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    Elle joue dans le trafic

    De la mobilité à la mobilisation

    Plus intelligente que son téléphone, Louise Guay fait des liens entre chercheurs, natifs digitaux et la ludification, sans jamais modérer ses transports. Son terrain de jeu? La ville, la rue, le trafic.<br />
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Plus intelligente que son téléphone, Louise Guay fait des liens entre chercheurs, natifs digitaux et la ludification, sans jamais modérer ses transports. Son terrain de jeu? La ville, la rue, le trafic.
    La plupart des gens détestent le changement. Pas elle. Elle le provoque, elle s'en abreuve. La plupart des intellectuels préfèrent se retrancher derrière des théories bien cloisonnées. Louise Guay, elle, aime jouer dans le trafic; elle en a fait sa mission. Et associer les mots «transports urbains» et «ludique» est un oxymore auquel elle a recours chaque jour.

    «Ce n'est pas important de comprendre tout ce qu'elle dit, il faut juste la suivre et la magie opère», m'avait prévenu mon mari d'économiste moins tout neuf, complètement captivé par cette fée coquette dont la baguette magique est un téléphone intelligent.

    La suivre, je veux bien, mais où? Louise Guay est à la fois sur Terre et en orbite, capable d'explorer des dimensions où l'imaginaire pactise avec les bases de données les plus complexes. Il me faudrait des lunettes 3D.

    Cette pionnière en maints domaines, notamment dans ceux qui relèvent des technologies virtuelles, entame sa seconde année à titre d'entrepreneure en résidence au CIRANO (une pépinière de 180 profs en recherche dans divers domaines, économiques, sociaux ou juridiques). Son poste, créé de toutes pièces, est tout à fait inhabituel, le fruit de son entregent, de sa crédibilité dans le milieu et d'un doctorat en communications multimédias obtenu à Paris après un bac en philo. Peut-être aussi parce qu'il y a une parenté entre ces chercheurs dans leur bulle et cette belle éthérée qui ne dort que cinq heures par nuit.

    Le rôle de Louise Guay? Construire un pont entre des recherches qui n'aboutissent souvent à rien de concret et le terrain, les besoins réels et d'autres morceaux du casse-tête urbain. Son titre? Entrepreneure sociale, un peu comme le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, l'est, malgré lui.

    «Des académiques, on peut en trouver facilement, me confie l'économiste Claude Montmarquette, directeur du CIRANO. Des Louise, c'est plus rare... Elle est passionnée, les chercheurs aussi, c'est ce qui nous réunit. Les modèles scientifiques classiques ne sont plus adaptés, il faut solliciter l'opinion de tout le monde pour développer un projet. Et les médias sociaux ont changé la donne. Louise a la patience de faire des liens.»

    Passeuse de relais, brasseuse d'idées, libre penseuse au dynamisme contagieux, la performeuse m'a fascinée lors du dernier congrès des économistes du Québec, où j'étais invitée à ironiser sur les réseaux sociaux. Louise Guay y présentait son Living Lab, un chantier permanent sans cônes orange, dont elle est présidente à Montréal. Devant moi, une redoutable conférencière, mais aussi un radar à nouveautés qui a ses entrées partout, même au MIT (Massachusetts Institute of Technology), en avance de dix ans sur son temps.

    Le Living lab, un labo à ciel ouvert

    Son terrain de jeu ressemble à la ville et à la vie. «La complexité du monde actuel requiert une utilisation de la technologie socialisée», explique-t-elle. Elle emploie de drôles d'expressions: open source, open economics, open data, crowdsourcing (la sagesse des foules), mais aussi «innovation verte» et «innovation ouverte». Elle s'entoure de natifs numériques (digital natives) pour développer son planificateur de trajet multimodal Bixiwiki qui permettrait de coordonner du bout des doigts, par exemple, une place de stationnement incitatif, son auto chez Communauto et/ou le Bixi. Et elle est convaincue que ce qui donne le ton, bien avant la télé, les médias sociaux, le cinéma ou les livres, c'est la ludification, l'élément clé du concept.

    C'est par la ludification — le transfert des mécanismes de jeux à d'autres domaines, sites web, travail ou réseaux sociaux — que nous résoudrons sans doute le problème de congestion nasale du réseau routier. Toutes ces années à interdire la PlayStation à vos enfants, pour finalement réaliser que ce sont eux qui ont peut-être la solution entre les mains.

    Son projet pilote de Bixiwiki va de l'avant et en est à la seconde étape: réunir des usagers du Bixi pour trouver des solutions à des problèmes tels que la répartition des vélos par le biais du jeu virtuel.

    «On réalise qu'on a besoin de se mettre ensemble pour résoudre les problèmes de la planète. On passe d'une ère où le secret était la règle à une ère de partage. Si le XXe siècle était celui de la compétition, symbolisé par le Monopoly, le XXIe sera celui de la collaboration, comme dans le jeu de rôle en ligne multijoueurs The World of WarCraft», dit-elle en me citant en exemple une mine d'or ontarienne qui devait fermer et qui a trouvé huit millions d'onces supplémentaires en promettant 500 000 $ de récompense et en ouvrant ses données. 1400 entreprises, universités et consultants ont participé au jeu réel.

