Vieillir dans la dignité - «La CSN veut contribuer à la qualité des services et des soins pour l'ensemble de la société»
L'offre de services pour les personnes âgées manque de cohérence
«Au Québec, on fait comme si les gens n'allaient jamais vieillir, mais ce n'est pas le cas!», lance Denise Boucher, vice-présidente de la CSN. Le vieillissement de la population est bien réel et continue d'augmenter. Selon les projections, l'espérance de vie, aujourd'hui établie à 83 ans pour les femmes et à 78 ans pour les hommes, atteindra respectivement 86 et 82 ans dans 20 ans.
Pour répondre aux besoins croissants de la population en matière d'hébergement et d'accès aux soins, les politiques actuelles font fausse route, car, selon Denise Boucher, les soins aux personnes âgées constituent un «maillon faible du volet santé et service sociaux». Le nombre des lits en Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) a reculé de 14 % en 15 ans, alors que le nombre des lits dans le parc privé augmente, avait dénoncé la CSN dans sa plateforme de revendication, «Pour une vision sociale et positive du vieillissement», publiée en 2009. S'élevant contre les trop nombreux cas de maltraitance, de mauvaises conditions d'hébergement ou d'absence de certification, la CSN fera donc une place à cette question, moins souvent abordée que les autres volets, lors de son 63e congrès.
Les propositions de la CSN lors du congrès se concentrent sur deux axes. Le premier grand axe de réflexion, qui concerne l'accès à un hébergement et à des soins de bonne qualité, se décline en quatre revendications.
Pour une «vision globale»
Alors que le gouvernement québécois a récemment annoncé un plan d'action de services intégrés pour les aînés et la politique «Vieillir chez soi», la CSN rappelle, premièrement, la nécessité d'avoir une «vision globale» des services aux personnes âgées. En effet, l'offre de services pour les personnes âgées, si elle est mal définie et mal intégrée, ne bénéficie pas d'un suivi global pour lui donner cohérence et souci de qualité. Un défaut qui peut engendrer certaines inégalités flagrantes, comme la surfacturation de services qui devraient être assurés gratuitement.
Le 1er février 2011, un arrêt de la Cour supérieure a rappelé à l'ordre les CHSLD qui faisaient payer les malades pour le lavage de leurs vêtements personnels. Une pratique qui existe dans certains secteurs privés et qui consiste à faire payer chaque soin à la pièce: le bain, la prise de tension artérielle, le lavage de vêtements ou encore la remise des pilules. «Le service public ne doit pas suivre la logique d'un entrepreneur, qui peut se permettre de puiser ses services dans le privé», estime Denise Boucher.
La deuxième revendication concerne la question du financement. Pour son plan d'action, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement de 150 millions de dollars dès 2011-2012, suivis de 200 millions récurrents chaque année à compter de 2012-2013. Une somme insuffisante, selon la CSN: «Il faudrait 300 millions supplémentaires pour répondre aux besoins d'hébergement et de maintien à domicile. Il faut être capable de soutenir les personnes en perte d'autonomie.»
Compétences
Le troisième cheval de bataille adopté lors du congrès est la formation du personnel. La création de mutuelles de formation, par exemple, pourrait contribuer à augmenter la qualification des travailleurs et à développer les compétences. «Notre objectif est la sécurité des aînés.» Plusieurs cas importants de blessures, parfois graves, subies par des aînés à cause de l'insuffisance de la formation du personnel devraient servir de leçons. Entre 2000 et 2009, 19 décès survenus à la suite de brûlures causées par l'eau trop chaude de bains ont concerné, pour la plupart, des personnes âgées de plus de 65 ans et vivant en résidence ou en CHSLD. «Ce type de drame survient à cause d'un personnel qui connaît mal son environnement de travail», affirme Denise Boucher.
Au final, et c'est l'objet de la quatrième revendication, il faudrait arrêter le développement des places privées en hébergement de longue durée. La plateforme de la CSN cite ainsi la mise en garde de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l'OMS: l'accès à une eau propre et les soins de santé sont «des besoins humains et sociétaux de base» et devraient donc «être mis à la disposition de tous sans considération de solvabilité».
