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    Juricomptabilité - Si vous êtes victime d'une fraude...

    8 octobre 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Les cas de fraude à Wall Street ont particulièrement retenu l’attention du gouvernement américain et des médias au cours des dernières années, avec notamment la comparution de dirigeants de Lehman Brothers et Golden Sachs devant le Congrès.<br />
    Photo: Agence Reuters Brendan McDermid Les cas de fraude à Wall Street ont particulièrement retenu l’attention du gouvernement américain et des médias au cours des dernières années, avec notamment la comparution de dirigeants de Lehman Brothers et Golden Sachs devant le Congrès.
    La juricomptabilité est une spécialité récente qui s'est surtout développée aux États-Unis«On pense généralement que les états financiers réalisés par un comptable suffisent à établir qu'il n'y a pas de fraude, mais ce n'est pas le cas!» Du moins, pas toujours, informe Hélène Bouchard, juricomptable.

    «De nos jours, il y a plein, plein, plein de gens qui se font frauder!, s'exclame Hélène Bouchard, juricomptable à son compte. Par exemple, je reçois une grande quantité d'appels de femmes qui sont en train de divorcer et dont le conjoint fait la grosse vie, mais qui, curieusement, n'a pas un sou pour payer la pension alimentaire des enfants! Il y a aussi le cas des personnes âgées qui deviennent inaptes à gérer leurs biens. Quelqu'un s'en occupe, généralement un membre de la famille. Toutefois, lorsque la personne décède, les héritiers découvrent qu'il y a beaucoup d'argent qui, semble-t-il, a disparu. Et il y a évidemment les histoires d'associés en affaires...»

    Souvent, poursuit-elle, les victimes de fraude portent plainte auprès de la police. «Mais il y a tellement de fraudes que les policiers n'ont pas les ressources nécessaires pour mener toutes les enquêtes. Ils vous diront de faire appel à un juricomptable et de monter un dossier de preuve. Ensuite, vous pourrez choisir de soumettre votre dossier aux policiers — qui verront s'il y a matière à aller plus loin — ou de poursuivre vous-même au civil le fraudeur.»

    «De belles passes à faire»

    Hélène Bouchard se passionne pour la juricomptabilité après avoir acquis une solide expérience en comptabilité. «J'ai d'abord fait une maîtrise en fiscalité — je suis fiscaliste — pour ensuite m'apercevoir que j'attirais des gens qui voulaient frauder! J'avoue que je voyais souvent des situations où je me disais: "Eh mon Dieu, y'a de belles passes à faire!" C'est ainsi que j'ai commencé à me spécialiser en juricomptabilité, en suivant une formation auprès de l'Association of Certified Fraud Examiners américaine. Et c'est là que j'ai vraiment eu la piqûre!»

    Faire de la juricomptabilité ne consiste pas tant à vérifier les états financiers d'une entreprise qu'à «se mettre dans la peau d'un fraudeur et à se dire: "Si je voulais frauder, comment m'y prendrais-je?", relate Mme Bouchard. C'est avant tout un travail d'enquête, et ce qui me passionne, c'est de fouiller à fond un dossier.»

    Les PME et les OBNL victimes de fraudes

    Dans son blogue, helenebouchard.ca, la juricomptable rapporte, ô surprise, que le profil type du fraudeur est le suivant: une femme dans la mi-quarantaine, commis comptable ou travaillant en comptabilité depuis plus de cinq ans dans une PME ou un organisme à but non lucratif (OBNL). Celle-ci est même réputée être serviable, elle travaille beaucoup et inspire confiance.

    «Pourquoi?, demande Mme Bouchard. Parce qu'on leur fait pleine confiance et qu'on leur donne carte blanche.» La fraude que ces commis comptables mettent en place se déroule sur plusieurs années. «Elles commencent par prélever 10 000 $, et l'erreur n'est pas découverte; après cela, ça va vite!»

    «Mais ça, c'est le profil de ce qui se passe dans les PME et les petits organismes, ajoute la juricomptable. Je dirais cependant que les grosses fraudes — celles qui se chiffrent en millions de dollars — sont commises par des hommes dans les grandes entreprises. Pourquoi? Parce que les fraudeurs, ce sont alors les patrons, et que, à ce niveau, il n'y a guère de femmes!»

    Comment expliquer les fraudes dans les organismes à but non lucratif? Ce sont souvent de petits organismes où, explique Mme Bouchard, le directeur général jouit d'une grande marge de manoeuvre et où le conseil d'administration n'a pas l'idée que quelqu'un puisse frauder. «Les gens de bonne foi et honnêtes, fait-elle remarquer, ne comprennent pas comment un fraudeur a pu agir parce qu'ils ne voient pas la malhonnêteté.»

    Un autre type de fraude est le fait des employés au sein des entreprises. «On pense généralement que les états financiers réalisés par un comptable suffisent à établir qu'il n'y a pas de fraude, mais ce n'est pas le cas!, indique Mme Bouchard. En fait, l'exercice de la profession de comptable, selon le code de la profession, c'est l'audit des états financiers et non la recherche de la fraude. Pour cela, il faut chercher les "bibittes" et les indices, et c'est un travail différent de la vérification des états financiers.»

    Comment se prémunir?

    La juricomptabilité est une spécialité récente en comptabilité qui s'est surtout développée aux États-Unis. Ce sont principalement les universités américaines qui dispensent des formations de deuxième cycle en juricomptabilité.

    Pour éviter aux gens «honnêtes et de bonne foi» d'être victimes d'un fraudeur, Hélène Bouchard recommande de se faire encadrer par un «bon comptable». «C'est important, dès le début, d'avoir un bon conseiller, un comptable que, lorsque vous avez besoin d'un conseil, vous pouvez appeler sans problème.»

    Ce conseiller vous aidera à mettre en place une structure puis à gérer vos affaires. Mme Bouchard donne un exemple à éviter: un partenariat d'affaires où l'un des associés s'occupe de toutes les questions financières. «Celui-ci détient alors tous les leviers pour commettre une fraude», dit-elle. Autrement dit, comme nous le montrent maints exemples rapportés par les médias, ne mettons jamais toutes nos affaires dans les mains d'une seule personne.

    «Bien sûr, au début, on ne verra pas les problèmes qu'on pourrait avoir dans quelques années, dit-elle. Mais être bien conseillé dès le départ, c'est une façon de mener une saine gestion et d'avoir une saine organisation. Votre conseiller regardera comment pourrait se faire une fraude et il vous dira ce qu'il convient de corriger, explique Mme Bouchard. Les comptables appellent cela du contrôle interne mais, nuance, il s'agit en fait d'un contrôle interne orienté pour contrer la fraude.»

    La juricomptable souligne que, dans tous les cas de fraude qu'elle a vus, ceux qui se font avoir sont des gens de bonne foi. «Bien sûr, conclut-elle, il serait relativement facile de prendre des mesures de prévention mais, malheureusement, on n'en est pas encore là!»

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    Collaborateur du Devoir












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