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    Expulsion de Paola Ortiz - Un cas de machisme extrême

    7 octobre 2011 |Camil Bouchard - Professeur au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal et éditorialiste à Bazzo.tv | Actualités en société
    Le 23 septembre dernier, il y a deux semaines, Paola Ortiz est expulsée du Canada vers le Mexique. Elle laisse ses deux jeunes enfants derrière elle. La décision sans appel d'expulsion est prise par un juge, au téléphone. Ç'a l'air méprisant, mais il paraît que c'est normal. Pourquoi cette expulsion?

    Revenons en arrière. En 2006, Paola Ortiz demande l'asile. Elle affirme qu'elle est victime de violence de la part de son mari membre de la police fédérale mexicaine. À cela, Ottawa répond que le Mexique, avec qui on fait de grosses affaires incidemment, protège adéquatement les femmes violentées par leur conjoint et qu'il n'y a donc pas lieu qu'elle demeure au Canada.

    Pourtant, en 2003, ça ne fait pas un siècle, un rapport du ministère de l'Immigration du Canada affirmait: «La société mexicaine perçoit en général la violence conjugale comme un problème relevant du domaine privé et comme un comportement tout à fait "normal". C'est pour cette raison que la police hésite à intervenir dans les cas de violence conjugale.» À plus forte raison lorsque le conjoint est un policier, pourrions-nous ajouter. Puissante protection!

    Pas un crime

    Il y a 31 États au Mexique; or, 12 de ces États ne considèrent pas la violence domestique comme un crime. Dans une vingtaine, les relations sexuelles non consenties du conjoint ne constituent pas un délit. Au Chiapas, les sévices corporels sont permis s'ils découlent de «l'exercice du droit de correction de ceux qui ont la faculté de le faire» et si les blessures guérissent en moins de 15 jours. Dans huit États, il n'y avait pas, en date de 2010, de centres d'accueil pour les femmes victimes de violence. Alors, on repassera pour la protection des femmes au Mexique.

    Si moi je le sais, le ministère fédéral de l'Immigration le sait aussi, j'en suis sûr. Mais alors pourquoi s'acharne-t-il durant cinq ans à expulser cette femme? Le chat est sorti de l'entrefilet d'un article d'Annabelle Nicoud dans La Presse. Elle constate qu'il semble subsister des doutes au ministère canadien de l'Immigration sur la nature réelle des sévices qu'aurait subis Paola Ortiz. En effet, devant la Cour fédérale, l'avocat de Justice Canada n'a pas manqué de souligner que madame Ortiz avait continué à cohabiter avec celui qui la battait pendant plusieurs mois. Autrement dit, puisque Paola Ortiz était demeurée avec son mari après s'être plainte de violence, cela prouverait, aux yeux du ministère, que la situation n'était pas aussi grave qu'elle le prétendait. Parce qu'elle était restée avec son mari, on ne la croyait pas. Je ne sais pas comment appeler cela, sinon du machisme extrême.

    Gouvernement machiste

    Les femmes peuvent hésiter à quitter un conjoint violent pour mille et une raisons: certaines veulent sauver leur couple, leur mariage, leur famille et espèrent que ça changera de fois en fois, d'autres craignent de se retrouver à la rue avec leurs enfants, mais très souvent, elles ont peur de la rage de leur conjoint, peur d'être attaquées ou tuées si elles partent.

    Ai-je besoin de rappeler que cela arrive même au Québec 25 ans après l'adoption d'une loi criminalisant la violence conjugale? Est-il besoin de rappeler que même au Canada, dans le «plus meilleur pays du monde», des centaines de femmes se réfugient dans des centres d'hébergement pour se protéger et protéger leurs enfants lorsqu'elles quittent un conjoint violent? Est-ce que j'ai besoin d'exhiber cette horrible photo d'une femme afghane dont on a coupé les oreilles et le nez parce qu'elle avait quitté un mari qui la battait? Si, dans quelques mois ou dans deux ans, Paola Ortiz n'a pas été tuée par son ex-conjoint, cet avocat va-t-il nous dire: «Je vous l'avais bien dit que ce n'était pas si pire que cela!»

    La vraie cause de l'expulsion de Paola Ortiz au Mexique, c'est le machisme du gouvernement canadien. Vive le plus meilleur pays du monde!

    ***

    Camil Bouchard - Professeur au Département de psychologie de l'Université du Québec à Montréal et éditorialiste à Bazzo.tv












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