Une longue et fructueuse carrière - «Les jeunes ne doivent pas craindre de revendiquer»
Lise Poulin, Roger Valois et Claudette Carbonneau feront leurs adieux au prochain congrèsAprès une longue et fructueuse carrière au sein du mouvement syndical, trois piliers de la CSN, membres du comité exécutif, tirent leur révérence. Entretiens avec Lise Poulin, Roger Valois et Claudette Carbonneau, qui quitteront leur poste respectif de secrétaire générale, deuxième vice-président et présidente.
C'est en tant que jeune adolescente que Lise Poulin fait connaissance avec le monde syndical. «Je suis entrée sur le marché du travail comme travailleuse à pourboire au Holiday Inn de la Place Dupuis, où il y avait un syndicat. Comme travailleuse à pourboire, ma situation n'était pas mauvaise, mais celle des femmes de chambre était moins reluisante. Elles étaient payées un peu plus que le salaire minimum et la charge de travail était imposante. Je me suis donc engagée dans le syndicat de l'hôtel afin d'améliorer le sort de ces travailleuses.»
Une première expérience qui ouvre la voie à un engagement accru. «Comme il y avait plusieurs Holiday Inn syndiqués, j'ai eu l'idée de regrouper les négociations en 1982.» Son travail de syndicaliste est tellement apprécié qu'elle est élue en 1987 présidente de la Fédération du commerce de la CSN. «En tant que présidente, j'ai pu poursuivre l'idée de négociations regroupées et, en 1990, nous avons eu une plateforme commune pour l'ensemble du Québec. Aujourd'hui, grâce à nos luttes, les conditions de travail dans le secteur hôtelier sont intéressantes.»
En 1998, elle est élue secrétaire générale au comité exécutif de la CSN. Outre les tâches organisationnelles qui relèvent de ce poste, Lise Poulin a eu l'occasion de siéger à plusieurs comités, dont celui des jeunes, dont elle est particulièrement fière. «Les jeunes doivent s'engager dans les débats. Et ils ne doivent pas seulement parler, mais aussi proposer. Et ils ne doivent pas craindre de revendiquer s'ils veulent que les choses changent.»
Après 50 ans sur le marché du travail, Lise Poulin entend profiter de sa retraite. «C'est évident que je vais m'ennuyer des gens de la CSN. Mais, du temps pour moi, je n'en ai pas eu beaucoup. Je songe même à aller à l'université afin de mieux connaître le monde des arts.»
Roger Valois
«C'est par le biais de la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) que j'ai découvert le mouvement syndical, rappelle Roger Valois. La JOC, ce fut ma première école du syndicalisme.» En 1964, il entre comme journalier à QIT-Fer et Titane. «Mon engagement dans la JOC a fait que je me suis aussitôt engagé dans mon syndicat local.» En 1972, il est libéré de son travail et devient conseiller syndical de la CSN, un emploi qu'il occupe jusqu'en 1980. Il retourne ensuite en tant qu'opérateur de hauts fourneaux pour QIT-Fer et Titane et reprend du service auprès de son syndicat local. En 1984, il est élu deuxième vice-président au comité exécutif de la CSN, un poste qu'il a occupé pendant 27 ans. «Personne n'a occupé un poste de haut responsable élu à la CSN aussi longtemps que moi.»
Parmi ses responsabilités, Roger Valois s'est occupé des services régionaux de la CSN. «Une chose dont je suis fier, c'est d'avoir été capable de mieux organiser les conseils centraux. De 22 conseils, nous sommes passés à 13, ce qui a permis de regrouper les forces et de rendre chaque conseil central plus efficace.»
Il avoue avoir aimé diriger des grèves, mais sa plus grande satisfaction est d'avoir contribué au côté politique du syndicalisme. «Le syndicalisme fonctionne sur deux fronts. Le premier, c'est dans la shop et ça touche le salaire et les conditions de travail. Mais le syndicalisme doit aussi aider le travailleur en dehors de la shop, d'où l'obligation de politiser les syndiqués, car leur vie continue après la shop. C'est le deuxième front.»
Roger Valois éprouve le plus grand respect pour la CSN. «La CSN m'a tout donné, elle m'a formé et m'a ouvert au monde, moi, un petit gars de shop avec une neuvième année forte.» Il entend profiter de sa retraite pour travailler son handicap au golf. «Mais je vais demeurer critique et engagé socialement.»
