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    Montréal - Le Bixi est-il vraiment un bon moyen de transport ?

    Il faudrait pouvoir déterminer la véritable contribution du système Bixi à la mobilité quotidienne

    22 septembre 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Quels sont les impacts du Bixi — bons et mauvais — sur la mobilité des travailleurs et des citoyens de Montréal? Bien que le système de vélo en partage «révolutionnaire» mis en place par la Ville de Montréal connaisse un franc succès, on ne dispose pas de méthodes permettant de répondre à cette question.

    Catherine Morency, professeure adjointe au Département des génies civil, géologique et des mines de l'École polytechnique de Montréal, vient de créer une chaire destinée à concevoir les outils et les méthodes appropriés pour évaluer la présence du Bixi à Montréal.

    «Depuis 1995, je m'intéresse à tous les modes de transport en milieu urbain, dit-elle, transport en commun, les modes actifs (marche, vélo, etc.) et tous ces nouveaux modes "bizarroïdes" que sont l'auto-partage, le covoiturage, la multimodalité et le vélo-partage.»

    Elle a ainsi créé la Chaire Mobilité en partenariat avec le ministère des Transports du Québec, la Ville de Montréal, l'Agence métropolitaine de transport et la Société de transport de Montréal. «Cette chaire a pour principal objectif de doter ces partenaires d'outils qui leur permettront d'évaluer les impacts de leurs choix, de leurs politiques, stratégies et plans, ainsi que d'évaluer leurs contributions au développement durable», indique Mme Morency. Elle observe que, dans le domaine des transports, «il y a beaucoup de bonnes idées, mais ce qui est difficile, c'est d'arriver à quantifier les choses».

    «Je m'intéresse surtout aux comportements de mobilité des personnes, poursuit-elle. Mais, comme je le dis en classe: "Le transport, c'est la chose la plus difficile à analyser en génie civil puisqu'il faut modéliser des gens. Or on ne peut les mettre dans un beau laboratoire, à température contrôlée, pour voir quel sera leur comportement!"»

    Le paradoxe d'un nouveau pont


    «Tout le monde a son opinion sur le transport, puisque tout le monde vit ses propres expériences de transport», résume-t-elle en riant. C'est ainsi qu'on imagine que, si on ajoute de la capacité de transport — en construisant un nouveau pont, par exemple — on améliorera la circulation. «Pourtant, on sait très bien que, après un certain temps, les conditions de circulation seront similaires à celles qu'il y avait auparavant, rapporte la chercheure. On observe même un beau paradoxe: l'ajout d'un nouveau lien va même augmenter les temps de parcours!»

    Pourquoi donc? Lorsqu'une personne a le choix entre différents moyens de transport, elle prend généralement celui qui lui «coûte» le moins cher (ce «coût» tient compte du temps de déplacement, des dépenses liées à l'utilisation du mode, etc.). «Ainsi, explique Mme Morency, lorsqu'on améliore les conditions de circulation, l'auto devient moins "coûteuse" et donc plus de gens l'utilisent.» C'est dire que, en ajoutant un pont, on améliore un temps les conditions de circulation, jusqu'à ce que davantage de voitures aient fait leur apparition. S'ajoute à cela le «problème systémique»: «On pourrait bien ajouter cinquante nouveaux ponts autour de Montréal, mais la ville elle-même a une capacité d'accueil déterminée, illustre la spécialiste. On observe donc aisément que l'ajout d'un nouveau lien augmente le temps de parcours de tout le monde.»

    Pour résoudre ce paradoxe, il faut mettre en place des mécanismes de redressement des coûts. «Dans certains pays, rapporte la directrice de la Chaire Mobilité, les automobilistes se voient imposer une "taxe kilométrique". À la fin de chaque mois, ils reçoivent une facture qui leur indique qu'ils ont parcouru tant de kilomètres sur tel type de route aux heures de pointe, ce qui leur coûte plus cher.»

    Qu'en est-il donc du Bixi? Évidemment, on imagine sans peine que le système de vélo-partage améliore la mobilité des gens au centre-ville. Toutefois, Mme Morency déplore qu'on n'ait pas encore de modèles permettant de le vérifier.

    Un service public ou privé ?

    Certains déplorent même les coûts — apparemment élevés — du Bixi, qui semble ne pas devoir s'autofinancer. Or, énonce la chercheure, on peut voir ce système comme un choix collectif et non comme une entreprise privée. «C'est un service qu'on offre à la population, dit-elle, autant aux résidants, aux travailleurs qu'aux touristes. On a désormais la possibilité de se déplacer à Montréal avec un nouveau mode... Mais certains voient les choses autrement.» On peut donc considérer le Bixi comme un nouveau mode de transport public, au même titre que l'implantation d'un réseau de tramway.

    «Mais de là à savoir quel type de déplacement le Bixi remplace, je n'en ai pas la moindre idée, parce que je n'ai pas les données pour le mesurer!, lance-t-elle. Nous réfléchissons donc à la mise sur pied d'une enquête qui permettrait d'obtenir un échantillon représentatif.»

    Il importe donc de pouvoir déterminer la véritable contribution du système Bixi à la mobilité quotidienne. «On cherche à déterminer le rôle du Bixi d'un point de vue individuel (offrir la mobilité à des gens), ainsi que d'un point de vue collectif, puisque ça peut rendre le vélo plus attractif (tous vélos confondus)», énonce Catherine Morency.

    Les méthodes d'enquête mises au point par la Chaire Mobilité devraient entre autres permettre de cerner ce qu'on doit faire à l'avenir. Par exemple, devrait-on étendre le réseau Bixi... jusqu'à Laval? Quels seraient alors les impacts sur la circulation? Ou, plus simplement: à quel point et de quelle façon les Bixi contribuent-ils à la mobilité quotidienne des Montréalais? Est-on en train d'implanter un véritable nouveau processus de choix?

    «Et, puisqu'il y a d'autres modes de transport qui s'en viennent — notamment l'auto-partage — il importe de comprendre le rôle du Bixi dans la mobilité quotidienne des gens lorsqu'on veut prévoir les prochains investissements en transport d'ici 2030, indique Catherine Morency. Il faut donc déterminer nos objectifs de transport et quelles sont les stratégies potentielles pour répondre aux choix qu'on veut voir se concrétiser.»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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