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    Emploi - L'insertion est payante pour tous

    8 octobre 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Chaque année, au Québec, environ 3000 personnes s'intègrent au marché du travail grâce aux entreprises d'insertion sociale. «Tout le monde y trouve son compte», affirme Richard Gravel, directeur général du Collectif des entreprises d'insertion du Québec.

    «Il s'agit d'organisations à but non lucratif qui vendent des produits et des services sur le marché commercial, explique Richard Gravel, mais qui ont pour mission première l'insertion sur le marché du travail des personnes qui sont soit sans chèque, soit prestataires de l'aide sociale, soit des immigrants dont c'est la première expérience sur le marché du travail québécois.»

    Ces entreprises oeuvrent dans une douzaine de secteurs d'activité, notamment la restauration, dans de petits commerces (comme les friperies) ou dans de petits ateliers spécialisés.

    Le Collectif que représente M. Gravel regroupe 47 des 52 entreprises d'insertion présentes un peu partout au Québec. «Notre fonction, c'est d'être le porte-parole des entreprises d'insertion, ainsi que de fournir des services à nos membres, de stimuler l'innovation et le développement de nouvelles pratiques et stratégies», explique-t-il. Le recrutement en entreprise d'insertion se fait à l'inverse de ce qui se pratique habituellement sur le marché du travail.»

    Normalement, toute entreprise cherche à recruter les meilleurs candidats possibles, alors que les entreprises d'insertion embauchent plutôt des personnes qui ont des lacunes. «On retient des gens qui ont à travailler sur eux-mêmes, soit au sujet de leur comportement en milieu de travail ou de leur développement personnel, précise-t-il. Nous travaillons avec eux pour les rendre employables et nous les accompagnons au moment du placement.»

    L'apport premier que reçoivent ces personnes embauchées est un statut d'employé. «À la base du concept d'insertion sociale, explique Richard Gravel, il y a l'idée que, désormais, ces personnes ne sont plus des prestataires mais des salariées.» Il s'agit souvent pour celles-ci de leur première véritable réussite sur le marché du travail et même au niveau scolaire, souligne-t-il, puisque la majorité d'entre elles n'ont pas terminé leurs études secondaires.

    Ces nouveaux travailleurs se voient octroyer un contrat à durée déterminée — de six à huit mois — durant lequel ils doivent fournir une prestation de travail. «Nous leur procurons ainsi une formation technique dans un métier semi-spécialisé dans différents types d'organisation, de la couture au traitement du métal en feuille en passant par l'informatique et beaucoup en restauration, illustre M. Gravel. On les initie en fait à des métiers qui présentent de bonnes perspectives d'emploi.»

    Contrer les pénuries

    Ces travailleurs en formation bénéficient en outre d'un accompagnement personnalisé lié aux problématiques qui font qu'ils étaient au départ inaptes à l'emploi. Le directeur général du Collectif des entreprises d'insertion rapporte que, bon an mal an, près de 80 % des nouveaux travailleurs se dénichent par la suite un emploi ou retournent aux études. «On obtient de superbons résultats!, dit-il avec satisfaction. Les employeurs sont d'ailleurs extrêmement satisfaits de la qualité des employés qu'on leur envoie et certains même demandent à ce qu'on leur en fournisse davantage!» Il souligne que c'est particulièrement le cas dans le domaine de la restauration dans la région de Québec, où sévit une grave pénurie de main-d'oeuvre. «C'est pour eux une excellente solution à leur problème», note-t-il.

    «Nous fournissons donc une solution à la fois aux individus mais, et de plus en plus, aux pénuries de main-d'oeuvre, dit-il. Certaines de nos entreprises membres nous rapportent d'ail-leurs que des employeurs désirent embaucher davantage de participants qu'elles forment, alors qu'il y a de nombreux participants en attente sur des listes. Nous pourrions donc en accueillir bien davantage si les fonds dévolus par Emploi Québec pouvaient suivre.»

    Investissement rentable

    Richard Gravel précise que les revenus provenant des activités commerciales de chaque entreprise d'insertion servent essentiellement à couvrir leurs coûts de fonctionnement, alors que les coûts de formation et d'insertion sur le marché du travail le sont à la suite d'ententes de service conclues avec Emploi Québec.

    «Évidemment, les fonds publics ne sont pas illimités, déplore-t-il avec compréhension, mais nous, nous pourrions faire tellement plus si on en avait les moyens!» Il souligne en fait que les gouvernements devraient considérer les sommes qu'ils allouent aux entreprises d'insertion comme des investissements très rentables.

    D'ailleurs, le Collectif a commandé en 2008 une étude à l'économiste Martin Comeau sur l'impact socio-économique des entreprises d'insertion. Chiffres à l'appui, celui-ci conclut que, «sachant que le gouvernement avait investi 35,7 millions en 2008, le Québec récupère près de la moitié de sa mise dès la première année. Ensemble, les deux ordres de gouvernement recouvrent les deux tiers de leur mise dans les douze premiers mois.» L'étude cite en outre divers coûts épargnés par les gouvernements du Québec et du Canada, notamment dans leurs systèmes de santé, de justice et carcéral, de même que des économies dans leurs programmes d'aide sociale et d'assurance emploi.

    «Pour nous, l'économie sociale, c'est une excellente façon de développer la société, ajoute Richard Gravel. En premier lieu, les entreprises d'économie sociale ne se délocalisent pas, elles demeurent dans les collectivités où elles se sont implantées. C'est de plus une économie qui tient compte des besoins des collectivités et qui permet aux gens d'avoir une prise sur leurs organisations. À titre d'exemple, pour être membre de notre collectif, il faut que l'entreprise démontre qu'elle est issue de la collectivité et qu'elle travaille en partenariat avec elle. En matière de développement local, l'économie sociale, c'est drôlement intéressant!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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