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Solidarité rurale célèbre ses 20 ans - «La ruralité a grandi»

Il faut continuer la bataille de la survie des villages

Claire Bolduc est la présidente de Solidarité rurale depuis 2008.<br />
Photo : Solidarité rurale Claire Bolduc est la présidente de Solidarité rurale depuis 2008.
Présente lors de la création de Solidarité rurale, en 1991, Claire Bolduc en est devenue la présidente en 2008, à la suite du départ du président fondateur, Jacques Proulx. Elle célèbre maintenant les 20 ans de l'organisme.

Le village a parcouru du chemin en 20 ans. La ruralité a gagné ses lettres de noblesse grâce à Solidarité rurale, croit Claire Bolduc. «Nous avons traversé des zones de turbulence importantes, mais nous sommes rendus ailleurs. La ruralité a grandi. Elle est devenue une grande fierté», affirme-t-elle.

Cela ne veut pas dire pour autant que tous les villages vont bien aujourd'hui. «Il y en a encore qui ne vont pas bien, mais plusieurs vont un peu mieux. Plus encore, ils ont maintenant confiance en eux pour aller plus loin. Le chemin à parcourir sera encore long, mais, lorsqu'on regarde en arrière, on voit à quel point on a fait du chemin», précise Mme Bolduc.

Freiner la débâcle

C'est à la suite des états généraux du monde rural, en 1991, que la coalition Solidarité rurale a été créée. À l'époque, l'enjeu pour les collectivités rurales était ni plus ni moins d'affirmer leur volonté de ne pas disparaître. «La première bataille, c'était celle des services de proximité, indique Mme Bolduc. On se battait pour garder nos écoles de village, nos bureaux de poste, etc. Il fallait affirmer notre droit, en tant que ruraux, de rester dans nos villages.»

Jacques Proulx et André Caron, alors président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, ont d'ailleurs présidé la commission pour le maintien des écoles de village. «À la suite du rapport de la commission, la loi a changé et il n'était plus possible de fermer des écoles dans les villages sans processus formel. Il fallait désormais associer les citoyens à la décision et leur donner un délai pour qu'ils puissent se prendre en main et monter un projet pour garder leur école ouverte», explique Claire Bolduc.

De grandes avancées


Solidarité rurale a ensuite travaillé d'arrache-pied pour valoriser les villages du Québec, notamment grâce aux produits du terroir. «On ne connaîtrait pas l'émergence des fromages du Québec sans l'action de Solidarité rurale. Même chose pour le cidre de glace. Nous avons milité pour faire reconnaître les produits du terroir, pour montrer que la différence peut être quelque chose de recherché», explique Claire Bolduc.

Un symposium international sur l'économie des terroirs a même été organisé en 1999 à Trois-Rivières. «Des mesures de soutien au développement de produits du terroir ont par la suite été adoptées par le gouvernement du Québec», se souvient Mme Bolduc.

Autre grande victoire pour la coalition: sa reconnaissance comme instance-conseil pour le gouvernement en matière de ruralité. «C'était en 1997, à la suite du Sommet sur l'économie et l'emploi tenu l'année d'avant», se souvient Mme Bolduc.

Solidarité rurale a par la suite déposé son «Avis pour une politique de développement rural», qui a conduit à une première politique nationale de la ruralité, en 2002. «La politique nationale de la ruralité a changé beaucoup de choses pour les gens dans les villages, affirme Claire Bolduc. Elle venait reconnaître l'importance de la prise en charge du milieu par le milieu. C'était aussi la première politique modulée, c'est-à-dire qu'on peut apporter des moyens financiers à des milieux et qu'ils peuvent les utiliser de différentes façons, en fonction de leurs réalités et de leurs besoins, pour prendre en charge leur développement.»

Sonner l'alarme


Ancrée dans les collectivités, la coalition Solidarité rurale a aussi sonné l'alarme pour plusieurs dossiers. Par exemple, celui des forêts. «Dès 1995, dans un mémoire, nous avons dit qu'il fallait revoir la façon de gérer les forêts. Nous avons dit qu'il fallait faire quelque chose et qu'il fallait se dépêcher parce que, sinon, nous n'aurions plus de forêt! C'était avant L'Erreur boréale, de Richard Desjardins», indique la présidente de Solidarité rurale.

L'organisme mène le même combat pour les mines. «La loi sur les mines date de la fin du XIXe siècle. Elle est désuète et elle ne sert ni les collectivités, ni l'ensemble de la société québécoise. Nous réclamons depuis longtemps qu'elle soit modifiée, mais, encore là, c'est un combat difficile. Le dernier projet de modification est encore mort au feuilleton», affirme Claire Bolduc.

L'agriculture est aussi un dossier où Solidarité rurale attend depuis longtemps de grands changements. «Il faut reconnaître différentes façons de faire, comme le suggère le rapport Pronovost. Depuis au moins deux ans, le ministère nous dit que l'adoption de la première politique agricole est imminente, mais nous attendons toujours.»

La grande transformation

Pour les prochaines années, la présidente de Solidarité rurale s'attend d'ailleurs à des luttes ardues. Elle a l'intention à s'attaquer à des enjeux cruciaux, comme celui de l'énergie.

«Les collectivités rurales peuvent faire énormément dans le virage énergétique. On peut par exemple, dans les villages, développer des sources d'énergie alternatives pour libérer de l'hydroélectricité. Toutefois, le virage imposera une transformation profonde à l'ensemble de la société et on ne pourra imposer une solution unique pour tout le monde. Il faut faire en sorte que chaque village puisse être prospère, en tenant compte des différences.»

La question des transports sera aussi un cheval de bataille important pour Solidarité rurale. «Quand le village s'éparpille et qu'on est obligé de prendre sa voiture pour chaque déplacement, c'est difficile à long terme pour des questions d'environnement et de coût de l'essence. Il faut faciliter les transports en commun dans les villages. On se questionne toujours sur la rentabilité, mais il faut penser aussi à ce qui est investi dans les routes. Il y a des sommes qui peuvent être transférées», croit Claire Bolduc.

La présidente de Solidarité rurale croit qu'une réflexion de fond doit se faire au Québec et associer tout le monde.

«Nous sommes tous interdépendants. Il y a 370 000 emplois dans les villes qui dépendent des activités des collectivités rurales et cela représente 30 % du PIB. Solidarité rurale est un bel outil pour nous permettre d'aller de l'avant comme société.»

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Collaboratrice du Devoir
 
 
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