Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Du Brésil au Mali - L'éducation et la santé sont des secteurs d'intervention prioritaires

    8 octobre 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Bien que la situation évolue favorablement, il reste encore 16 millions de Brésiliens qui vivent toujours dans le besoin.<br />
    Photo: Agence France-Presse (photo) Antonio Scorza Bien que la situation évolue favorablement, il reste encore 16 millions de Brésiliens qui vivent toujours dans le besoin.
    Pour venir à bout de la pauvreté et améliorer le sort économique de tous, il faut d'abord s'unir et établir des politiques cohérentes d'économie sociale, constatent Paul Singer, secrétaire national à l'économie solidaire du Brésil, et Madani Koumaré, président du Réseau national d'appui à la promotion de l'économie sociale et solidaire du Mali.

    Tant Paul Singer que Madani Koumaré observent que le monde est actuellement traversé par deux grands courants de pensée. D'une part, un courant de droite, individualiste, qui préconise le désengagement de l'État et le chacun-pour-soi comme mode de développement économique. De l'autre, un courant de gauche, communautaire, qui prône au contraire l'engagement de l'État et de la société civile afin d'améliorer le bien-être de l'ensemble de la population.

    La révolution brésilienne

    La mise en oeuvre de politiques sociales a été au coeur du gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, élu en 2003. Le gouvernement de Lula a de la sorte réalisé une révolution économique qui place désormais le Brésil parmi les puissances en émergence. Ce pays figure en effet dans le quintette surnommé «BRICA» et composé du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et de l'Afrique du Sud.

    Occupant la majeure partie de l'est de l'Amérique du Sud, le Brésil est le cinquième pays du globe pour la population (191 millions d'habitants, soit cinq fois et demie celle du Canada) et la superficie (8,5 millions de km2, soit les cinq sixièmes du Canada).

    Au coeur de la transformation brésilienne figure le concept d'économie solidaire, relate Paul Singer. «Lorsque le gouvernement Lula s'est installé au pouvoir, le 1er janvier 2003, on s'attendait à ce qu'il mette en oeuvre des politiques d'économie sociale», dit-il.

    M. Singer, qui fait de la politique depuis plus de 60 ans — depuis l'âge de 16 ans, dit-il fièrement — a longtemps enseigné l'économie à l'Université de São Paulo. «J'ai toujours fait de la politique, sauf durant les années de dictature.»

    «Au cours des huit dernières années, poursuit-il, notre économie a énormément évolué. Ce que nous avons fait, c'est organiser à l'échelle du pays le mouvement d'économie solidaire. Ce mouvement existait déjà au niveau local, municipal et rural, mais nous, nous l'avons étendu à l'ensemble du pays. Nous avons aussi travaillé de concert avec le Forum de la solidarité économique du Brésil afin d'agencer nos politiques avec ce qu'il observait sur le terrain.»

    Des Brésiliens sortis de la pauvreté

    Paul Singer rapporte fièrement que, en huit années, le gouvernement Lula a sorti de la pauvreté des dizaines de millions de Brésiliens. «Il reste cependant encore 16 millions de personnes qui vivent vraiment dans la misère», déplore-t-il.

    Or la nouvelle présidente du Brésil, Dilma Rousseff — qui a succédé à Lula, celui-ci n'ayant pas le droit constitutionnel d'effectuer un troisième mandat — s'est engagée à extirper ces personnes de leur pauvreté extrême. «Le gouvernement Lula a libéré plus de la moitié des gens très pauvres de leur misère, indique M. Singer, et voilà que Dilma s'est engagée à venir en aide à l'autre moitié, et ce, d'ici la fin de son mandat en 2014!»

    «Ce qui importe avant tout, poursuit le secrétaire à l'économie solidaire, c'est de les sortir collectivement de leur misère. En effet, ces pauvres ne vivent pas seuls ou isolément. Ils vivent dans des collectivités. Or nous devons agir à l'intérieur de ces collectivités et travailler tous ensemble. Nous visons à faire tout ce qu'il faut pour les sortir de leur pauvreté extrême, mais sans détruire le tissu social dans lequel ils évoluent.»

    La stratégie gouvernementale consiste donc à maintenir unis les pauvres afin de les amener ensemble à développer leurs collectivités. «De la sorte, le Brésil pourrait bien devenir le premier pays au monde à avoir éliminé entièrement la misère... si nous réussissons!», lance avec espoir l'ardent militant de l'économie solidaire.

    Au Mali, tout est à faire

    La situation est bien différente au Mali, l'un des pays les plus pauvres de la planète. Situé dans l'ouest de l'Afrique, au sud de l'Algérie, ce pays a la taille du Québec mais compte deux fois plus d'habitants. Une bonne part de sa pauvreté vient de ce que le Mali est aux deux tiers désertique. Il s'agit en outre d'une société complexe, qui compte une bonne douzaine d'ethnies et cinq langues nationales (dont le français). «Les grands défis pour nous demeurent l'éducation et la santé», relate Madani Koumaré, président de RENAPESS Mali. La pauvreté afflige près de 80 % de la population, précise-t-il.

    M. Koumaré préside le Réseau national d'appui à la promotion de l'économie sociale et solidaire du Mali (le RENAPESS Mali). «Nous nous sommes associés pour faire un plaidoyer commun destiné aux politiques et aux partenaires du développement», dit-il.

    «Au lieu de parler de pauvreté, nous voulons, en tant que réseau d'économie sociale, parler plutôt de la création de richesses. Nous avons donc mené une campagne auprès de l'État afin que celui-ci instaure une politique et un cadre juridique permettant à tous les Maliens de pouvoir mener des activités économiques, quelles que soient leurs origines ou quelles que soient les frontières et les barrières économiques... C'est ce qu'on appelle le marché économique, social et solidaire.»

    «Le gouvernement malien a été attentif à notre demande, poursuit M. Koumaré, et on a conçu avec lui un document de politique qui permettra aux plus démunis de la société d'accéder à des moyens de financement, à des moyens de production et d'accès au marché, en leur procurant les accompagnements nécessaires.»

    Cette fameuse loi-cadre étant sur le point d'être adoptée, Madani Koumaré a bon espoir que le développement social du Mali est sur le point de s'amorcer pour de bon.

    ***

    Collaborateur du Devoir












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.