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Mini-sommet de l'OMC à Montréal - Un dernier sprint avant Cancún

Le mini-sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui s'ouvre aujourd'hui à Montréal n'a qu'un seul but: «faire progresser les dossiers», en vue de la grande rencontre de tous les pays membres de l'OMC à Cancún, début septembre. Si l'on en croit le ministre du Commerce international du Canada, Pierre Pettigrew, les choses devraient se dérouler rondement au cours des trois prochains jours. «Je vais m'assurer que les ministres laisseront de côté les discours officiels et les textes préparés d'avance», affirme-t-il.

Il faudra en effet que les représentants des 26 pays qui sont au rendez-vous cette semaine abattent beaucoup de travail pour que la réunion de Cancún, qui marque le milieu des négociations du Cycle de Doha, soit un succès. Les points litigieux sont nombreux.

D'abord, l'agriculture

L'agriculture arrive en tête de liste, avec trois sujets de discussion particulièrement épineux. Le premier, véritable bête noire des pays pauvres, concerne les subventions accordées par les pays riches à leurs agriculteurs. L'Europe, par l'entremise de la Politique agricole commune (PAC), leur verse 43 milliards d'euros par année. Les États-Unis, avec le récent Farm Bill de l'administration Bush, leur donnent 19 milliards par année. Cette véritable guerre financière que se livrent Européens et Américains atteint non seulement le Canada, qui n'a pas les moyens de suivre, mais surtout les pays pauvres.

Pierre Pettigrew ne peut qu'être d'accord. «Ces subventions n'ont pas lieu d'être, dit-il. Je vous donne un exemple: tous les producteurs de coton américains reçoivent 160 000 $US d'aide chaque année. Le prix mondial du coton ne les dérange pas du tout, ils ont toujours leur argent. Ils produisent donc énormément, ce qui fait chuter les prix. Le cultivateur au Mali qui ne reçoit rien, parce que son pays n'a pas ces sommes, est obligé de vendre son coton à un prix ridicule et ne gagne même pas assez d'argent pour nourrir sa famille.»

Éliminer l'aide directe est donc la première étape, mais celle-ci suscite beaucoup de réticences. Le 26 juin dernier, les Européens ont revu leur PAC à la baisse en faisant quelques concessions sur la manière d'octroyer les subventions et en abaissant le prix plancher de certains produits. C'est encore trop peu, selon Serge Lebeau, conseiller principal en commerce international à l'Union des producteurs agricoles. «Les échos que j'ai eus, c'est que ce ne serait pas encore suffisant», soutient-il.

Même son de cloche de la part de Sophie Dufour, spécialiste en droit commercial international au cabinet d'avocats Lapointe & Rosenstein. «Oui, l'Europe a bougé sur l'agriculture, ce qu'elle n'avait jamais fait, dit-elle. C'est un pas dans la bonne direction. Mais ils ont aussi dit qu'ils n'iraient pas plus loin. Or, il y a moins de subventions, mais il en reste beaucoup. Je ne suis pas sûre que ça va donner quelque chose concrètement, surtout que les Américains n'ont toujours pas dit s'ils feraient quelque chose.»

Mais pour Pierre Pettigrew, le signal des Européens tombe à point. «La marge de négociation existe maintenant, souligne-t-il. Est-ce que ça va se traduire en flexibilité à l'OMC? On va voir.»

Accès aux marchés

L'autre pomme de discorde concerne l'accès aux marchés occidentaux pour les pays en voie de développement. Le rapport de l'OMC qui sert de base aux négociations recommande de réduire les tarifs douaniers de 60 % pour les pays riches et de 10 % pour les pays du Sud. «L'équilibre sur certains produits est très fragile, soutient Serge Lebeau. Avec la force de notre dollar et la faiblesse des prix internationaux, des produits comme le beurre pourraient entrer au Canada sans problème si la réduction était appliquée.»

Chaque membre de l'OMC veut donc protéger certains secteurs plus sensibles. Au Canada, le lait, le poulet, le dindon, les oeufs d'incubation et les oeufs de consommation font notamment partie de cette liste.

L'Union européenne voudrait quant à elle que les produits d'appellation contrôlées soient inclus dans les négociations. Champagne, Dijon, prosciutto, vodka polonaise et autres aliments associés à une région ne seraient pas soumis aux mêmes normes. «Ça serait plus facile de convaincre les agriculteurs européens de renoncer à une partie des subventions s'ils étaient davantage protégés, affirme Sophie Dufour. C'est un gros point d'achoppement, parce que les autres pays ne veulent pas inclure ça dans les négociations sur l'agriculture.»

Si les pourparlers sur l'agriculture semblent représenter la clé de voûte du Cycle de Doha, il n'en reste pas moins qu'une panoplie de sujets seront abordés à Montréal. Entre autres, l'accessibilité aux médicaments génériques pour les pays pauvres; permettre aux pays en développement de s'adapter aux règles de l'OMC à un rythme approprié à leurs besoins; clarifier les règles régissant les droits antidumping, les subventions et les droits compensateurs; et débattre du processus de vote lors des grandes rencontres des 146 pays membres.
 
 
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