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Jusqu'au 3 août à Montréal - Divers/Cité, un festival sans complexes

Événement phare du festival Divers/Cité, le défilé de la fierté gaie rassemble plus que la communauté homosexuelle.
Photo : Patrick Sanfaçon
Événement phare du festival Divers/Cité, le défilé de la fierté gaie rassemble plus que la communauté homosexuelle.
Festival de jazz, Juste pour rire, Francofolies aujourd'hui... les festivités se suivent et ne se ressemblent pas. Mais s'il y en a une qui n'est égale à aucune autre, c'est bien Divers/Cité, le festival de la fierté gaie, lesbienne, bisexuelle, transsexuelle et travestie de Montréal, qui commence aujourd'hui et s'achèvera dimanche 3 août.

Suzanne Girard est aujourd'hui directrice générale de l'événement, après avoir participé à sa création en 1993. À 53 ans, et après 33 ans de «pratique» comme elle le dit elle-même, elle a vécu toutes les luttes pour la reconnaissance des gays. C'est dire si, aujourd'hui, elle est fière que son festival soit finalement devenu une «institution» de Montréal. «Nous faisons partie de la deuxième génération de gay prides dans le monde, après le mouvement lancé par San Francisco il y a 33 ans. On a donc grandi plus vite, plus facilement. Au début, il n'y avait pourtant qu'un parc comme unique site, et la manifestation ne durait qu'un week-end», explique-t-elle. Avant d'ajouter: «Aujourd'hui, je pense qu'on a atteint un plateau.»

À chaque édition, l'affluence au festival bat en effet des records: un million de personnes étaient ainsi venues participer à la fête l'an dernier. Parmi elles, des gays anglophones et américains, attirés par la réputation d'ouverture de Montréal. Mais aussi les habitants de la ville, qu'ils soient homosexuels ou non.

Le défilé

Événement phare du festival, le défilé de la fierté gaie qui aura lieu dimanche, rassemble plus que la communauté: «On célèbre aussi la diversité. Rien de plus différent qu'une lesbienne et un gay. On vient de partout dans le monde, sans appartenance ethnique. C'est une communauté qui transcende la plupart des clivages, et qui rassemble autour de la fiesta», souligne Suzanne Girard. D'ailleurs la directrice promet cette année une présentation des chars plus «artistique».

Néanmoins, le défilé garde aussi sa signification politique: «Il s'agit de montrer notre fierté d'avoir survécu à plusieurs siècles d'homophobie. Pour beaucoup de gens, c'est le symbole de la libération du contrôle des moeurs et de la morale, des pouvoirs religieux. Mais je ne peux toujours pas parler de ma vie comme les hétéros, de mes vacances à ma boulangère, que sais-je encore. C'est aussi pour ça qu'on sort dans la rue. C'est dur. T'as pas confiance aussi, parce que ça existe toujours», rappelle-t-elle. L'édition de cette année continuera donc d'être marquée par les combats de la communauté. «L'an dernier, les unions avaient la vedette. Cette année, de nouveaux mariés viendront de Toronto.»

Des polémiques

Un activisme qui dérange toujours malgré tout, à en juger par les polémiques que suscite le défilé, année après année. Pour les détracteurs de la manifestation, les gays en feraient trop. C'est ce qui ressort notamment de la controverse sur la publication de la liste des invités à la fierté gaie, qui est apparue comme un moyen de stigmatiser les absents du défilé. Laurent McCutcheon, porte-parole de Gai écoute, qui se charge chaque année des invitations, se défend d'une telle intention: «On veut savoir où est le problème. Il me semble que cela relève de l'information publique. En publiant la liste, nous ne répondons qu'à un besoin des médias. Cette année, on a invité 200 personnalités. C'est la période de l'été. Chacun a son agenda et certains n'ont pas envie de venir. Malgré tout, on respecte cela.»

