Retraite et surendettement - Consommation et surconsommation font ravage
«Je suis inquiet pour les préretraités qui se servent de leur marge hypothécaire pour vivre au quotidien»
Lors du prochain congrès de la CSN, les participants seront invités à débattre de plusieurs questions sociales: emploi atypique, filet de sécurité sociale, système d'éducation public, décrochage scolaire. Un autre thème, tout aussi préoccupant, y sera abordé, soit celui du surendettement des ménages et des retraités. Entretien à ce sujet avec Louis Roy, vice-président de la centrale.
Les Québécois vivent dans une pauvreté relative, cachée sous l'apparence du confort et d'un niveau de vie enviable, estime M. Roy. «L'hébergement chez les retraités, par exemple, est devenu problématique. Ils ont beau bénéficier des programmes du Régime de pensions du Canada et de la Régie des rentes du Québec, il leur est difficile de payer 1000 $, 1300 $ par mois, comme il est souvent demandé pour les logements privés.»
La dette médiane des retraités âgés de 55 ans ou plus en 2009, selon une récente étude de Statistique Canada, s'établissait à 19 000 $. Les chiffres révèlent également que 26 % de tous ces retraités devaient une somme de 25 000 $ à 99 999 $ et que 34 % avaient une dette hypothécaire ou de consommation.
«Je suis encore plus inquiet pour les préretraités, qui, eux, ont souvent une deuxième maison, une deuxième voiture ou encore qui se servent de leur marge hypothécaire pour vivre au quotidien. Ils vivent clairement au-dessus de leurs moyens et ne pourront maintenir leur rythme de vie très longtemps. Collectivement, on risque fort d'avoir à soutenir ces gens-là», se désole M. Roy. Les chiffres semblent lui donner raison, alors que les deux tiers des préretraités âgés de 55 ans ou plus avaient, toujours en 2009, un endettement moyen de 40 000 $, soit le double de celui des gens ayant quitté le marché du travail.
À chacun son rôle
Parmi les propositions visant à favoriser l'épargne et à faire bénéficier les citoyens d'une meilleure retraite, celles qui prônent en premier lieu une augmentation de l'épargne individuelle font fausse route, indique Louis Roy. «L'État et les entreprises doivent également faire leur part. Depuis 10 ans, ces dernières se sont beaucoup déresponsabilisées et ce sont les travailleurs qui écopent aujourd'hui.»
La proposition de Claude Castonguay, qui suggère la création d'une épargne obligatoire pour tous les travailleurs de 35 ans ou plus qui n'ont pas de régime de retraite d'un employeur, ne lui semble donc pas appropriée. Pas plus que la mise sur pied des Régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER) annoncée dans le dernier budget Bachand. «Nous, ce que nous suggérons, c'est un programme triple, une sorte de New Deal, explique M. Roy. Oui, la contribution personnelle peut être augmentée, mais elle doit se faire avec la participation accrue des employeurs et un renforcement du volet collectif. On demande au gouvernement de bouger et de créer un comité de réflexion sur le sujet, car, depuis trop longtemps, tout le monde tire la couverture de son côté. Le statu quo n'est plus possible.»
Une classe moyenne prise à la gorge
De leur côté, les ménages de la classe moyenne ne jouissent généralement pas plus d'une marge de manoeuvre acceptable, ajoute le syndicaliste. «Quand on perd sa maison parce que le taux d'intérêt augmente de 1 %, c'est un signe que ça ne va pas. Les gens aujourd'hui se retrouvent rapidement pris dans une spirale, dans un monde qui prône la consommation, pour ne pas dire la surconsommation.» La capacité de faire face à l'imprévu et de réduire les conséquences désastreuses que peuvent avoir de telles fluctuations sur un budget serait bien difficile à développer dans le système actuel, où l'accès au crédit devient de plus en plus facile.
Ainsi, le taux d'endettement a beaucoup grimpé dans les dernières années, alors que le taux d'épargne a considérablement diminué, selon une étude de l'Institut Vanier ayant été dévoilée en février dernier. En 1990, les ménages canadiens épargnaient 13 % de leurs revenus, soit 8000 $ par année, alors que l'an dernier ce taux a chuté à 4,2 %, pour représenter une somme de 2500 $.
La situation des jeunes
Alors qu'il se dit soucieux du sort des préretraités et de la classe moyenne, M. Roy croit en la jeunesse et en sa volonté de changer le système actuel. Il voit dans la société québécoise une nouvelle génération qui rejette nombre de codes et des valeurs propres à leurs parents.
Les jeunes auraient d'autres préoccupations et seraient porteurs d'une nouvelle vision du monde. «Ils sont plus instruits que ne l'ont été les générations précédentes, ont une conscience écologique plus élevée et aspirent à un meilleur partage des ressources. On les dit individualistes, soit, mais ils ne sont pas égoïstes. Depuis cinq ou six ans, leur engagement s'est accru. Ce sont eux qui vont bâtir une société plus juste. Ce qu'il leur reste à faire, et c'est déjà commencé dans certains partis, c'est de se doter de plus de représentants.»
