Postes Canada - Les leçons à retenir
Au royaume des conservateurs majoritaires, les travailleurs ne feront pas la loi. Ceux qui en doutaient n'ont, pour s'en convaincre, qu'à se délecter des 58 heures de débats marathon ayant précédé l'adoption à Ottawa de la loi C-6, qui force la reprise et le maintien des services postaux.
Cette loi C-6 lègue quelques précieuses leçons, dont certaines très sévères. Elle aura d'abord permis d'étrenner un Parlement tout neuf pour y découvrir la mise à l'essai de l'opposition néodémocrate, farouchement opposée à cette loi spéciale. Elle nous rappelle en outre que ce gouvernement majoritaire, qu'on n'associe guère à un prompt défenseur des droits, est tout à fait disposé à confectionner ses propres règles s'il se sent incommodé par quelque «caprice» de travailleurs — il a menacé de recourir à la loi spéciale pour réprimer les employés d'Air Canada et il n'a pas mis longtemps à décréter le retour au travail pour Postes Canada.
«Je suis en deuil de mes droits», pouvait-on lire sur une pancarte brandie lundi à Montréal par une employée de Postes Canada. Les travailleurs sont abasourdis par la séquence qui s'est jouée sous leurs yeux: après sept mois de négociations infructueuses, des grèves rotatives ont conduit à un lockout; puis, soudainement, le gouvernement a imposé un décret plus dur encore que la dernière offre patronale! Il a beau jeu: la loi C-6 lui permet de choisir l'arbitre qui devra opter pour l'offre définitive du patron ou celle du syndicat. Le gouvernement a dicté sa voie et imprimé sa marque; la fonction publique fédérale devrait y décoder un message clair pour la suite des choses. Ce n'est pas de bon augure.
Devant ce conflit de travail, la population souffre un double ennui: les boîtes aux lettres sont demeurées un moment vides, ce qui n'est pas sans conséquence. Et même si elle s'indigne de la «manière Harper», elle peine à plaindre le sort de travailleurs privilégiés, aux régimes de retraite faramineux — un déficit actuariel de 3,2 milliards pour celui de Postes Canada pressurise l'entreprise. Autres temps, autres moeurs...
Cette fois-ci, c'est un tandem employeur-gouvernement qui a chargé les travailleurs. Mais on a en mémoire fraîche d'autres parties de bras de fer au bout desquelles les syndiqués se sont retrouvés le bec à l'eau — Quebecor et Le Journal de Montréal en sont l'illustre symbole. Les rapports de force employés-employeurs sont en pleine mutation dans un marché qui l'est tout autant. Les conditions de travail dans les sociétés d'État s'apparentent de plus en plus à des privilèges. Hormis peut-être les médecins et les professeurs d'université, dont les acquis semblent intouchables, où sont ceux qui peuvent se féliciter d'un enviable pouvoir de négociation?
Les employés de Postes Canada doivent maintenant s'en remettre au bon jugement d'un arbitre. Tous auront compris dans l'attente qu'ils ont de toute manière perdu, et bien plus qu'un pécule ou une semaine de vacances: ils semblent privés désormais du droit à la négociation.
***
machouinard@ledevoir.com
Cette loi C-6 lègue quelques précieuses leçons, dont certaines très sévères. Elle aura d'abord permis d'étrenner un Parlement tout neuf pour y découvrir la mise à l'essai de l'opposition néodémocrate, farouchement opposée à cette loi spéciale. Elle nous rappelle en outre que ce gouvernement majoritaire, qu'on n'associe guère à un prompt défenseur des droits, est tout à fait disposé à confectionner ses propres règles s'il se sent incommodé par quelque «caprice» de travailleurs — il a menacé de recourir à la loi spéciale pour réprimer les employés d'Air Canada et il n'a pas mis longtemps à décréter le retour au travail pour Postes Canada.
«Je suis en deuil de mes droits», pouvait-on lire sur une pancarte brandie lundi à Montréal par une employée de Postes Canada. Les travailleurs sont abasourdis par la séquence qui s'est jouée sous leurs yeux: après sept mois de négociations infructueuses, des grèves rotatives ont conduit à un lockout; puis, soudainement, le gouvernement a imposé un décret plus dur encore que la dernière offre patronale! Il a beau jeu: la loi C-6 lui permet de choisir l'arbitre qui devra opter pour l'offre définitive du patron ou celle du syndicat. Le gouvernement a dicté sa voie et imprimé sa marque; la fonction publique fédérale devrait y décoder un message clair pour la suite des choses. Ce n'est pas de bon augure.
Devant ce conflit de travail, la population souffre un double ennui: les boîtes aux lettres sont demeurées un moment vides, ce qui n'est pas sans conséquence. Et même si elle s'indigne de la «manière Harper», elle peine à plaindre le sort de travailleurs privilégiés, aux régimes de retraite faramineux — un déficit actuariel de 3,2 milliards pour celui de Postes Canada pressurise l'entreprise. Autres temps, autres moeurs...
Cette fois-ci, c'est un tandem employeur-gouvernement qui a chargé les travailleurs. Mais on a en mémoire fraîche d'autres parties de bras de fer au bout desquelles les syndiqués se sont retrouvés le bec à l'eau — Quebecor et Le Journal de Montréal en sont l'illustre symbole. Les rapports de force employés-employeurs sont en pleine mutation dans un marché qui l'est tout autant. Les conditions de travail dans les sociétés d'État s'apparentent de plus en plus à des privilèges. Hormis peut-être les médecins et les professeurs d'université, dont les acquis semblent intouchables, où sont ceux qui peuvent se féliciter d'un enviable pouvoir de négociation?
Les employés de Postes Canada doivent maintenant s'en remettre au bon jugement d'un arbitre. Tous auront compris dans l'attente qu'ils ont de toute manière perdu, et bien plus qu'un pécule ou une semaine de vacances: ils semblent privés désormais du droit à la négociation.
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machouinard@ledevoir.com