Or la tendance actuelle vers le recours au secteur privé a des répercussions sur la qualité des soins, leurs coûts et donc leur accessibilité. Indirectement, cette tendance pèsera sur l'entourage des malades, sur qui reposera la responsabilité des soins. «L'objectif d'une entreprise privée est avant tout de faire des profits, ce qui engendre un personnel payé à moindre coût, un haut taux de roulement des employés et moins de temps passé avec les résidants, notamment lors des repas.» Le verdict de Denise Boucher est clair: «L'hébergement et les soins de longue durée pour les personnes en perte d'autonomie devraient relever du service public.»
Hébergement
Enfin, le deuxième axe de réflexion ouvert lors du congrès portera sur des «modèles alternatifs d'hébergement communautaire et public». Devant la pénurie de lits dans les CHSLD, l'objectif serait de proposer d'autres modèles d'hébergement et de jeter les bases d'une vision différente d'hébergement alternatif. Parmi les solutions envisagées, il pourrait s'agir de maisons d'hébergement situées près d'un hôpital, où les malades auraient accès aux services et aux soins, ou encore de modèles de partage avec des organismes communautaires.
La question mérite donc d'être posée: jusqu'où est-on prêt à accepter de déléguer au secteur privé les soins aux aînés?
Selon Denise Boucher, il s'agit là d'une question de sensibilité à la difficulté que peuvent représenter ces derniers moments de la vie. «On parle ici de soins de longue durée pour des personnes en perte d'autonomie. Parfois, sur une vie de 80 ans, ça correspond aux six derniers mois de la vie, qui sont très difficiles.» Le combat de la CSN pour le droit de «vieillir dans la dignité» est donc un combat qui touche tout le monde. «Peu importe l'âge que nous avons, où nous avons travaillé, inévitablement nous nous dirigeons tous vers cet âge d'or qui nous attend. La CSN veut contribuer à la qualité des services et des soins pour l'ensemble de la société, pour permettre aux gens de vieillir dans la dignité, dans les meilleures conditions possibles.»
***
Collaboratrice du Devoir
Pour répondre aux besoins croissants de la population en matière d'hébergement et d'accès aux soins, les politiques actuelles font fausse route, car, selon Denise Boucher, les soins aux personnes âgées constituent un «maillon faible du volet santé et service sociaux». Le nombre des lits en Centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) a reculé de 14 % en 15 ans, alors que le nombre des lits dans le parc privé augmente, avait dénoncé la CSN dans sa plateforme de revendication, «Pour une vision sociale et positive du vieillissement», publiée en 2009. S'élevant contre les trop nombreux cas de maltraitance, de mauvaises conditions d'hébergement ou d'absence de certification, la CSN fera donc une place à cette question, moins souvent abordée que les autres volets, lors de son 63e congrès.
Les propositions de la CSN lors du congrès se concentrent sur deux axes. Le premier grand axe de réflexion, qui concerne l'accès à un hébergement et à des soins de bonne qualité, se décline en quatre revendications.
Pour une «vision globale»
Alors que le gouvernement québécois a récemment annoncé un plan d'action de services intégrés pour les aînés et la politique «Vieillir chez soi», la CSN rappelle, premièrement, la nécessité d'avoir une «vision globale» des services aux personnes âgées. En effet, l'offre de services pour les personnes âgées, si elle est mal définie et mal intégrée, ne bénéficie pas d'un suivi global pour lui donner cohérence et souci de qualité. Un défaut qui peut engendrer certaines inégalités flagrantes, comme la surfacturation de services qui devraient être assurés gratuitement.
