Au service des collectivités - La CSN garnit son coffre d'outils au fil des besoins des collectivités
Un premier geste fut d'établir la Caisse d'économie des travailleurs
La CSN s'est dotée d'outils collectifs pour répondre aux besoins de ses membres et de la population en général. Elle améliore la qualité de vie des collectivités en dotant les employés de régimes de retraite et en assurant le maintien et la création d'emplois. Entre autres, Bâtirente et Fondaction ont de la sorte vu le jour.
Caisse d'économie, MCE Conseils, Bâtirente, Fondaction, Novaction: autant d'outils qui se présentent comme autant de témoins-phares de l'engagement socioéconomique de la centrale syndicale dans la collectivité. Pierre Patry, militant de longue date et aujourd'hui trésorier de la CSN, retrace le cours de l'histoire pour en faire connaître la raison d'être: «Dans notre cas, ça remonte, à l'origine, au début des années 1970; le premier outil qu'on a alors créé était la Caisse d'économie des travailleurs et des travailleuses de Québec, qui est aujourd'hui devenue la Caisse d'économie solidaire en raison d'une fusion survenue entre Québec, Montréal et Joliette.»
Il poursuit: «La volonté, c'était essentiellement de faire en sorte que les travailleurs exercent un pouvoir sur leurs propres épargnes, parce qu'ils investissaient dans des établissements financiers où ils avaient peu de contrôle sur leur argent.» Il situe le contexte de l'époque: «Je dirais aussi que cela faisait suite à un certain nombre de campagnes dans les années 1960, où on incitait les gens à avoir une bonne gestion de leurs finances par l'entremise de notre service d'économie familiale; on se rappellera que les requins de la finance sévissaient à cette époque.» Des sociétés prêteuses imposaient des taux d'intérêt usuraires à de petits travailleurs qui avaient peu accès au crédit des grands établissements financiers; le syndicalisme s'en est mêlé et des caisses d'économie sont apparues, dont celle de Québec.
M. Patry ouvre une parenthèse: «Curieusement, quand on regarde cela quelque 40 ans plus tard, on voit aujourd'hui que, de plus en plus, le crédit transite par les cartes de crédit; les gens n'ont plus tellement accès au crédit ordinaire et, même pour des achats de 20 000 à 25 000 dollars, on les incite à utiliser leurs cartes dont les taux d'intérêt sont très élevés; on est revenu exactement où on était dans les années 1960.» C'est la raison pour laquelle les participants au congrès de la CSN débattront d'une proposition relative à l'endettement et au surendettement des ménages, afin de relancer le débat sur ce sujet toujours d'actualité.
Le coffre se garnit
Il est intéressant de jeter un regard sur les outils collectifs qui sont venus s'ajouter au fil du temps; le deuxième, qui est apparu en 1986, MCE Conseils, était un groupe de consultations visant au maintien et à la création d'emplois. Encore là, c'est la conjoncture socioéconomique qui a incité la CSN à poser ce choix et à le mettre sur pied, rapporte le trésorier: «Au début des années 1980, une importante crise économique est survenue, avec des pertes d'emplois massives dans les entreprises. On voulait équiper les syndicats de telle sorte qu'ils soient en mesure de lire les chiffres de celles-ci quand elles se disent confrontées à une situation financière difficile.» Le but de l'opération était d'éviter le recours à des réductions d'emplois quand d'autres solutions s'avèrent possibles: «Bien souvent, il y a moyen de faire d'autres choix que de se rabattre sur de telles réductions dans la gestion des entreprises.»
MCE atteindra sous peu son quart de siècle d'existence et le groupe a de plus servi à la création d'une trentaine de coopératives de travailleurs: «Quand les conditions gagnantes étaient réunies, la façon de sauvegarder les emplois consistait dans certains cas à emprunter cette voie-là.»
