Fusillade meurtrière à Montréal - Au-delà de la tragédie
Bernard St-Jacques et Pierre Gaudreau, respectivement organisateur communautaire et coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
11 juin 2011
Actualités en société
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Plusieurs s’interrogent sur la pertinence de voir la police enquêter sur la police.
Quelques heures encore après le drame dans lequel une intervention policière a entraîné la mort de Mario Hamel et de Patrick Limoges, bien malin celui qui oserait des conclusions trop hâtives. Vraisemblablement, une ou des erreurs ont été commises. On se demande ce qui a entraîné une telle précipitation dans l'intervention. On en vient même à se demander: pourquoi ne pas avoir tiré dans les jambes? Ces constats et questions montrent bien la consternation qu'a entraînée la tragédie.
Maintenant que quelques heures ont passé, abordons ici quelques-uns des questionnements qui devront nous guider pour tirer des leçons de ce drame.
Le policier comme intervenant
Le patrouilleur peut-il jouer un rôle de première ligne avec les personnes en situation d'itinérance dans un endroit comme le centre-ville de Montréal? L'événement récent vient poser ici les limites de la formation spécifique des policiers en matière de santé mentale et des programmes réalisés en partenariat avec le milieu de la santé et des services sociaux.
L'État finance des interventions en santé publique et en sécurité publique, et trop souvent l'une vient court-circuiter l'efficacité de l'autre. Un bon exemple de cet écart, qui se rapporte à la fusillade elle-même, concerne le temps disponible pour l'intervention: en sécurité publique, l'intervention se fait dans l'urgence; envers les phénomènes sociaux, elle doit plutôt s'étaler dans le temps.
Le profilage social
En novembre 2009, la Commission des droits de la personne publiait un excellent rapport dans lequel elle affirmait que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Ville de Montréal s'adonnent à des pratiques de profilage social à l'endroit des personnes vulnérables. On accorderait une attention particulière à la condition sociale de la personne, ciblant davantage les signes de pauvreté, le «look» et un relâchement au chapitre de l'habillement de l'individu que son comportement potentiellement criminel.
Les résultats du profilage sont dévastateurs, allant de l'intimidation au harcèlement en passant par l'entrée dans un système judiciaire de personnes qui n'auraient, pour la plupart, jamais dû y entrer. Si l'intervention policière désastreuse de mardi va, en apparence, bien au-delà du simple préjugé policier à l'endroit d'une personne itinérante, il n'en demeure pas moins qu'elle s'inscrit dans un contexte où les policiers sont encore fortement critiqués pour leur façon de faire auprès des plus vulnérables.
Le 22 juin prochain, nous publierons un portrait de la situation dans l'espace public à partir des perceptions d'intervenants du milieu et dans lequel 60 % des répondants affirment que les rapports qu'entretiennent les personnes itinérantes avec les autres acteurs (notamment la police) ne se sont pas vraiment améliorés depuis cinq ans.
La police qui police la police
Le corps des victimes n'était pas encore froid qu'on remettait en question l'issue de l'enquête policière que mène la Sûreté du Québec sur cette tragédie. Plusieurs s'interrogent sur la pertinence de voir la police enquêter sur la police en cas de mort d'homme ou de blessures graves, notamment la Ligue des droits et libertés, la Protectrice du citoyen et le RAPSIM.
En parallèle, dans son rapport faisant suite à une consultation tenue sur le profilage racial, la Commission des droits de la personne a insisté récemment sur la nécessité d'une véritable réforme du système de déontologie policière. Derrière toutes ces suggestions, de même que les revendications mises en avant lors d'une manifestation spontanée qui s'est tenue mercredi soir, c'est la question de l'impunité policière qui est soulevée.
Un événement comme celui de mardi ne peut que contribuer à accentuer cette réelle crise de confiance et il appert qu'on continue de douter de la transparence et de l'efficacité des recours offerts au citoyen. C'est d'autant plus vrai pour la personne vulnérable qui, en plus, doit craindre les représailles des collègues du policier faisant l'objet de la plainte lorsqu'elle les croisera dans l'espace public.
Des réponses aux causes profondes?
