Duchesneau rappelé à l'ordre
Le patron de l'UPAC ne veut pas d'une enquête publique sur la construction. Mal à l'aise avec la position de Québec, le rédacteur de Charest démissionne.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Le commissaire de l’Unité permanente anticorruption, Robert Lafrenière, a effectué hier, à Montréal, sa première sortie publique depuis sa nomination.
Pendant que Jean Charest est en Europe, notamment pour faire la promotion du développement du Grand Nord québécois, la controverse autour de la tenue d'une commission d'enquête publique sur l'industrie de la construction a connu hier de nouveaux rebondissements. D'abord, le principal rédacteur de discours du premier ministre a démissionné, se disant dorénavant incapable de relayer la position du gouvernement contre une enquête. Puis, de son côté, le commissaire de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) a soutenu qu'une enquête publique mettrait du sable dans l'engrenage des enquêtes policières.
Pour sa première sortie publique depuis sa nomination, il y a six mois, Robert Lafrenière, commissaire de l'UPAC, a dit voir d'un mauvais oeil le fait qu'une commission d'enquête publique puisse être instituée. «Plus on veut frapper haut, plus ça demande du temps, plus ça demande des ressources. Une commission pourrait nous influencer pour activer les choses, changer nos stratégies», a déclaré M. Lafrenière.
Selon lui, une commission d'enquête pourrait nuire au travail des policiers, notamment dans leurs efforts pour conclure des ententes avec des témoins clés des manoeuvres de collusion et de corruption. «Nos leviers pour faire parler ces personnes-là [seraient] affectés», a soutenu M. Lafrenière.
La position de ce dernier contredit celle défendue la semaine dernière en commission parlementaire par Jacques Duchesneau qui dirige jusqu'à maintenant l'Unité anticollusion. Au contraire de son patron, M. Duchesneau voit dans la mise sur pied d'une commission d'enquête un outil supplémentaire pour les policiers; cela apporterait, selon lui, des pistes de travail qui enrichiraient les enquêtes.
Jacques Duchesneau ne s'est pas arrêté à donner son point de vue. Dans une entrevue à La Presse, il a déclaré que l'UPAC, «c'est pas fort» et que cette organisation ne devrait pas être dirigée par un policier.
Robert Lafrenière n'a pas caché hier que ces commentaires ont motivé sa sortie publique, et ce, même si le commissaire a l'obligation légale de rendre compte publiquement de ses activités deux fois par année. «Je ne peux accepter que le discrédit soit jeté sur les hommes et les femmes qui, chaque jour, consacrent leur expertise et leur énergie contre la corruption au Québec», a indiqué M. Lafrenière en soulignant qu'il n'était pas un homme de conflit.
Ainsi, il entend avoir, dès cette semaine, une «franche discussion avec M. Duchesneau au sujet de son avenir au sein de l'UPAC». Jacques Duchesneau avait toutefois annoncé qu'il n'entendait pas poursuivre indûment son mandat, surtout s'il n'y avait pas de commission d'enquête.
Démission et pétition
Le gouvernement Charest refuse depuis deux ans de créer une telle commission. Mais une brèche est apparue. Un proche collaborateur du premier ministre, Patrice Servant, le principal rédacteur de discours de M. Charest, vient de quitter ses fonctions parce qu'il est «mal à l'aise de relayer la position du gouvernement qui n'est pas dans le meilleur intérêt des citoyens». Comme le rapportait Radio-Canada, ce serait devenu pour M. Servant «un cas de conscience».
M. Servant travaillait depuis 2002 auprès de Jean Charest. Il était un collaborateur important dans la mesure où il devait traduire la pensée du premier ministre. Au cabinet de M. Charest, on minimisait hier ce départ.
En août dernier, le président de l'association libérale de Jonquière, Alexis St-Gelais, avait claqué la porte, ayant perdu confiance en son chef alors qu'une commission d'enquête sur la construction était nécessaire, disait-il.
La population manifeste aussi son désir que le gouvernement crée une commission d'enquête. Une pétition a été mise en ligne par l'entremise du site Internet de l'Assemblée nationale. On y plaide l'urgence d'agir contre la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction. Les pétitionnaires réclament également que l'on se penche sur le financement des partis politiques. Hier soir, quelque 24 000 Québécois avaient signé cette pétition.
Prévenir, vérifier, enquêter
Pendant ce temps, l'UPAC poursuit ses activités, a assuré Robert Lafrenière qui reconnaît que «la population est inquiète». «Je l'entends», a-t-il dit.
Le commissaire a d'ailleurs rappelé l'importance pour les témoins, les victimes et les citoyens en général de dénoncer les situations de trafic d'influence, de collusion et de corruption. C'est d'autant plus important, a-t-il plaidé, que cette forme de crime est orchestrée par des gens «brillants». «Nous nous attaquons à des criminels intellectuels. Leurs stratagèmes évoluent constamment et s'adaptent», a affirmé M. Lafrenière.
Selon lui, la prévention est «le nerf de la guerre». C'est ce qui explique que le travail en amont de l'attribution des contrats publics se poursuivra notamment auprès des donneurs d'ouvrage les plus vulnérables, comme les petites municipalités.
À cet égard, Robert Lafrenière a indiqué que des vérifications menées par le ministère des Affaires municipales pourraient entraîner des enquêtes plus approfondies. Il a toutefois refusé de préciser s'il s'agissait de la Ville de Laval, notamment, pour l'utilisation par le maire Gilles Vaillancourt et son parti politique du budget de recherche et de secrétariat à d'autres fins.
De plus, M. Lafrenière s'est dit certain qu'il y aurait prochainement de nouveaux résultats à annoncer.