Un an plus tard, Bâtirente voit le jour. Encore là, la centrale pose un constat de société: «On s'est aperçu que, dans le secteur privé de la CSN, il y avait bon nombre de personnes chez les syndiqués qui n'avaient pas de régime de retraite. Tel était le cas dans tout le milieu du commerce, dont la syndicalisation remonte aux années 1980. On s'est dit que le temps était venu de créer un vaste régime multisectoriel et multi-employeur; au début, il s'agissait d'un grand nombre de REER collectifs et, de plus en plus, c'est devenu des régimes simplifiés où la part de l'employeur est immobilisée.» Aujourd'hui, environ 25 000 personnes adhèrent à Bâtirente dans leurs rangs: «C'est même devenu un chef de file sur le plan de la finance socialement responsable», relate celui qui préside son conseil d'administration, tout comme celui de MCE Conseils.
Un fonds comme principal outil
Dans le sillage du Fonds de solidarité, Fondaction est mis sur pied par la CSN en juin 1995. Pierre Patry en souligne le caractère distinctif: «Dans sa mission même, il est écrit qu'on va favoriser les entreprises d'économie sociale et celles qui prônent la gestion participative des travailleurs. De plus en plus et depuis près de 16 ans, c'est devenu un véritable leader dans le développement durable, pour lequel on produit un rapport tous les deux ans; il y en a trois qui ont déjà été réalisés.»
Les actifs de Fondaction tournent aujourd'hui autour de 800 millions de dollars: «Sa mission est de maintenir et de créer des emplois dans les entreprises québécoises. On se doit d'investir 60 % de l'argent récolté ou de l'actif sous gestion dans ce but; d'une certaine façon, il s'agit de capital de risque qui fait oeuvre utile.»
Ce fonds de travailleurs engendrera d'autres outils en cours d'existence, dont Filaction, un fonds d'investissement local: «Il vient compléter l'offre de Fondaction dans les investissements qui se chiffrent à 500 000 dollars ou moins dans les entreprises, tout en alimentant certains fonds régionaux à caractère plus spécialisé; une grande partie de son portefeuille est consacrée à des entreprises d'économie sociale.» Enfin, il signale l'existence de Novaction: «Cet autre outil sert à poser des diagnostics de développement durable dans des entreprises où investit Fondaction, en plus de fournir de la formation économique aux travailleurs.»
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Collaborateur du Devoir
Caisse d'économie, MCE Conseils, Bâtirente, Fondaction, Novaction: autant d'outils qui se présentent comme autant de témoins-phares de l'engagement socioéconomique de la centrale syndicale dans la collectivité. Pierre Patry, militant de longue date et aujourd'hui trésorier de la CSN, retrace le cours de l'histoire pour en faire connaître la raison d'être: «Dans notre cas, ça remonte, à l'origine, au début des années 1970; le premier outil qu'on a alors créé était la Caisse d'économie des travailleurs et des travailleuses de Québec, qui est aujourd'hui devenue la Caisse d'économie solidaire en raison d'une fusion survenue entre Québec, Montréal et Joliette.»
Il poursuit: «La volonté, c'était essentiellement de faire en sorte que les travailleurs exercent un pouvoir sur leurs propres épargnes, parce qu'ils investissaient dans des établissements financiers où ils avaient peu de contrôle sur leur argent.» Il situe le contexte de l'époque: «Je dirais aussi que cela faisait suite à un certain nombre de campagnes dans les années 1960, où on incitait les gens à avoir une bonne gestion de leurs finances par l'entremise de notre service d'économie familiale; on se rappellera que les requins de la finance sévissaient à cette époque.» Des sociétés prêteuses imposaient des taux d'intérêt usuraires à de petits travailleurs qui avaient peu accès au crédit des grands établissements financiers; le syndicalisme s'en est mêlé et des caisses d'économie sont apparues, dont celle de Québec.
