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    Société - Faire la modernité au lieu d'en parler

    Le coup d'envoi est presque donné. Si l'administration Tremblay se plie aux recommandations que se prépare à lui faire officiellement, dans les prochains jours, son Groupe de travail sur les données ouvertes, Montréal pourrait dès cet automne donner une nouvelle valeur à l'ensemble de ses données numériques en décrétant leur libération pure et simple.

    Technique en apparence, cette lente marche vers une politique d'ouverture des données détenues par la Ville, que le groupe préconise dans un document préliminaire dont Le Devoir a pris connaissance la semaine dernière, devrait permettre, sans trop de contraintes, à de simples citoyens programmeurs, à des entreprises versées dans la chose informatique ou encore à des diffuseurs de contenus, de stimuler leur créativité en puisant dans les données informatiques de l'administration municipale pour rendre la vie des Montréalais plus actuelle.

    Comment? En créant des systèmes numériques qui vont faciliter leur interaction avec la Ville, simplifier leur existence, les aider à prendre part, à distance, à la vie démocratique de leur quartier, et donner une précision inégalée à l'information qu'on leur livre (pour prendre des décisions éclairées). Entre autres. Une route que plusieurs grandes villes dans le monde — Londres est du nombre —, mais aussi au Canada — comme Ottawa, Edmonton, Mississauga, Toronto et Vancouver —, ont empruntée depuis des mois et dont le pavage annoncé à Montréal ne peut être que réjouissant.

    Il suffit de regarder, pour une fois, un peu plus loin que le Plateau Mont-Royal pour s'en convaincre. Dans les métropoles où l'ouverture des données est devenue la norme, modernité et vie citadine simplifiée se marient désormais par l'entremise d'applications puisant dans les données numériques des villes. À Londres, par exemple, les citoyens peuvent contribuer à l'amélioration de leur environnement direct en informant, en temps réel, les services des travaux publics des réparations à faire autour de chez eux — un nid-de-poule, une ampoule grillée, un banc vandalisé, un déchet lourd oublié — et en suivant le déroulement des opérations par la suite.

    Ailleurs, c'est la congestion des routes causée par les déplacements humains récurrents et par les travaux qui se décline dans toutes sortes d'applications permettant aux urbains de planifier leurs déplacements en conséquence.

    Ces «apps» (applications), d'utilité publique puisque généralement sorties de l'imagination d'un programmeur confronté à un problème concret dans sa vie quotidienne, fournissent les horaires d'autobus de manière géolocalisée, optimisent la recherche d'une place en garderie, facilitent la participation aux consultations prébudgétaires, concentrent les informations liées à son élu local, informent sur l'état des piscines, leur achalandage, la qualité de l'eau... Et, bien sûr, la liste est loin d'être exhaustive.

    À Montréal, quelques expériences, menées dans le champ de la numérisation de la vie citoyenne fondée sur le principe des données ouvertes, font que le vide n'est pas totalement sidéral. Le Montréalais urbain et branché peut en effet suivre l'état de ses patinoires — en hiver, s'entend —, presque en direct sur la vie de sa ville. Il y a une «app» pour ça, comme dirait l'autre. Le citoyen peut aussi s'enquérir de l'état des travaux (avec ZoneCone.ca) ou choisir un restaurant en fonction des inspections sanitaires. Et c'est tout.

    Paradoxe. En 2011, le Montréalais qui veut réserver un terrain de tennis — c'est un exemple, mais également un geste simple — devra activer la fonction vocale de son téléphone intelligent et se frotter à une ligne engagée pendant plusieurs minutes, avant de pouvoir parler à un fonctionnaire bourru. Il va aussi devoir le faire 24 heures avant le jour où il veut s'activer sur un court. Pas avant: c'est la règle.

    Dans une ville qui se vante régulièrement d'être en prise directe avec son temps, qui a bassiné pendant des années ses résidants avec la création de la Cité du multimédia ou de la Cité du commerce électronique et qui aime se mettre en scène dans une modernité qui ressemble de plus en plus à un leurre, la chose fait forcément tache. Et plus encore à une époque où la démocratisation de l'accès à Internet fait qu'aujourd'hui il est possible d'acheter des chaussures en ligne, de réserver un billet de train ou d'avion, une Communauto... mais pas un terrain de tennis municipal.

    On s'entend: le service n'est ni vital, ni essentiel, mais il pourrait être pratique, tout comme le serait d'ailleurs le système d'information en temps réel de l'état du déneigement des rues de la métropole.

    L'urbain propriétaire d'une voiture — oui, oui, il y en a qui persistent — en rêve déjà: avec une telle application, il pourrait en effet connaître 30 minutes à l'avance l'heure d'arrivée du chasse-neige devant chez lui, sortant par le fait même de la légendaire et non moins détestable logique du «Pas de stationnement» après une tempête entre 7h et 19h ou 19h et 7h. Certains gourous de la vie en ville et penseurs de l'urbanité attractive appellent ça la qualité de vie.

    Lubies de jeunes trop accrochés à un wi-fi, une tablette, un téléphone intelligent ou un fil Twitter? L'amélioration de la vie citoyenne par le numérique est certainement bien plus que ça puisqu'elle est aujourd'hui un chemin à préconiser par plusieurs États et gouvernements visionnaires, autant pour réduire leurs coûts de fonctionnement que pour remettre le citoyen au centre de la démocratie en s'adaptant à la culture numérique qu'une génération est en train d'articuler. Et, bien sûr, cette génération gagnerait à nommer plus souvent, et à voix haute, les services sur données ouvertes ou autres qu'elle aimerait voir apparaître dans les espaces numériques de communication pour faciliter son présent.

    Une piste? Cette semaine, le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO) a dévoilé les chiffres sur l'état d'adoption des réseaux sociaux — Twitter, Facebook, Google +, LinkedIn et consorts — par la jeunesse québécoise qui, désormais, dans une proportion de 88 %, communique par cette voie. Il est question ici des 18 à 34 ans qui, si l'on se fie à l'histoire simple de l'humanité, se préparent à devenir les parents de demain.

    Or, en 2011, plusieurs administrations d'écoles et de garderies du Québec — y compris dans les quartiers branchés qui se disent en avance sur le ici-maintenant — ont encore et toujours un mode de communication qui repose sur le principe des feuilles imprimées — photocopiées et non pas polycopiées à l'alcool, heureusement! — et sur l'affichage de feuilles de papier sur une porte, un mur ou un tableau en liège.

    Le contretemps est peut-être charmant dans le tourbillon numérique du moment, mais il vient aussi, plus largement, mettre en lumière un clivage entre des citoyens en mutation et des institutions pourtant chargées de façonner les forces vives de demain, d'anticiper l'avenir, de le rêver même, et qui le font, un peu, mais en regardant beaucoup derrière elles.

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