L'Unité permanente anticorruption a été mise sur pied en février 2011. L'escouade Marteau a été créée à l'automne 2009, suivie par l'Unité anticollusion de Jacques Duchesneau en février 2010. Aujourd'hui, l'UPAC regroupe cinq autres partenaires: l'Agence du revenu, la Commission de la construction du Québec, la Régie du bâtiment, le ministère des Affaires municipales et le Bureau de la lutte contre la corruption et la malversation (procureurs).
Pour sa première sortie publique depuis sa nomination, il y a six mois, Robert Lafrenière, commissaire de l'UPAC, a dit voir d'un mauvais oeil le fait qu'une commission d'enquête publique puisse être instituée. «Plus on veut frapper haut, plus ça demande du temps, plus ça demande des ressources. Une commission pourrait nous influencer pour activer les choses, changer nos stratégies», a déclaré M. Lafrenière.
Selon lui, une commission d'enquête pourrait nuire au travail des policiers, notamment dans leurs efforts pour conclure des ententes avec des témoins clés des manoeuvres de collusion et de corruption. «Nos leviers pour faire parler ces personnes-là [seraient] affectés», a soutenu M. Lafrenière.
La position de ce dernier contredit celle défendue la semaine dernière en commission parlementaire par Jacques Duchesneau qui dirige jusqu'à maintenant l'Unité anticollusion. Au contraire de son patron, M. Duchesneau voit dans la mise sur pied d'une commission d'enquête un outil supplémentaire pour les policiers; cela apporterait, selon lui, des pistes de travail qui enrichiraient les enquêtes.
Jacques Duchesneau ne s'est pas arrêté à donner son point de vue. Dans une entrevue à La Presse, il a déclaré que l'UPAC, «c'est pas fort» et que cette organisation ne devrait pas être dirigée par un policier.
Robert Lafrenière n'a pas caché hier que ces commentaires ont motivé sa sortie publique, et ce, même si le commissaire a l'obligation légale de rendre compte publiquement de ses activités deux fois par année. «Je ne peux accepter que le discrédit soit jeté sur les hommes et les femmes qui, chaque jour, consacrent leur expertise et leur énergie contre la corruption au Québec», a indiqué M. Lafrenière en soulignant qu'il n'était pas un homme de conflit.
Ainsi, il entend avoir, dès cette semaine, une «franche discussion avec M. Duchesneau au sujet de son avenir au sein de l'UPAC». Jacques Duchesneau avait toutefois annoncé qu'il n'entendait pas poursuivre indûment son mandat, surtout s'il n'y avait pas de commission d'enquête.
Démission et pétition
Le gouvernement Charest refuse depuis deux ans de créer une telle commission. Mais une brèche est apparue. Un proche collaborateur du premier ministre, Patrice Servant, le principal rédacteur de discours de M. Charest, vient de quitter ses fonctions parce qu'il est «mal à l'aise de relayer la position du gouvernement qui n'est pas dans le meilleur intérêt des citoyens». Comme le rapportait Radio-Canada, ce serait devenu pour M. Servant «un cas de conscience».
M. Servant travaillait depuis 2002 auprès de Jean Charest. Il était un collaborateur important dans la mesure où il devait traduire la pensée du premier ministre. Au cabinet de M. Charest, on minimisait hier ce départ.
En août dernier, le président de l'association libérale de Jonquière, Alexis St-Gelais, avait claqué la porte, ayant perdu confiance en son chef alors qu'une commission d'enquête sur la construction était nécessaire, disait-il.
La population manifeste aussi son désir que le gouvernement crée une commission d'enquête. Une pétition a été mise en ligne par l'entremise du site Internet de l'Assemblée nationale. On y plaide l'urgence d'agir contre la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction. Les pétitionnaires réclament également que l'on se penche sur le financement des partis politiques. Hier soir, quelque 24 000 Québécois avaient signé cette pétition.
Prévenir, vérifier, enquêter
Pendant ce temps, l'UPAC poursuit ses activités, a assuré Robert Lafrenière qui reconnaît que «la population est inquiète». «Je l'entends», a-t-il dit.
Le commissaire a d'ailleurs rappelé l'importance pour les témoins, les victimes et les citoyens en général de dénoncer les situations de trafic d'influence, de collusion et de corruption. C'est d'autant plus important, a-t-il plaidé, que cette forme de crime est orchestrée par des gens «brillants». «Nous nous attaquons à des criminels intellectuels. Leurs stratagèmes évoluent constamment et s'adaptent», a affirmé M. Lafrenière.
Selon lui, la prévention est «le nerf de la guerre». C'est ce qui explique que le travail en amont de l'attribution des contrats publics se poursuivra notamment auprès des donneurs d'ouvrage les plus vulnérables, comme les petites municipalités.
À cet égard, Robert Lafrenière a indiqué que des vérifications menées par le ministère des Affaires municipales pourraient entraîner des enquêtes plus approfondies. Il a toutefois refusé de préciser s'il s'agissait de la Ville de Laval, notamment, pour l'utilisation par le maire Gilles Vaillancourt et son parti politique du budget de recherche et de secrétariat à d'autres fins.
De plus, M. Lafrenière s'est dit certain qu'il y aurait prochainement de nouveaux résultats à annoncer.
L'Unité permanente anticorruption a été mise sur pied en février 2011. L'escouade Marteau a été créée à l'automne 2009, suivie par l'Unité anticollusion de Jacques Duchesneau en février 2010. Aujourd'hui, l'UPAC regroupe cinq autres partenaires: l'Agence du revenu, la Commission de la construction du Québec, la Régie du bâtiment, le ministère des Affaires municipales et le Bureau de la lutte contre la corruption et la malversation (procureurs).
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