Le 1er février 2011, un arrêt de la Cour supérieure a rappelé à l'ordre les CHSLD qui faisaient payer les malades pour le lavage de leurs vêtements personnels. Une pratique qui existe dans certains secteurs privés et qui consiste à faire payer chaque soin à la pièce: le bain, la prise de tension artérielle, le lavage de vêtements ou encore la remise des pilules. «Le service public ne doit pas suivre la logique d'un entrepreneur, qui peut se permettre de puiser ses services dans le privé», estime Denise Boucher.
La deuxième revendication concerne la question du financement. Pour son plan d'action, le gouvernement du Québec a annoncé un investissement de 150 millions de dollars dès 2011-2012, suivis de 200 millions récurrents chaque année à compter de 2012-2013. Une somme insuffisante, selon la CSN: «Il faudrait 300 millions supplémentaires pour répondre aux besoins d'hébergement et de maintien à domicile. Il faut être capable de soutenir les personnes en perte d'autonomie.»
Compétences
Le troisième cheval de bataille adopté lors du congrès est la formation du personnel. La création de mutuelles de formation, par exemple, pourrait contribuer à augmenter la qualification des travailleurs et à développer les compétences. «Notre objectif est la sécurité des aînés.» Plusieurs cas importants de blessures, parfois graves, subies par des aînés à cause de l'insuffisance de la formation du personnel devraient servir de leçons. Entre 2000 et 2009, 19 décès survenus à la suite de brûlures causées par l'eau trop chaude de bains ont concerné, pour la plupart, des personnes âgées de plus de 65 ans et vivant en résidence ou en CHSLD. «Ce type de drame survient à cause d'un personnel qui connaît mal son environnement de travail», affirme Denise Boucher.
Au final, et c'est l'objet de la quatrième revendication, il faudrait arrêter le développement des places privées en hébergement de longue durée. La plateforme de la CSN cite ainsi la mise en garde de la Commission des déterminants sociaux de la santé de l'OMS: l'accès à une eau propre et les soins de santé sont «des besoins humains et sociétaux de base» et devraient donc «être mis à la disposition de tous sans considération de solvabilité».
Or la tendance actuelle vers le recours au secteur privé a des répercussions sur la qualité des soins, leurs coûts et donc leur accessibilité. Indirectement, cette tendance pèsera sur l'entourage des malades, sur qui reposera la responsabilité des soins. «L'objectif d'une entreprise privée est avant tout de faire des profits, ce qui engendre un personnel payé à moindre coût, un haut taux de roulement des employés et moins de temps passé avec les résidants, notamment lors des repas.» Le verdict de Denise Boucher est clair: «L'hébergement et les soins de longue durée pour les personnes en perte d'autonomie devraient relever du service public.»
Hébergement
Enfin, le deuxième axe de réflexion ouvert lors du congrès portera sur des «modèles alternatifs d'hébergement communautaire et public». Devant la pénurie de lits dans les CHSLD, l'objectif serait de proposer d'autres modèles d'hébergement et de jeter les bases d'une vision différente d'hébergement alternatif. Parmi les solutions envisagées, il pourrait s'agir de maisons d'hébergement situées près d'un hôpital, où les malades auraient accès aux services et aux soins, ou encore de modèles de partage avec des organismes communautaires.
La question mérite donc d'être posée: jusqu'où est-on prêt à accepter de déléguer au secteur privé les soins aux aînés?
Selon Denise Boucher, il s'agit là d'une question de sensibilité à la difficulté que peuvent représenter ces derniers moments de la vie. «On parle ici de soins de longue durée pour des personnes en perte d'autonomie. Parfois, sur une vie de 80 ans, ça correspond aux six derniers mois de la vie, qui sont très difficiles.» Le combat de la CSN pour le droit de «vieillir dans la dignité» est donc un combat qui touche tout le monde. «Peu importe l'âge que nous avons, où nous avons travaillé, inévitablement nous nous dirigeons tous vers cet âge d'or qui nous attend. La CSN veut contribuer à la qualité des services et des soins pour l'ensemble de la société, pour permettre aux gens de vieillir dans la dignité, dans les meilleures conditions possibles.»
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Collaboratrice du Devoir








