comme ça, explique-t-il. La mentalité des gens est de penser que la pauvreté, c'est au centre-ville. Pas ailleurs.»

Au centre de banlieues à l'aise


À Québec comme à Montréal, on assiste à l'appauvrissement de certaines enclaves de banlieues autrement très à l'aise, au grand dam d'un milieu communautaire sous-équipé pour réagir.

Selon l'étude du CSSS, la défavorisation est aussi en croissance dans certains quartiers de Sainte-Foy, une autre banlieue de la première couronne. À Montréal, une étude similaire a fait la même démonstration dans certaines zones de Pierrefonds, dans l'Ouest, mais aussi dans Notre-Dame-de-Grâce.

Les secteurs en question sont souvent de petites enclaves perdues dans des banlieues beaucoup plus aisées. Il a dès lors fallu recourir à des analyses très fines et localisées pour leur donner une existence statistique ces dernières années.

Lise Anctil a été tellement étonnée de voir Sainte-Foy et son quartier apparaître dans une étude en 2008 qu'elle a décidé avec un groupe de femmes d'ouvrir une friperie communautaire. «Sainte-Foy était autrefois considéré avec Sillery comme un des quartiers les plus riches à Québec, mais on s'est rendu compte que c'était bien mal connaître le territoire, dit-elle. On aide surtout des jeunes familles d'entre 25 et 40 ans qui viennent ici pour combler des besoins essentiels.»

À Sainte-Foy comme dans la plupart des banlieues, les organismes communautaires se comptent sur les doigts d'une main, déplore Ginette Buist-Olivier, organisatrice communautaire au CSSS pour Duberger-Les-Saules. «Étant donné que le phénomène est plus récent, les mesures ne sont pas rendues. [...] On a peu d'organismes communautaires et ils sont peu financés.»

Un tabou

D'emblée, la pauvreté fait figure de tabou. Alors qu'en ville, elle est bien apparente, elle est pratiquement invisible en banlieue. Ce qui n'est pas sans compliquer le travail du milieu communautaire, note Mme Buist-Olivier. «Dans nos milieux, la défavorisation est un peu cachée, dit-elle, les gens s'affichent moins, ils ont leur fierté.» Lise Anctil abonde dans ce sens. «Une personne peut être bien vêtue, mais le frigo est vide.»

Organisateur communautaire du CSSS à Sainte-Foy, André Gauthier dit souvent se buter à une forme de déni sur les problèmes du secteur. «Ça fait dix ans qu'on essaie de sensibiliser les gens à la défavorisation dans le secteur. Quand on parle de pauvreté, on fait encore rire de nous!»

Conçues pour répondre à un modèle social essentiellement individualiste, les banlieues ne sont pas nécessairement l'endroit idéal où vivre des difficultés. «Les gens sont plus marginalisés à cause du regard des autres», poursuit M. Gauthier. Pour compenser, plusieurs organismes axent leurs activités autour de l'entraide et la solidarité à travers des groupes d'achats et des rencontres de parents.

D'emblée, l'aménagement des banlieues vient tout compliquer. Selon Mme Buist-Olivier, un projet de cuisine collective a failli échouer, il y a quelques années, parce que les gens n'avaient pas de moyen de transport pour rapporter leurs plats à la maison. Avec l'aide de la caisse populaire locale, on a réussi à financer l'achat d'un bus communautaire pour répondre à une partie des besoins, mais ça n'a pas tout réglé.

«Les gens qui sont pauvres et vivent dans des secteurs comme ça dépendent souvent des transports en commun pour se déplacer», note la professeure Andrée Fortin de l'Université Laval, une spécialiste des banlieues. Elle ajoute qu'ils n'ont parfois pas accès à des légumes frais à proximité. «Ils ont une foule de problèmes supplémentaires.»
 
 
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    8 octobre 2011 06 h 58
    Duberger
    c'est là où le maire Labeaume a grandi. Pas un quartier riche, mais pas non plus un quartier pauvre comme vous le décrivez

    Rappelons que la Ville de Québec a le plus bas taux de chomage en Amérique du Nord (pour les villes de plus d'un demi-million d'habitants)

    Rappelons aussi le revenu moyen des familles à Québec a maintenant dépassé celui de Montréal
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  • France Marcotte - Abonnée
    8 octobre 2011 10 h 01
    Des pauvres? Quels pauvres?
    "Conçues pour répondre à un modèle social essentiellement individualiste, les banlieues ne sont pas nécessairement l'endroit idéal où vivre des difficultés."
    L'aménagement des banlieues vient tout compliquer.
    Les pauvres n'étaient pas prévus au programme.

