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    Une nouvelle économie se donne des moyens planétaires

    «On ne peut plus prétendre développer chez soi sans être en relations avec ce qui se fait ailleurs»

    8 octobre 2011 |Etienne Plamondon Emond | Actualités en société
    Le premier Forum international de l'économie sociale et solidaire (FIESS) se tiendra au Palais des congrès de Montréal, du 17 au 20 octobre prochain. Tour d'horizon de cette rencontre planétaire autour de ce modèle de développement en pleine émergence.

    Plusieurs continents, plusieurs réalités, plusieurs solutions, mais une seule visée: stimuler une économie à une échelle plus humaine, peu importe l'endroit. Le Forum international de l'économie sociale et solidaire décortiquera 85 expériences, en provenance de 42 pays, présentées par des acteurs actifs sur le terrain.

    «Ce projet de forum a pris de l'ampleur. Une ampleur que, moi, je ne soupçonnais pas au départ», admet Patrick Duguay, directeur du Chantier de l'économie sociale, organisation instigatrice de ce Forum. Quelque 1200 participants en provenance de l'Afrique, de l'Amérique latine, de l'Asie et de l'Europe ont déjà confirmé leur présence. «On est agréablement surpris de la réponse enthousiaste des gens dans un contexte qui n'est pas facile», reconnaît-il.

    De l'Équateur à l'Afrique du Sud

    Comme invités de marque, notons la participation de Ximena Ponce Leon, ministre de l'Inclusion économique et sociale de l'Équateur, Paul Singer, secrétaire d'État à l'économie solidaire du Brésil, et Ebrahim Patel, ministre du Développement économique de l'Afrique du Sud. Du côté des organisations internationales, notons la participation de délégations importantes de l'Organisation internationale du travail (OIT), de l'OCDE, de la Confédération syndicale internationale (CSI) et l'Organisation internationale du tourisme social. Une table ronde réunira aussi les grandes banques de développement, dont la Banque interaméricaine de développement et la Banque africaine de développement, pour discuter des moyens de soutenir cette mouvance par des outils financier adéquats.

    «Dans une économie mondialisée, on ne peut plus prétendre développer chez soi sans être en relations avec ce qui se fait ailleurs», considère Patrick Duguay. Le Chantier a déjà établi de solides partenariats avec d'autres réseaux d'économie sociale à travers le monde et a participé à plusieurs rencontres internationales qui mettaient ce sujet à l'avant-plan. «On n'est pas dans une relation de coopération internationale, où le Nord va aider le Sud. On est dans des échanges bilatéraux, où les échanges, peu importe d'où ils viennent, vont influencer, inspirer, orienter les expériences des autres», précise M. Duguay.

    Le mode d'organisation du Chantier de l'économie sociale est tout de même lorgné par plusieurs autres pays. «Il ne se passe pas un mois sans qu'on reçoive une délégation qui nous approche pour venir connaître notre expérience», assure-t-il. Le Chantier a donc pris les choses en mains pour créer cet événement où l'économie sociale occupera tout le plancher pendant quatre jours.

    Politiques publiques

    Ce Forum se déroulera sous le signe d'une thématique capitale: la nécessité d'un dialogue entre la société civile et l'État pour l'élaboration de politiques publiques en faveur de l'économie sociale et solidaire. «Comme instance de régulation de notre économie, l'État est un partenaire essentiel au développement, que ce soit dans le privé ou dans le collectif, remarque M. Duguay. L'entreprise privée bénéficie de politiques publiques en sa faveur depuis extrêmement longtemps. Cela a permis à ce type d'entrepreneuriat de prendre une place importante dans notre économie. Une place qui, souvent, est démesurée par rapport à sa contribution» à la société.

    Si l'émergence de l'économie sociale a mérité un coup de pouce de la part du gouvernement Bouchard dans les années 1990 et a bénéficié d'un nouveau souffle avec un plan mis en branle il y a deux ou trois ans, «encore bien du chemin reste à faire, assure M. Duguay. On pense qu'un forum comme celui-là est une occasion de faire le point sur ce qu'on a déjà réussi à accomplir ensemble, mais aussi de se donner des perspectives sur ce qui s'en vient.»

    À ce sujet, Patrick Duguay observe une tendance en vogue dans plusieurs autres pays: la création d'une loi-cadre sur l'économie sociale. «Ici, ce n'était pas à l'ordre du jour, mais on va en discuter au FIESS», souligne-t-il. En effet, des initiatives de la France, de l'Espagne et du Honduras seront étudiées lors d'un atelier qui devrait intéresser le milieu québécois. «Qu'est-ce que ça apporte? Et de quelle façon ça vient contribuer à institutionnaliser l'économie sociale ou [à améliorer] sa reconnaissance à l'intérieur de la structure de développement socio-économique?», se demande déjà M. Duguay, intrigué par cette formule.

    Du territoire à la souveraineté alimentaire

    Trente ateliers se déploieront à l'intérieur du Forum, au travers desquels des représentants d'organisme, de gouvernement et de syndicat partageront leurs méthodes. Ces ateliers se diviseront en cinq grands thèmes, soit le territoire et le développement local, l'innovation et l'entrepreneuriat collectifs, la finance et le commerce solidaires, l'emploi et le travail, ainsi que la sécurité et la souveraineté alimentaires.

    Une occasion d'effectuer du réseautage auprès de personnes travaillant dans le même domaine à l'étranger. Bien des contacts pourront être établis pour la plateforme Commerce solidaire, qui devrait être inaugurée en janvier et qui réinventera la façon de faire du commerce international en reliant différents réseaux d'économie sociale. Mais ces ateliers seront surtout de belles occasions de s'inspirer des modèles à succès des autres. «Un des éléments qui vont être extrêmement importants, c'est notre capacité d'adapter les modèles en vigueur ailleurs aux réalités d'ici, ou même d'intégrer les processus d'innovation», explique M. Duguay.

    Le Québec inspirera aussi le reste du monde dès le 14 octobre. Plus de 22 visites de terrain sont prévues en marge du FIESS. Plusieurs d'entre elles affichent déjà complet, se réjouit Patrick Duguay. Montréal sera bien sûr à l'honneur, mais aussi d'autres régions, comme l'Outaouais, les Laurentides, Québec et la Montérégie. Ces visites «vont permettre de voir concrètement, dans le milieu, ce que ça représente, donc pas seulement en parler, mais y toucher, y goûter et entendre, de la voix même des acteurs, ces différentes expériences, souligne M. Duguay. Parce qu'une des caractéristiques de l'économie sociale, c'est d'être fortement ancrée dans son territoire.»

    À noter que, le 17 octobre, des activités préforum s'affichent aussi à l'horaire. Ainsi, un événement spécifiquement dédié au rôle de l'économie sociale dans les communautés autochtones est prévu, ainsi qu'un autre entièrement consacré au rôle des femmes dans ce modèle de développement économique. Les radios communautaires du monde se réuniront aussi à cette date afin de discuter des politiques publiques qui pourraient favoriser leur développement. Cette dernière activité précédera l'inauguration de la Maison mondiale des radios communautaires de Montréal et des bureaux de l'Association des radios communautaires du Québec (ARCQ) et de l'Association mondiale des radios communautaires (AMARC).












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