Nous sommes encore bien loin des mesures d'envergure nécessaires, comme l'offre suffisante de logements sociaux, l'augmentation du revenu minimal pour vivre et la mise en place d'une politique globale en itinérance. Ces demandes peuvent sembler imposantes, mais leur mise en place aurait pu contribuer à atténuer le risque d'une telle tragédie tout en diminuant son coût pour la société.
***
Bernard St-Jacques et Pierre Gaudreau, respectivement organisateur communautaire et coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
Maintenant que quelques heures ont passé, abordons ici quelques-uns des questionnements qui devront nous guider pour tirer des leçons de ce drame.
Le policier comme intervenant
Le patrouilleur peut-il jouer un rôle de première ligne avec les personnes en situation d'itinérance dans un endroit comme le centre-ville de Montréal? L'événement récent vient poser ici les limites de la formation spécifique des policiers en matière de santé mentale et des programmes réalisés en partenariat avec le milieu de la santé et des services sociaux.
L'État finance des interventions en santé publique et en sécurité publique, et trop souvent l'une vient court-circuiter l'efficacité de l'autre. Un bon exemple de cet écart, qui se rapporte à la fusillade elle-même, concerne le temps disponible pour l'intervention: en sécurité publique, l'intervention se fait dans l'urgence; envers les phénomènes sociaux, elle doit plutôt s'étaler dans le temps.
Le profilage social
En novembre 2009, la Commission des droits de la personne publiait un excellent rapport dans lequel elle affirmait que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et la Ville de Montréal s'adonnent à des pratiques de profilage social à l'endroit des personnes vulnérables. On accorderait une attention particulière à la condition sociale de la personne, ciblant davantage les signes de pauvreté, le «look» et un relâchement au chapitre de l'habillement de l'individu que son comportement potentiellement criminel.
Les résultats du profilage sont dévastateurs, allant de l'intimidation au harcèlement en passant par l'entrée dans un système judiciaire de personnes qui n'auraient, pour la plupart, jamais dû y entrer. Si l'intervention policière désastreuse de mardi va, en apparence, bien au-delà du simple préjugé policier à l'endroit d'une personne itinérante, il n'en demeure pas moins qu'elle s'inscrit dans un contexte où les policiers sont encore fortement critiqués pour leur façon de faire auprès des plus vulnérables.
Le 22 juin prochain, nous publierons un portrait de la situation dans l'espace public à partir des perceptions d'intervenants du milieu et dans lequel 60 % des répondants affirment que les rapports qu'entretiennent les personnes itinérantes avec les autres acteurs (notamment la police) ne se sont pas vraiment améliorés depuis cinq ans.
La police qui police la police
Le corps des victimes n'était pas encore froid qu'on remettait en question l'issue de l'enquête policière que mène la Sûreté du Québec sur cette tragédie. Plusieurs s'interrogent sur la pertinence de voir la police enquêter sur la police en cas de mort d'homme ou de blessures graves, notamment la Ligue des droits et libertés, la Protectrice du citoyen et le RAPSIM.
En parallèle, dans son rapport faisant suite à une consultation tenue sur le profilage racial, la Commission des droits de la personne a insisté récemment sur la nécessité d'une véritable réforme du système de déontologie policière. Derrière toutes ces suggestions, de même que les revendications mises en avant lors d'une manifestation spontanée qui s'est tenue mercredi soir, c'est la question de l'impunité policière qui est soulevée.
Un événement comme celui de mardi ne peut que contribuer à accentuer cette réelle crise de confiance et il appert qu'on continue de douter de la transparence et de l'efficacité des recours offerts au citoyen. C'est d'autant plus vrai pour la personne vulnérable qui, en plus, doit craindre les représailles des collègues du policier faisant l'objet de la plainte lorsqu'elle les croisera dans l'espace public.
Des réponses aux causes profondes?
Nous sommes encore bien loin des mesures d'envergure nécessaires, comme l'offre suffisante de logements sociaux, l'augmentation du revenu minimal pour vivre et la mise en place d'une politique globale en itinérance. Ces demandes peuvent sembler imposantes, mais leur mise en place aurait pu contribuer à atténuer le risque d'une telle tragédie tout en diminuant son coût pour la société.
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Bernard St-Jacques et Pierre Gaudreau, respectivement organisateur communautaire et coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM)
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