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Les expropriés de Turcot (5) - «L'espace au pouvoir!»

Pierre Zovilé, un exproprié du 780, rue Saint-Rémi, aimait vivre en dehors de la dictature des appartements.<br />
Photo : Valérian Mazataud Le Devoir
Pierre Zovilé, un exproprié du 780, rue Saint-Rémi, aimait vivre en dehors de la dictature des appartements.
Depuis samedi et durant toute la semaine, Le Devoir vous emmène à la rencontre des expropriés du 780, rue Saint-Rémi, un immeuble presque centenaire du quartier Saint-Henri, à Montréal, qui sera rasé pour céder la place à l'échangeur Turcot.


En mai 68, la jeunesse française hurlait pour «l'imagination au pouvoir!» dans les rues de Paris. Pierre Zovilé, lui, n'avait que 13 ans et vivait à Cannes, pas l'endroit idéal pour entreprendre une révolution. Aujourd'hui, son slogan serait plutôt: «L'espace au pouvoir».

Pour Pierre Zovilé, architecte de formation, mais touche-à-tout de son état, «l'espace, c'est de la politique. Si tu as du pouvoir, tu as de l'espace.» Un peu à l'image du poisson rouge qui s'adapte à la taille de son bocal, «l'esprit se sent confiné dans un espace réduit et bas de plafond».

En visitant le loft 350, on se rend vite compte que l'esprit de son locataire est loin d'être confiné. Le large bureau est peuplé d'écrans d'ordinateur. Derrière lui trônent les ancêtres de la famille Apple, noyés sous un amas de livres et de vêtements. De l'autre côté de la pièce, deux télévisions, une pour le son et une autre pour l'image, côtoient un cadre de vélo, un traité sur l'architecture parisienne et deux toiles grand format de l'artiste, mettant en scène un homme coiffé d'un fez et armé d'une fourchette géante...

Depuis son arrivée au Québec en 1978, afin d'échapper au service militaire, l'homme a quasiment tout fait, hormis de l'architecture. Armé d'un Apple II, il a conçu les premières animations 3D à la Place Ville-Marie. Après avoir lu les «50 secrets magiques» de Salvador Dali, il se lance dans la peinture, «à l'huile, jamais à l'acrylique». Il collabore avec la plasticienne française Orlan, avant de passer à la réalisation de vidéos et au design de vêtements dans les années 80. En 1988, il devient concepteur de logiciels pour l'éphémère projet «Alex» de Bell, l'équivalent québécois du Minitel français.

Dix ans plus tard, il rejoignait le noyau dur des premiers locataires du 780, Saint-Rémi et s'aménageait un espace de vie ouvert et flexible, loin de la dictature des appartements «où tu n'as même pas le loisir de choisir l'emplacement de ton lit».

Puis, il y a quelques années, au moment de l'annonce de la destruction du bâtiment, il est revenu à l'architecture. Avec l'urbaniste Pierre Brisset, il a décortiqué les rapports du ministère des Transport du Québec pour les analyser, les critiquer et en proposer une version alternative qui, en plus de sauver le 780, réorganiserait l'échangeur Turcot autour des transports en commun et d'une ambitieuse structure suspendue.

«Aujourd'hui, on construit un bâtiment en fonction de la trame du stationnement souterrain. L'ensemble de la conception de l'espace repose sur les voitures. Le gouvernement est prêt à dépenser plus pour construire un stationnement que pour nous reloger, alors, il est temps de changer de société.»

Pierre Zovilé, un exproprié du 780, rue Saint-Rémi, aimait vivre en dehors de la dictature des appartements.<br />
Vue panoramique de l’intérieur du loft 350 qu’habite Pierre Zovilé, dans l’immeuble du 780, rue Saint-Rémi, que le projet Turcot fera disparaître.<br />
 
 
 
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  • Marc O. Rainville - Inscrit
    18 juillet 2011 07 h 11
    Alternatives au projet du gouvernement
    Elles existent ! ''Avec l'urbaniste Pierre Brisset, (Pierre Zovilé) a décortiqué les rapports du ministère des Transport du Québec pour les analyser, les critiquer et en proposer une version alternative qui, en plus de sauver le 780, réorganiserait l'échangeur Turcot autour des transports en commun et d'une ambitieuse structure suspendue.
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  • Pierre Samuel - Inscrit
    18 juillet 2011 08 h 06
    Phénomène de civilisation
    Non seulement «l'ensemble de la conception de l'espace repose sur les voitures», mai nos civilisations entières...

    Où se trouve l'intérêt de confiner les gens dans des endroits de plus en plus exigus: blocs d'appartements, résidences, condos à «prix modiques», n'ayant fréquemment aucun rapport avec la qualité de vie de leurs résidants, mais bien plutôt avec le profit que les promoteurs et municipalités peuvent en soutirer...
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    18 juillet 2011 08 h 14
    Le principe de la boucle de rétroaction. En passant, merci au journal Le Devoir.
    J'ai écouté cette vidéo de Pierre Zovilé qui parle, entre autres, du principe de la boucle de rétroaction. Il parle aussi d'un autre concept intéressant, c'est celui des approches alternatives. J'ai la malheureuse impression que nos décideurs ne tiennent pas vraiment compte de ce genre d'approche. Non, nos décideurs ont le réflexe le plus souvent de faire du copie/coller. Ils semblent surtout payés pour être productifs, non pour une approche intelligente des choses.

    Maintenant, je reviens au principe de la boucle de rétroaction de M. Zovilé. Nos décideurs ne se rendent pas compte que leurs actions sont regardées à la loupe à partir, inconsciemment, de cette même boucle de rétroaction qui fait que, de plus en plus, la population en a marre de leur manière de faire dans beaucoup de choses. Après cela, nos décideurs se demandent qu'est-ce que la population a contre eux à de moins en moins vouloir embarquer avec eux.

    Nos décideurs appliquent des principes réducteurs comme une machine ou un ordinateur qui fonctionne selon sa programmation. Il y a des différences entre un ordinateur qui applique des principes et un être humain désirant être utile pour de vrai et qui utilise son intelligence à bon escient.
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  • bourgeoisgentilhomme - Inscrit
    18 juillet 2011 08 h 23
    Il
    faut que ce soit un immigrant qui nous dise cela.
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  • Andre Vallee - Abonné
    18 juillet 2011 08 h 38
    Les ennemis de la Nation
    La religion et la nationalité des grandes entreprises se réfèrent aux principaux actionnaires. Ceux-ci sont en position d'influence auprès des politiciens. ET c'est auprès de John James et de Harper qu'ils ont le plus de succès chez nous.
    En France, c'est auprès de Sarkozy. Aux USA, c'était auprès de Bush.
    Et le mot évolution sert à couvrir le mot soumission.
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  • sco100 - Abonné
    18 juillet 2011 19 h 58
    Comme disait Monsieur Spock...
    "The needs of the many outweigh the needs of the few"

    Je comprends sans peine la joie du privilégié qui vit dans un environnement exceptionnnel, mais toute bonne chose a une fin. Une ville est fondamentalement organique et elle doit pouvoir changer.
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