Claudette Carbonneau
Ayant fait ses études en sciences politiques et déjà engagée dans l'animation sociale, c'est une jeune Claudette Carbonneau qui se trouve un emploi temporaire au service d'alimentation de l'hôpital Notre-Dame. Et qui y fait la découverte du syndicalisme.
«On se souviendra de l'époque, c'étaient les années 70. Il y avait des valeurs qui me tenaient à coeur, comme la justice sociale et la solidarité. Mais je ne voulais pas que mon engagement se limite à la seule critique sociale. Il fallait que ça débouche sur l'action et que ça serve à transformer la société. J'ai aussitôt vu dans le syndicalisme l'occasion et les moyens d'accomplir justement ces buts.»
Elle milite d'abord au sein du syndicat de l'hôpital Notre-Dame, en devient la vice-présidente puis accède à la vice-présidence de la Fédération des affaires sociales de la CSN. Son parcours la mène plus tard au Conseil central de Montréal en tant que secrétaire générale, avant d'être élue première vice-présidente au comité exécutif de la CSN. À ce titre, elle s'occupe de la condition des femmes, du dossier des garderies et de celui de l'équité salariale. Elle est élue présidente de la CSN en 2002.
«Mon élection à la présidence a coïncidé avec l'arrivée des libéraux au pouvoir et leur projet de réingénierie de l'État, qui mettait en péril les acquis de la Révolution tranquille. Ce fut une période de forte ébullition où nous nous sommes mobilisés afin de contrer les projets du gouvernement.» Elle admet aujourd'hui que le climat social est plus acceptable. Un aspect de sa présidence qui la rend particulièrement fière «est d'avoir pris l'engagement d'être la présidente de toute la CSN, le secteur privé comme le secteur public. Je me suis beaucoup engagée, par exemple, dans le domaine de la foresterie et du papier afin de trouver des solutions. Je me suis préoccupée du secteur manufacturier car, selon moi, il n'y a pas d'avenir économique sans un secteur manufacturier qui demeure toujours la pierre d'assise de la classe moyenne.»
Claudette Carbonneau entend profiter de sa retraite pour consacrer plus de temps à ses deux petits-enfants et pour se donner le temps de voir venir. «Mais, comme je suis une femme qui a la bougeotte, je ne serais pas étonnée de me voir m'"enfarger" dans une autre cause. Mais cette fois, ce sera un engagement citoyen.»
***
Collaborateur du Devoir
C'est en tant que jeune adolescente que Lise Poulin fait connaissance avec le monde syndical. «Je suis entrée sur le marché du travail comme travailleuse à pourboire au Holiday Inn de la Place Dupuis, où il y avait un syndicat. Comme travailleuse à pourboire, ma situation n'était pas mauvaise, mais celle des femmes de chambre était moins reluisante. Elles étaient payées un peu plus que le salaire minimum et la charge de travail était imposante. Je me suis donc engagée dans le syndicat de l'hôtel afin d'améliorer le sort de ces travailleuses.»
Une première expérience qui ouvre la voie à un engagement accru. «Comme il y avait plusieurs Holiday Inn syndiqués, j'ai eu l'idée de regrouper les négociations en 1982.» Son travail de syndicaliste est tellement apprécié qu'elle est élue en 1987 présidente de la Fédération du commerce de la CSN. «En tant que présidente, j'ai pu poursuivre l'idée de négociations regroupées et, en 1990, nous avons eu une plateforme commune pour l'ensemble du Québec. Aujourd'hui, grâce à nos luttes, les conditions de travail dans le secteur hôtelier sont intéressantes.»
En 1998, elle est élue secrétaire générale au comité exécutif de la CSN. Outre les tâches organisationnelles qui relèvent de ce poste, Lise Poulin a eu l'occasion de siéger à plusieurs comités, dont celui des jeunes, dont elle est particulièrement fière. «Les jeunes doivent s'engager dans les débats. Et ils ne doivent pas seulement parler, mais aussi proposer. Et ils ne doivent pas craindre de revendiquer s'ils veulent que les choses changent.»
Après 50 ans sur le marché du travail, Lise Poulin entend profiter de sa retraite. «C'est évident que je vais m'ennuyer des gens de la CSN. Mais, du temps pour moi, je n'en ai pas eu beaucoup. Je songe même à aller à l'université afin de mieux connaître le monde des arts.»