M. Patry ouvre une parenthèse: «Curieusement, quand on regarde cela quelque 40 ans plus tard, on voit aujourd'hui que, de plus en plus, le crédit transite par les cartes de crédit; les gens n'ont plus tellement accès au crédit ordinaire et, même pour des achats de 20 000 à 25 000 dollars, on les incite à utiliser leurs cartes dont les taux d'intérêt sont très élevés; on est revenu exactement où on était dans les années 1960.» C'est la raison pour laquelle les participants au congrès de la CSN débattront d'une proposition relative à l'endettement et au surendettement des ménages, afin de relancer le débat sur ce sujet toujours d'actualité.
Le coffre se garnit
Il est intéressant de jeter un regard sur les outils collectifs qui sont venus s'ajouter au fil du temps; le deuxième, qui est apparu en 1986, MCE Conseils, était un groupe de consultations visant au maintien et à la création d'emplois. Encore là, c'est la conjoncture socioéconomique qui a incité la CSN à poser ce choix et à le mettre sur pied, rapporte le trésorier: «Au début des années 1980, une importante crise économique est survenue, avec des pertes d'emplois massives dans les entreprises. On voulait équiper les syndicats de telle sorte qu'ils soient en mesure de lire les chiffres de celles-ci quand elles se disent confrontées à une situation financière difficile.» Le but de l'opération était d'éviter le recours à des réductions d'emplois quand d'autres solutions s'avèrent possibles: «Bien souvent, il y a moyen de faire d'autres choix que de se rabattre sur de telles réductions dans la gestion des entreprises.»
MCE atteindra sous peu son quart de siècle d'existence et le groupe a de plus servi à la création d'une trentaine de coopératives de travailleurs: «Quand les conditions gagnantes étaient réunies, la façon de sauvegarder les emplois consistait dans certains cas à emprunter cette voie-là.»
Un an plus tard, Bâtirente voit le jour. Encore là, la centrale pose un constat de société: «On s'est aperçu que, dans le secteur privé de la CSN, il y avait bon nombre de personnes chez les syndiqués qui n'avaient pas de régime de retraite. Tel était le cas dans tout le milieu du commerce, dont la syndicalisation remonte aux années 1980. On s'est dit que le temps était venu de créer un vaste régime multisectoriel et multi-employeur; au début, il s'agissait d'un grand nombre de REER collectifs et, de plus en plus, c'est devenu des régimes simplifiés où la part de l'employeur est immobilisée.» Aujourd'hui, environ 25 000 personnes adhèrent à Bâtirente dans leurs rangs: «C'est même devenu un chef de file sur le plan de la finance socialement responsable», relate celui qui préside son conseil d'administration, tout comme celui de MCE Conseils.
Un fonds comme principal outil
Dans le sillage du Fonds de solidarité, Fondaction est mis sur pied par la CSN en juin 1995. Pierre Patry en souligne le caractère distinctif: «Dans sa mission même, il est écrit qu'on va favoriser les entreprises d'économie sociale et celles qui prônent la gestion participative des travailleurs. De plus en plus et depuis près de 16 ans, c'est devenu un véritable leader dans le développement durable, pour lequel on produit un rapport tous les deux ans; il y en a trois qui ont déjà été réalisés.»
Les actifs de Fondaction tournent aujourd'hui autour de 800 millions de dollars: «Sa mission est de maintenir et de créer des emplois dans les entreprises québécoises. On se doit d'investir 60 % de l'argent récolté ou de l'actif sous gestion dans ce but; d'une certaine façon, il s'agit de capital de risque qui fait oeuvre utile.»
Ce fonds de travailleurs engendrera d'autres outils en cours d'existence, dont Filaction, un fonds d'investissement local: «Il vient compléter l'offre de Fondaction dans les investissements qui se chiffrent à 500 000 dollars ou moins dans les entreprises, tout en alimentant certains fonds régionaux à caractère plus spécialisé; une grande partie de son portefeuille est consacrée à des entreprises d'économie sociale.» Enfin, il signale l'existence de Novaction: «Cet autre outil sert à poser des diagnostics de développement durable dans des entreprises où investit Fondaction, en plus de fournir de la formation économique aux travailleurs.»
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Collaborateur du Devoir








