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    Les métiers oubliés - Sous le soleil, exactement à l'heure

    Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens.<br />
    Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens.
    Le Devoir profite de l'été pour rencontrer des gens qui pratiquent de nos jours ces métiers que l'on croyait disparus, ou en voie de l'être. Des personnages attachés à leur travail et qui racontent leur art. Aujourd'hui, visite chez un artisan cadranier, passionné d'instruments de navigation anciens.

    Sainte-Angèle-de-Laval, Bécancour — On ne s'attendait à rien de moins du domicile d'un patenteux, fou d'astronomie et d'instruments de navigation anciens, comme Michel Marchand. À l'intérieur d'une grange proprette, son atelier est un joyeux capharnaüm où sont suspendus des peaux de renard et de moufette, des outils de toutes sortes et, bien sûr, des sextants, semblables à ceux utilisés au XVIIIe siècle. Dehors, son ancêtre l'astrolabe se dresse sur un terrain jonché d'objets inusités, dont un trampoline, cinq tonnes d'ardoise, un vieux modèle de motoneige et un télescope. «Je suis un peu le dépotoir du village», lance M. Marchand en plaisantant.

    C'est dans cet univers anarchique que l'artisan cadranier s'adonne en toute liberté à sa passion pour les cadrans solaires, qui garnissent aussi généreusement sa cour. Savoir pratiquement oublié, la gnomonique, ne vous méprenez pas, n'a rien à voir avec l'étude des gnomes, ces petites créatures folkloriques coiffées d'un bonnet rouge. Le gnomon (mot grec signifiant «ce qui indique [l'heure]») désigne en fait un «cadran solaire composé d'une tige verticale dont l'ombre se projette sur une surface». Remontant jusqu'à au moins trois siècles avant notre ère, les plus vieux modèles connus ont été trouvés en Égypte.

    Un morceau d'ardoise (ou d'un autre matériau noble) gravé dans lequel on a planté le style (la tige): l'objet, outre ses qualités esthétiques, semble anodin. Mais il est le fruit de savants calculs astronomiques, tenant compte de la longitude, de l'heure solaire à midi et de l'équation du temps (soit la différence entre le mouvement moyen du soleil sur 24 heures et le mouvement solaire réel). Sans ces opérations mathématiques, le temps solaire ne pourrait correspondre à l'heure indiquée par les aiguilles d'une montre et la lecture du cadran apparaîtrait erronée.

    Modeste et autodidacte, Michel Marchand ne se considère pas particulièrement comme un génie des sciences, mais il reconnaît avoir une curiosité dévorante pour l'astronomie. «Jeune, j'en ai passé, des veillées sur une chaise de parterre à regarder les étoiles», raconte le quinquagénaire. Plus tard, c'est le cadran solaire du centre-ville de Trois-Rivières qui l'a captivé. «J'étais sidéré par cette patente-là. J'ai amené ma caméra vidéo et l'ai pointée sur l'ombre pendant plusieurs heures pour regarder l'image en accéléré. J'ai eu la piqûre.»

    Une technologie en train de disparaître

    Malgré son âge vénérable, ce n'est qu'au XVIIIe siècle que la gnomonique, branche de l'astronomie, connaît son apogée. L'intérêt pour le métier de gnomoniste ou celui d'artisan cadranier s'étiole pourtant, hormis un regain d'enthousiasme dans les années 80-90. «C'est une technologie ancienne qu'on est en train d'oublier. Ç'a même failli disparaître complètement au XIXe siècle», déplore André E. Bouchard, secrétaire général de la Commission des cadrans solaires du Québec. Il n'en reste ici qu'environ 200, contre des milliers en Europe. «Il y en avait deux à Dorval et plusieurs dans le quartier McGill, à Montréal, qui ne sont plus là», souligne-t-il.

    À sa manière, Michel Marchand contribue à sensibiliser la population à ces nobles objets, qu'il présente enrobés de légendes et d'histoires de pirates. Déguisé en jésuite, il anime des ateliers sur les instruments de navigation et d'arpentage et sur la fabrication de cadrans solaires, notamment à la Maison Saint-Gabriel, dans le Vieux-Montréal. Il a même inventé un jeu d'échecs muni d'un cadran solaire et un «calendrier solaire familial», qui souligne les anniversaires.

    S'il passe pour un fou dans sa remise aux trésors, il en rit. «Je ne fais jamais de ménage. On m'a toujours dit que les grandes idées naissent dans le désordre.»
    Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens.<br />
Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens. Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens. Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens. Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens. Michel Marchand est un artisan cadranier, fou d’astronomie et d’instruments de navigation anciens.












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