    Fatigués de jouer chacun dans leur coin, Équiterre, l'Agence métropolitaine de transport, le Réseau d'innovation sociale du Québec, la Ville de Montréal sont tous des partenaires du Living Lab. Montréal travaille même depuis un an à ouvrir ses bases de données et à les rendre accessibles à tous. «Prenons les 5000 vélos Bixi qui partent du point A pour venir engorger les stations du point B (généralement le centre-ville) le matin, m'explique Claude Faribault, directeur de recherche du Living Lab. Comment faire pour redistribuer les vélos dans le réseau en n'employant pas de camions? Le système actuel n'est pas tout à fait logique d'un point de vue écolo! Et New York aura le même problème avec ses 10 000 Bixi!»

    Les usagers qui jouent volontiers à Farmville, Smartville ou aux Sims entreraient dans un grand jeu collaboratif pour régler un problème réel en se voyant confier des missions, des points, des promotions, des récompenses. Les taxis pourraient retourner les vélos durant leurs courses et faire d'une pierre deux coups, moyennant bonus. «N'oublions pas que l'industrie du jeu est plus importante que celle de la musique, indique Louise. Quand on grandit, on abandonne le jeu pour devenir un adulte sérieux qui travaille. Les personnes qui continuent de jouer, d'explorer en s'amusant et qui ont du fun, tendent à innover.»

    Jouer pour collaborer

    Louise a toujours joué, elle a mis sur pied «Mon Mannequin Virtuel» qui permet d'essayer des vêtements en 3D à l'aide de sa photo, sans se déplacer. Elle s'entoure de jeunes programmeurs de jeux virtuels, d'acteurs sociaux qui redessinent la ville avec elle. Et comme la Ville de Montréal est ouverte aux projets citoyens, la fluidité des idées y est beaucoup plus grande que celle du réseau routier. «L'imaginaire est une ressource fondamentale, totalement écologique!», s'émerveille-t-elle.

    À mi-chemin entre A Beautiful Mind, La belle verte et Inception, le monde de Louise galope à la vitesse d'un clic. Si elle joue sérieusement, son amour du mouvement lui permet d'être en avant de la mêlée. Et de démêler l'écheveau de laine pour nous.

    «Je montre la plupart de mes travaux aux enfants, avoue-t-elle. Ils disent vraiment ce qu'ils pensent et ne sont pas complaisants, en plus d'être logiques. Les enfants n'ont pas peur des réponses ni de poser les vraies questions.»

    Tous n'ont pas son courage et peu affichent autant d'audace. Jouer n'est pas toujours un jeu d'enfant.

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    cherejoblo@ledevoir.com
    Twitter.com/cherejoblo

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    Et les zestes


    Recouru: au site Zonecone.ca, l'initiative d'un citoyen qui nous a fait l'immense cadeau de regrouper tous les chantiers routiers actuels au Québec pour planifier nos trajets et éviter les bouchons. Comme GoogleMap, on y inscrit le point A et le point B et le site se charge de nous informer de la route à prendre. Les données étaient déjà publiques, Stéphane Guidoin les a rendues plus ludiques.

    Joint: e-180.com, un tout nouveau regroupement d'individus qui échangent leurs neurones gratuitement, autour d'un café, sur un sujet qui les passionne. De l'alimentation de bébé à la cryptologie quantique, aucun intérêt n'est négligé. Du mentorat collaboratif sous forme de troc et qui fait appel à la sagesse des foules!

    Découvert: le Mur Mitoyen, un calendrier collaboratif qui réunit toutes les activités culturelles, citoyennes, les conférences scientifiques en milieu universitaire et qui vous permet, grâce à la géolocalisation, de savoir ce qui se passe près de vous. 500 organisateurs publient des événements dans 700 lieux dans la région de Montréal. Et vous pouvez être informé selon vos intérêts particuliers. www.murmitoyen.com.

    Aimé: Omar m'a tuer, l'excellent film dont nous parlait Odile Tremblay mercredi, mené sous forme d'enquête par un écrivain. Je me suis demandé si on aurait pu trouver des indices supplémentaires et sauver ce jardinier maghrébin de la prison, en utilisant les méthodes de jeu virtuel... L'histoire vraie d'Omar Raddad est un cauchemar réel, rendu avec beaucoup de sensibilité par l'acteur Sami Bouajila. Le film est un plaidoyer contre le racisme, le laxisme judiciaire, voire ses erreurs et son deux poids-deux mesures. Au moment où Jacques Chirac et DSK font face à la justice avec une certaine complaisance, on peut effectivement ressortir dérangé de ce film.

    ***

    Le pont Angélil

    Y a des jours, comme ça, où je rêve d'un nouveau pont pour remplacer Champlain. Un pont d'or. On pourrait demander à «Réné» de nous envoyer un milliard? Il finance bien la médecine (une chaire en oncologie ORL), pourquoi pas le transport en PPP? Un pont avec des néons roses qui brilleraient la nuit comme à Vegas. Et ce serait un pont à péage, dont la moitié des «dons» iraient au financement des infrastructures, et l'autre, à la Fondation Céline Dion. Vous avez de meilleures idées? Ne vous gênez pas pour les communiquer.

    http://blogues.chatelaine.com/blanchette
    Plus intelligente que son téléphone, Louise Guay fait des liens entre chercheurs, natifs digitaux et la ludification, sans jamais modérer ses transports. Son terrain de jeu? La ville, la rue, le trafic.<br />
Une scène du film Omar m’a tuer, de Roschdy Zem, avec Sami Bouajila.<br />
     
     
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