Pour prouver sa bonne foi, Gai écoute a donc décidé cette année de céder et ne publiera que la liste des personnes présentes et non pas la liste des personnes invitées comme l'an dernier: «Comme cela nous ne blesserons personne. Pour nous, ce qui compte, c'est que des personnalités homosexuelles n'aient pas peur de se montrer et montrent l'exemple. Pour les autres, c'est un soutien et un message à l'opinion publique.»

Un avis que partage d'ailleurs Suzanne Girard, elle qui ne supporte plus les réactions offusquées au défilé de la fierté gaie. «Est-ce que les gens s'acharnent autant pour les autres? Est-ce qu'il y a eu un débat moral? Non, c'est parce qu'on est gays et lesbiennes. Ils veulent toujours nous contrôler.» Une attitude qui explique selon elle, le comportement provocant d'une partie de la communauté: «Certains sont obligés d'aller aux extrémités, comme les ados pour revenir au centre. C'est une question d'affirmation.» Les opposants eux, assimilent pourtant le défilé à une fête sexuelle outrancière. À cette évocation, le sang de Suzanne Girard ne fait qu'un tour: «Et la Saint-Patrick, vous ne trouvez pas ça dégoûtant ces gens qui boivent comme des trous?» Fervente admiratrice d'un carnaval de Rio, encore plus débridé, elle analyse plutôt les critiques comme étant celles de puritains nord-américains. Pour elle, le problème vient surtout de l'exagération des médias et de l'hypocrisie de la société en général: «On se focalise sur les drag queens; l'an dernier il n'y en avait que 30. Ce qui se passe, c'est qu'il n'y a personne qui va photographier les gens normaux. En même temps, on critique, mais c'est aussi pour ça qu'on nous remarque. La norme, c'est plate.»

Et les gays qui ne se reconnaissent pas? «On n'a jamais professé représenter tout le monde. Mais je remarque que ce sont des gens assez âgés, qui trouvent normal de se cacher, après de nombreuses années passées à dissimuler leur homosexualité.»

Le festival

Toutefois on aurait tort de résumer Divers/Cité à son défilé de la fierté gaie. La manifestation tire en effet son originalité du fait que son festival complète le défilé tout en s'adressant au grand public.

Aujourd'hui, jour d'ouverture, la désormais célèbre Mado, figure de la communauté gaie, sera de retour au casino pour faire partager son humour, et, le même soir, les cinéphiles auront droit à un film en plein air avec Jessica Lange, métro Berri. Les amateurs de spectacles lyriques pourront aussi se tourner vers Boulevard des rêves, demain, tandis que Flexx présentera mercredi de la danse contemporaine montréalaise et underground, avec des créations spécifiques pour Divers/Cité.

Rythmes traditionnels et électro agrémenteront ensuite la soirée latino du jeudi. Un échauffement avant les six heures de musique live en continu du vendredi.

Après la journée communautaire de «parlotte à la québécoise», où gays et non gays pourront demander conseil, samedi, la soirée se poursuivra après 17h avec un Tea Dance, et Mascara, l'inévitable spectacle de «drag queens».

N'en déplaise à ses détracteurs, selon une étude menée par Crop, Divers/Cité avait occasionné 40 millions de dollars de retombées financières pour le tourisme de la ville en 2000. À tel point qu'un organisme comme Développement économique Canada finance cette année le festival à hauteur de 160 000 $. «Dans le milieu, les gens dépensent. Notre sport national c'est le shopping, explique Suzanne Girard. Sans oublier, malheureusement, qu'on mène souvent une vie en couple sans enfants à charge.»

En mal de reconnaissance politique et sociale, les gays peuvent donc au moins compter sur celle de leur poids économique.
 
 
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  • Keiff Nault - Inscrit
    1 août 2003 14 h 31
    parade de la fierté gay 2003
    Je suis totalement en accord avec Mme Suzanne Girard quand elle affirme que les médias ne montrent que l'extravagance de la parade. Ce n'est qu'un pourcentage de la communauté gay et lesbienne qui aime s'extravertir de cette sorte, et ce phénomène n'est pas universel au sein de cette communauté. Personnellement, je souhaite qu'elle dure encore bien des années, cette parade.
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