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    Un modèle venu de la Belgique - Les éoliennes citoyennes ont bon vent

    On peut investir dans un projet de coopérative pour en finir avec la spéculation

    Un nombre grandissant de citoyens de pays européens, comme ici en Allemagne, s’approprient l’énergie éolienne pour leurs propres besoins.<br />
    Photo: Agence Reuters Arnd Wiegmann Un nombre grandissant de citoyens de pays européens, comme ici en Allemagne, s’approprient l’énergie éolienne pour leurs propres besoins.
    Avec la crise financière mondiale en filigrane, le mouvement coopératif prend de l'expansion et revient au goût du jour. C'est du moins ce que constate Jean-François Mitsch, administrateur de la coopérative Émissions zéro ENERCOOP et fondateur de la Fédération belge des coopératives citoyennes de production d'énergies renouvelables (RESCOOP).

    «Il y a un mouvement de fond qui est là. Ça ne va pas vite, les résultats ne sont peut-être pas très rapides, mais au moins il y a une emprise qui est là.» Pour Jean-François Mitsch, ce regain de popularité est attribuable en grande partie à la crise financière qui secoue la planète. «Nous vivons aujourd'hui dans un univers qui est piloté selon un seul objectif, unidirectionnel: le profit maximum et la spéculation. Et je crois que ç'a montré ses limites, et c'est ce qui attire les gens vers le modèle coopératif.»

    Il considère que le mouvement coopératif doit être envisagé comme une option viable et, surtout, durable pour sortir de cette crise financière. «Ce n'est peut-être pas la solution-miracle, mais c'est en tout cas un des outils de solution, parce qu'on sort de la spéculation et qu'on crée un projet beaucoup plus humain, en mettant l'économie au service des gens et en les responsabilisant au niveau d'un projet économique. Et ça, c'est unique.»

    Se réapproprier l'énergie


    La fédération belge regroupe une dizaine de coopératives, pour un total de 50 000 membres. Chacun investit un certain montant et est alimenté en énergie renouvelable. C'est ce que Jean-François Mitsch appelle «la filière courte», du producteur au consommateur.

    Chaque coopérative produit une forme d'énergie qui lui est spécifique. Regroupées, elles peuvent donc fournir de l'énergie en continu à leurs 50 000 coopérants avec des unités d'éolien, des unités de gaz produit à partir de déchets agricoles, des unités hydrauliques et photovoltaïques. Pour les périodes de pointe, on a recours à des turbines diesel alimentées à l'huile de colza.

    Jean-François Mitsch s'occupe de la filière éolienne. «Il y a quelque chose de symbolique dans l'éolien, parce que, par rapport aux enjeux énergétiques que l'éolien industriel essaie de résoudre, il n'y contribue que très peu, finalement. L'éolien n'est pas LA solution, ni pour sortir du pétrole, ni pour supprimer le nucléaire. L'éolien est une technologie intéressante, mais qui n'est pas suffisante. [...] Mais c'est raisonnablement la technologie la plus rentable, financièrement parlant.»

    Pourquoi les investisseurs privés devraient-ils accaparer le secteur des ressources naturelles? C'est la question à laquelle Jean-François Mitsch tente de répondre avec les éoliennes citoyennes. Il veut permettre aux citoyens de se réapproprier et de gérer les modes de production et de consommation de leur énergie. Car si le vent appartient à tous, alors chaque éolienne construite devrait également appartenir à tout le monde.

    Il précise qu'en Europe on a voulu «sortir les monopoles des États sur les enjeux de l'énergie» et que les consommateurs ont été bernés.

    «On nous a dit: "Libéralisons, parce qu'il y aura plus de compétition entre les différents acteurs, cela aura donc un effet intéressant sur le prix de l'énergie." Et qu'est-ce qu'on voit depuis que l'énergie est libéralisée en Europe? C'est tout à fait l'inverse qui se passe, le prix n'a fait qu'augmenter. On nous a trouvé beaucoup de raisons pour justifier toutes ces augmentations. [...] Et quand on libéralise et que tous ces nouveaux acteurs ensemble augmentent leur prix pour de très bonnes raisons toujours, ce n'est plus vers l'État que vont les recettes, mais essentiellement vers les actionnaires. Et ces actionnaires, ce n'est plus tout le monde.»

    La force de la mutualisation

    Ce que la libéralisation n'a pas réussi à faire en matière de prix, le mouvement coopératif, lui, y est arrivé. C'est du moins ce que prétend Jean-François Mitsch, qui se targue d'avoir le tarif d'électricité le plus bas dans toute la Belgique.

    «On se rend compte que, pour produire de l'électricité, par exemple, il est plus intéressant de financer de grosses machines comme des éoliennes que d'avoir chacun sa petite solution sur son toit ou dans son garage. C'est une des clés aujourd'hui, il faut travailler à un échelon industriel, mais en collectant l'épargne de tout le monde.»

    Il déplore que, au fil du temps, les gens aient perdu l'habitude d'investir directement dans des entreprises et que ce soient les banques qui gèrent les portefeuilles des clients. «Il faut réapprendre à investir nous-mêmes», clame-t-il. Car, selon lui, choisir d'investir une partie de son épargne dans un projet local est la seule façon de se réapproprier un droit de regard sur celui-ci.

    Et, surtout, il faut sortir de la mentalité de la privatisation, plaide-t-il. «Il faut arrêter de nous diviser et de créer des individus, il faut respecter le fait que nous sommes une société, des ensembles d'individus qui partagent ensemble un certain nombre d'intérêts et de projets. Le système dans lequel nous naviguons présentement essaie de créer des gens séparés, qui n'ont pas d'interaction les uns avec les autres. Dans une même rue, tout le monde prend la même assurance incendie, mais personne ne va voir son voisin pour lui proposer de prendre une assurance tous ensemble. Ça coûterait beaucoup moins cher. Il faut vraiment essayer d'optimiser cette mutualisation et ce partage.»

    Il veut que le consommateur devienne partie prenante des décisions, un partenaire des institutions publiques et de l'industrie. «On n'est plus là pour être exploités, mais pour être des partenaires», affirme-t-il.

    Influence politique

    La fédération belge des coopératives citoyennes espère doubler son nombre d'adhérents et atteindre les 100 000 membres, l'équivalent d'une petite ville. Parce que plus le nombre de coopérants est grand, plus le poids de la fédération se fait sentir auprès des instances politiques. Déjà, Jean-François Mitsch se félicite d'avoir inspiré les nouvelles lois belges sur les marchés publics.

    «On avait identifié les mécanismes de marché au Québec et en Espagne. S'il y a un projet pour installer une éolienne dans une ville ou un village, il faut faire un marché public avec un cahier des charges et permettre à tous les opérateurs qui ont envie de développer ce projet de répondre. Ce n'était pas le cas en Belgique et la loi est en train de changer dans ce sens. Nous leur avons montré l'exemple du Québec et de l'Espagne, qui font déjà cela, et les avantages qui en découlent. Et comme nous avons suffisamment de membres et que nos propositions étaient apparemment bien structurées et bien documentées, nous avons été reçus favorablement.»

    Et il ne se limite pas à la Belgique. Une fédération a également été créée à l'échelle européenne pour faire passer le message politique à travers le continent. Des universitaires se sont penchés sur les travaux de la fédération. Et Jean-François Mitsch est invité à faire découvrir ses projets dans le cadre d'événements comme le Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS). Il a décidément le vent dans les voiles...

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    Collaboratrice du Devoir












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