Roger Valois
«C'est par le biais de la Jeunesse ouvrière catholique (JOC) que j'ai découvert le mouvement syndical, rappelle Roger Valois. La JOC, ce fut ma première école du syndicalisme.» En 1964, il entre comme journalier à QIT-Fer et Titane. «Mon engagement dans la JOC a fait que je me suis aussitôt engagé dans mon syndicat local.» En 1972, il est libéré de son travail et devient conseiller syndical de la CSN, un emploi qu'il occupe jusqu'en 1980. Il retourne ensuite en tant qu'opérateur de hauts fourneaux pour QIT-Fer et Titane et reprend du service auprès de son syndicat local. En 1984, il est élu deuxième vice-président au comité exécutif de la CSN, un poste qu'il a occupé pendant 27 ans. «Personne n'a occupé un poste de haut responsable élu à la CSN aussi longtemps que moi.»
Parmi ses responsabilités, Roger Valois s'est occupé des services régionaux de la CSN. «Une chose dont je suis fier, c'est d'avoir été capable de mieux organiser les conseils centraux. De 22 conseils, nous sommes passés à 13, ce qui a permis de regrouper les forces et de rendre chaque conseil central plus efficace.»
Il avoue avoir aimé diriger des grèves, mais sa plus grande satisfaction est d'avoir contribué au côté politique du syndicalisme. «Le syndicalisme fonctionne sur deux fronts. Le premier, c'est dans la shop et ça touche le salaire et les conditions de travail. Mais le syndicalisme doit aussi aider le travailleur en dehors de la shop, d'où l'obligation de politiser les syndiqués, car leur vie continue après la shop. C'est le deuxième front.»
Roger Valois éprouve le plus grand respect pour la CSN. «La CSN m'a tout donné, elle m'a formé et m'a ouvert au monde, moi, un petit gars de shop avec une neuvième année forte.» Il entend profiter de sa retraite pour travailler son handicap au golf. «Mais je vais demeurer critique et engagé socialement.»
Claudette Carbonneau
Ayant fait ses études en sciences politiques et déjà engagée dans l'animation sociale, c'est une jeune Claudette Carbonneau qui se trouve un emploi temporaire au service d'alimentation de l'hôpital Notre-Dame. Et qui y fait la découverte du syndicalisme.
«On se souviendra de l'époque, c'étaient les années 70. Il y avait des valeurs qui me tenaient à coeur, comme la justice sociale et la solidarité. Mais je ne voulais pas que mon engagement se limite à la seule critique sociale. Il fallait que ça débouche sur l'action et que ça serve à transformer la société. J'ai aussitôt vu dans le syndicalisme l'occasion et les moyens d'accomplir justement ces buts.»
Elle milite d'abord au sein du syndicat de l'hôpital Notre-Dame, en devient la vice-présidente puis accède à la vice-présidence de la Fédération des affaires sociales de la CSN. Son parcours la mène plus tard au Conseil central de Montréal en tant que secrétaire générale, avant d'être élue première vice-présidente au comité exécutif de la CSN. À ce titre, elle s'occupe de la condition des femmes, du dossier des garderies et de celui de l'équité salariale. Elle est élue présidente de la CSN en 2002.
«Mon élection à la présidence a coïncidé avec l'arrivée des libéraux au pouvoir et leur projet de réingénierie de l'État, qui mettait en péril les acquis de la Révolution tranquille. Ce fut une période de forte ébullition où nous nous sommes mobilisés afin de contrer les projets du gouvernement.» Elle admet aujourd'hui que le climat social est plus acceptable. Un aspect de sa présidence qui la rend particulièrement fière «est d'avoir pris l'engagement d'être la présidente de toute la CSN, le secteur privé comme le secteur public. Je me suis beaucoup engagée, par exemple, dans le domaine de la foresterie et du papier afin de trouver des solutions. Je me suis préoccupée du secteur manufacturier car, selon moi, il n'y a pas d'avenir économique sans un secteur manufacturier qui demeure toujours la pierre d'assise de la classe moyenne.»
Claudette Carbonneau entend profiter de sa retraite pour consacrer plus de temps à ses deux petits-enfants et pour se donner le temps de voir venir. «Mais, comme je suis une femme qui a la bougeotte, je ne serais pas étonnée de me voir m'"enfarger" dans une autre cause. Mais cette fois, ce sera un engagement citoyen.»
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Collaborateur du Devoir