    On redressera un peu j'espère la situation dans la région de Montréal avec le plan d'aménagement du territoire.
    Des mieux nantis, souvent réfugiés en banlieue pour échapper aux problèmes des grandes villes où pourtant ils travaillent, auraient aussi tout avantage à ouvrir leur coeur et leurs goussets pour prendre part à la solidarité sociale puisque la misère est allée les rejoindre là où ils ont fui.
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  • RobertB - Inscrit
    8 octobre 2011 11 h 28
    Quoi Québec?
    Que Québec se targue d'avoir un taux de chômage le plus bas et des salaires élevés, c'est bien simple: les impôts des autres québécois et leurs taxes vont à des milliers de fonctionnaires qui poussent du papier et font des rapports pour justifier leurs postes (voir le ministère de l'éducation par exemple, qui a un taux de croissance plus rapide que le nombre d'enseignants!) et qui quittent pour le ski les vendredi après midi.
    Pas de miracle économique là dedans!
    Lorsque les travailleurs de la forêt et des mines travaillerons de nouveau, là on parlera de vraie économie!
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  • Rodrigue Tremblay - Inscrit
    8 octobre 2011 11 h 45
    @robert B
    Gros préjugés mon ami. Y'a 400,000 emplois dans le Québec métro et seulement 40,000 fonctionnaires provinciaux
    Juste en recherche, y'a plus de 5,000 chercheurs en ville. Y'a 11,000 personnes qui travaillent dans les assurances.
    Québec change, les préjugés restent
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  • ragazzino - Inscrit
    8 octobre 2011 13 h 36
    Rectifications sur Duberger-Les Saules
    @Robert B:

    Montréal compte davantage de fonctionnaires que Québec, où le secteur privé explose.

    --------------

    L'article manque de précision en décrivant le quartier Duberger-Les Saules, qui sont toujours deux quartiers bien distincts aux yeux de ceux qui y vivent depuis longtemps ou qui y ont grandi.

    J'ai personnellement grandi dans le secteur Les Saules, mais au sud du boulevard Wilfrid-Hamel, ce que beaucoup appellent « La Coop ». Il s'agit d'un quartier de classe moyenne de tout ce qu'il y a de plus normal; maisons unifamiliales, jumelés, duplex et parfois quelques maisons assez cossues, parcs bien entretenus, école primaire, épicerie-dépanneur florissante, nouvelles constructions ici et là, desservi par le parcours 80, etc. Le revenu moyen se situe probablement autour des 40 000 $ ou plus. Rien à voir à ce qu'on peut retrouver à Duberger le long du boulevard Père-Lelièvre ou aux Saules du boulevard Masson et du boulevard l'Ormière, là où se concentrent la plupart des immeubles d'habitation où s'installent les familles immigrantes ou celles à faible revenu. Rien à voir au milieu de vie dans lequel j'ai grandi.

    Derrière mon quartier ne se trouve aucun parc industriel, mais plutôt le Parc technologique du Québec métropolitain, où les sociétés de recherche et de hautes technologies poussent comme des champignons, à la verdure bien entretenue et aux façades vitrées, et où on peut y faire du vélo en toute tranquillité la fin de semaine. *Morcelé* par trois rivières? Dites plutôt que Le Parc Linéaire des Rivières Saint-Charles et Du Berger se trouve à 10 minutes de marche et que les berges des rivières sont plutôt une havre de paix au beau milieu de boulevards achalandés.

    Autoroutes? Selon le modèle d'urbanisme actuel, le quartier serait plutôt considéré comme « près de tous les accès »: 10 minutes de la Basse-Ville, 15 minutes des centres commerciaux du boulevard Laurier, 15 minutes du boulevard Duplessis
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  • Claude Kamps - Inscrit
    9 octobre 2011 11 h 00
    Les pauvres honteux
    on les cache!
    Avant c'était le curé qui savait ou ils étaient, là c'est à eux de se déclarer, dans ces quartiers de gens qui ont trop souvent une hypothèque trop grosse pour leurs revenus.
    Il suffit d'une perte d'emploi ou d'une maladie grave pour déstabiliser la famille!!!

    Pour ce qui est des travailleurs de Québec, ils sont les gens qui ont les places les plus assurées du Canada !!
    La principale source de bons revenus constant, ce sont les fonctionnaires, employés des assurances et les nouveaux pensionnés de ces places qui ont 80% de leur salaire...

    Et quand on cherche une place , on monte à Montréal grossir les chômeurs de la grande ville....
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  • Diane Desfossés - Abonnée
    11 octobre 2011 19 h 54
    Des pauvres, il y en a toujours eu... il y en aura encore, n'importe où.
    Même en banlieue, il y a toujours eu des pauvres, des moins nantis, des précaires. Il n'y a pas si longtemps, ils devaient quitter la ville pour des loyers moins chers que ceux qui explosaient à Montréal (ex:le Plateau). Que l'on vive en ville, à la campagne ou en banlieue, c'est l'accès à l'éducation et aux ressources qui peuvent changer les choses. Même les mieux nantis peuvent vivre une situation précaire. Avec un endettement des ménages à presque 150%, un désir maladif de consommer (à crédit), de "nouveaux pauvres" auront aussi besoin d'aide car ils n'auront jamais appris à se priver... L'article a au moins le mérite de faire le constat qu'il faut voir les lieux de vie comme étant en constant changement et non "figés" dans le béton. Nécessité donc d'adapter les politiques sociales, municipales et communautaires rapidement en fonction de la réalité d'un quartier ou d'une région sans discrimination et sans préjugés.
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