***
Collaboratrice du Devoir
Les Québécois vivent dans une pauvreté relative, cachée sous l'apparence du confort et d'un niveau de vie enviable, estime M. Roy. «L'hébergement chez les retraités, par exemple, est devenu problématique. Ils ont beau bénéficier des programmes du Régime de pensions du Canada et de la Régie des rentes du Québec, il leur est difficile de payer 1000 $, 1300 $ par mois, comme il est souvent demandé pour les logements privés.»
La dette médiane des retraités âgés de 55 ans ou plus en 2009, selon une récente étude de Statistique Canada, s'établissait à 19 000 $. Les chiffres révèlent également que 26 % de tous ces retraités devaient une somme de 25 000 $ à 99 999 $ et que 34 % avaient une dette hypothécaire ou de consommation.
«Je suis encore plus inquiet pour les préretraités, qui, eux, ont souvent une deuxième maison, une deuxième voiture ou encore qui se servent de leur marge hypothécaire pour vivre au quotidien. Ils vivent clairement au-dessus de leurs moyens et ne pourront maintenir leur rythme de vie très longtemps. Collectivement, on risque fort d'avoir à soutenir ces gens-là», se désole M. Roy. Les chiffres semblent lui donner raison, alors que les deux tiers des préretraités âgés de 55 ans ou plus avaient, toujours en 2009, un endettement moyen de 40 000 $, soit le double de celui des gens ayant quitté le marché du travail.
À chacun son rôle
Parmi les propositions visant à favoriser l'épargne et à faire bénéficier les citoyens d'une meilleure retraite, celles qui prônent en premier lieu une augmentation de l'épargne individuelle font fausse route, indique Louis Roy. «L'État et les entreprises doivent également faire leur part. Depuis 10 ans, ces dernières se sont beaucoup déresponsabilisées et ce sont les travailleurs qui écopent aujourd'hui.»
La proposition de Claude Castonguay, qui suggère la création d'une épargne obligatoire pour tous les travailleurs de 35 ans ou plus qui n'ont pas de régime de retraite d'un employeur, ne lui semble donc pas appropriée. Pas plus que la mise sur pied des Régimes volontaires d'épargne-retraite (RVER) annoncée dans le dernier budget Bachand. «Nous, ce que nous suggérons, c'est un programme triple, une sorte de New Deal, explique M. Roy. Oui, la contribution personnelle peut être augmentée, mais elle doit se faire avec la participation accrue des employeurs et un renforcement du volet collectif. On demande au gouvernement de bouger et de créer un comité de réflexion sur le sujet, car, depuis trop longtemps, tout le monde tire la couverture de son côté. Le statu quo n'est plus possible.»
Une classe moyenne prise à la gorge
De leur côté, les ménages de la classe moyenne ne jouissent généralement pas plus d'une marge de manoeuvre acceptable, ajoute le syndicaliste. «Quand on perd sa maison parce que le taux d'intérêt augmente de 1 %, c'est un signe que ça ne va pas. Les gens aujourd'hui se retrouvent rapidement pris dans une spirale, dans un monde qui prône la consommation, pour ne pas dire la surconsommation.» La capacité de faire face à l'imprévu et de réduire les conséquences désastreuses que peuvent avoir de telles fluctuations sur un budget serait bien difficile à développer dans le système actuel, où l'accès au crédit devient de plus en plus facile.
Ainsi, le taux d'endettement a beaucoup grimpé dans les dernières années, alors que le taux d'épargne a considérablement diminué, selon une étude de l'Institut Vanier ayant été dévoilée en février dernier. En 1990, les ménages canadiens épargnaient 13 % de leurs revenus, soit 8000 $ par année, alors que l'an dernier ce taux a chuté à 4,2 %, pour représenter une somme de 2500 $.
La situation des jeunes
Alors qu'il se dit soucieux du sort des préretraités et de la classe moyenne, M. Roy croit en la jeunesse et en sa volonté de changer le système actuel. Il voit dans la société québécoise une nouvelle génération qui rejette nombre de codes et des valeurs propres à leurs parents.
Les jeunes auraient d'autres préoccupations et seraient porteurs d'une nouvelle vision du monde. «Ils sont plus instruits que ne l'ont été les générations précédentes, ont une conscience écologique plus élevée et aspirent à un meilleur partage des ressources. On les dit individualistes, soit, mais ils ne sont pas égoïstes. Depuis cinq ou six ans, leur engagement s'est accru. Ce sont eux qui vont bâtir une société plus juste. Ce qu'il leur reste à faire, et c'est déjà commencé dans certains partis, c'est de se doter de plus de représentants.»
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Collaboratrice du Devoir








