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Développement durable - Pourquoi recourir au pétrole quand le Québec affiche des surplus d'électricité ?

«Il faut que les entrepreneurs soient encadrés par une politique industrielle»

Robert Laplante, directeur de l’Institut de recherche en éco-nomie contemporaine<br />
Photo : Normand Rajotte / IREQ Robert Laplante, directeur de l’Institut de recherche en éco-nomie contemporaine
Le Québec doit effectuer un coup de barre pour se libérer du pétrole, estime Robert Laplante. Le directeur de l'Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) croit qu'un tel virage, via un développement durable, pourrait renforcer notre indépendance énergétique. L'expert sera actif au congrès de la CSN quand il sera question de développement durable et de politique énergétique.

L'affranchissement du pétrole constitue le plus grand défi auquel se confronte aujourd'hui l'économie québécoise, affirme Robert Laplante. Le directeur de l'IREC déclare qu'il faut réagir maintenant, alors que le prix du baril grimpe de plus en plus vers des sommets vertigineux. «Dans la mesure où cette hausse va continuer de s'exercer, elle va créer une pression de plus en plus forte sur la capacité des entreprises de produire à un coût concurrentiel», entrevoit-il. «Les entreprises vont devoir changer de base énergétique, sinon les prix du pétrole vont anéantir leur gain de productivité», clame le directeur de l'IREC. À cet argument s'ajoute la nécessité d'entretenir une faible empreinte de carbone, une valeur ajoutée dorénavant devenue la norme pour entretenir l'image d'une entreprise.

Pour s'en tirer à bon compte, les usines doivent donc se rabattre sur des sources autres que les sources d'énergie fossiles et prendre le virage vert, préconise Robert Laplante. Cette reconversion industrielle «aura un certain nombre d'exigences qui vont interpeller non seulement les patrons, non seulement les entrepreneurs, mais également les travailleurs et les syndicats», prévient-il. C'est donc autour de la question du changement de base énergétique par les usines que se concentrera le directeur de l'IREC lorsqu'il prendra la parole dans le cadre du congrès de la CSN. «Les entreprises sont toutes, chacune à sa manière et dans son domaine, confrontées à ce défi structurel. Alors, elles vont avoir des choix à faire et les entrepreneurs les plus novateurs et les plus dégourdis vont bien tirer leur épingle du jeu.»

Indépendance énergétique et plan national

Mais, selon Robert Laplante, la marge de manoeuvre des entreprises ne sera pas suffisante: une politique nationale s'impose. «Pour être certain que globalement nous atteignions nos objectifs, il faut que ces entrepreneurs soient encadrés par une politique industrielle.»

Actuellement, le coût total de la consommation de pétrole au Québec est estimé à 15 milliards de dollars par année. L'IREC a publié une note d'intervention, plus tôt cette année, qui estimait qu'affranchir le Québec en entier des sources d'énergie fossiles nécessiterait un coup de barre qui coûterait 100 milliards de dollars. Pour arriver à mobiliser cette somme, l'institut suggère de modifier les règles de gestion des caisses de retraite pour que 10 % des actifs soient consacrés à de nouveaux instruments financiers dédiés au développement durable.

M. Laplante affirme que «très peu d'économies sont mieux placées» que celle du Québec pour effectuer ce saut et il ajoute que la province possède un important potentiel pour l'énergie éolienne ou solaire, en plus d'une expertise en émergence dans la biométhanisation et la géothermie. «Il y a encore un écart», reconnaît M. Laplante, quant à la différence entre le prix de revient des sources d'énergie de rechange et celui du pétrole, mais il ajoute que, «si nous voulons profiter au maximum de l'effet structurant de la substitution de ces sources d'énergie, il faut commencer à entrer maintenant dans ces secteurs».

Il insiste: «Le Québec est l'un des endroits au monde où cette transition serait la plus possible et la plus facile à réaliser, puisque déjà la moitié de l'énergie consommée est d'origine renouvelable», relève-t-il, en pointant l'efficacité de nos infrastructures hydroélectriques et de la biomasse. «Il y a quelque chose d'incongru à continuer de dépenser des sommes pour des sources d'énergie fossiles, alors que nous avons des surplus d'électricité, relève-t-il. Nous subventionnons la consommation américaine pendant que nous absorbons la hausse du pétrole pour faire fonctionner notre propre économie. Il y a là une contradiction absurde.»

Or abandonner la consommation de sources d'énergie fossiles «est un défi que d'autres sociétés se sont donné. La Suède, par exemple, s'est lancée dans un grand projet pour s'en affranchir d'ici 2030. Nous pourrions faire de même ici, et peut-être même plus rapidement encore, puisque nous avons les ressources. Si nous ne le faisons pas, nous allons subir très durement le prochain choc pétrolier, dans la mesure où nous sommes une économie d'exportations», prévient-il.

L'indépendance énergétique telle que suggérée par M. Laplante se distingue complètement de celle invoquée par les défenseurs de l'exploration gazière sur notre territoire. «Il n'est pas suffisant d'être indépendant sur le plan énergétique, il faut l'être avec des sources d'énergie renouvelables, appuie-t-il. Dans le mot "indépendance", il s'en cache un autre, qui est celui du contrôle. Nous pouvons nous assurer qu'une stratégie d'affranchissement énergétique peut rester sous contrôle québécois», à condition qu'Hydro-Québec soit le «navire amiral» de la reconversion énergétique.

Électrification du transport collectif


Comme le secteur du transport accapare près de la moitié de la consommation d'hydrocarbures au Québec, la mobilité durable constituerait le cheval de bataille vers cette reconversion. Cette démarche s'appuierait d'ailleurs sur une industrie déjà importante ici dans le secteur du transport collectif. À la suite d'un rapport produit par l'IREC, Robert Laplante se dit convaincu que l'électrification du transport collectif, dans un court délai, aurait «un effet de levier extrêmement important: nous ferions de la création d'emplois, de la structuration de l'espace économique, de l'aménagement de notre territoire et, évidemment, une amélioration substantielle de notre bilan de carbone». L'IREC estime qu'un tel chantier pourrait créer jusqu'à 140 000 emplois.

Dans une de ses études, l'IREC suggère, plus précisément, de mettre en place un monorail à moteur-roue électrique qui relierait Québec et Montréal, puis les régions. Cette technologie, mise au point par le chercheur Pierre Couture, serait trois fois moins dispendieuse à implanter que celle d'un TGV. Bien que cette audacieuse proposition n'ait pas soulevé l'enthousiasme des entreprises d'ici, Robert Laplante évoque le cas de la Chine, qui a déjà entrepris les travaux du premier monorail suspendu. «Ça témoigne du sérieux et de l'intérêt que représentent ce mode de transport et ce choix technologique.»

En réponse aux hésitations, Robert Laplante avertit que nous pourrions «manquer un rendez-vous. C'est une frilosité que nous n'avons pas toujours eue, se désole M. Laplante. Il faut bien se rappeler que, au moment où Hydro-Québec a lancé ces grands projets, les technologies n'étaient pas au point pour le transport dans les lignes à haute tension. Nos ingénieurs se sont attelés à la tâche et ils ont réalisé ce qui est maintenant reconnu comme une expertise mondiale dans le transport haute tension. Je ne vois pas pourquoi on ne ferait pas la même chose avec une technologie comme celle du moteur-roue et un concept comme celui du réseau national de monorail.»
 
 
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