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    L'hypernaturel supplante l'hyperurbain

    Comment l'architecture de paysage peut-elle rendre nos villes plus humaines et plus écologiques? L'exemple du parc de Place de l'Acadie.

    9 avril 2011 |Emmanuelle Vieira | Actualités en société
    L’aire publique du parc de Place de l’Acadie: une série de trois longs et larges bancs de pierre d’un mètre sur 12 et des jets de brume linéaires suivent le mouvement des gens et structurent l’espace. Visuellement, la place inclut les plages gazonnées adjacentes et présente un grand espace libre d’obstacles visuels, permettant la tenue de spectacles et d’événements.<br />
    Photo: NIPpaysage L’aire publique du parc de Place de l’Acadie: une série de trois longs et larges bancs de pierre d’un mètre sur 12 et des jets de brume linéaires suivent le mouvement des gens et structurent l’espace. Visuellement, la place inclut les plages gazonnées adjacentes et présente un grand espace libre d’obstacles visuels, permettant la tenue de spectacles et d’événements.
    À consulter

    NIPaysage

    Association des architectes paysagistes du Québec

    Montréal Unesco Design
    Le Mois mondial de l'architecture de paysage est l'occasion de souligner les forces de cette discipline de premier plan. Alors que les villes de la planète misent de plus en plus sur les parcs, les places et les promenades vertes pour se définir une identité, Montréal a emboîté le pas en organisant un concours d'architecture de paysage qui décloisonne enfin les projets publics dans ce domaine et fait la part belle à la relève, c'est-à-dire à plus de variété et de renouveau.

    Le concours du parc de Place de l'Acadie, récemment remporté par l'équipe de NIPpaysage, s'inscrit parfaitement dans ce chantier municipal qui, pour une fois, prend en compte la volonté des habitants d'un quartier sensible, celle des élus et celle d'architectes paysagistes pleins de ressources. Alors que Montréal s'apprête à célébrer le cinquième anniversaire de sa désignation «Ville UNESCO de design», des exemples comme celui-là redonnent l'envie d'imaginer une ville plus intelligente car plus «design», à la fois dans les attitudes et dans les faits.

    Situé au croisement des boulevards de l'Acadie et Henri-Bourassa, non loin de l'autoroute 15, le site du concours s'inscrit dans le plan de redéveloppement des places éponymes. Le concours avait comme premier objectif de combattre les îlots urbains de chaleur, très présents à cet endroit, et d'offrir un lieu très vert mais également propice à la gestion écologique des eaux de pluie.

    Le programme devait intégrer, entre autres, une place publique et des espaces gazonnés destinés aux grands rassemblements, une aire de jeu pour les enfants, une patinoire pour l'hiver, une grande variété d'allées de circulation et enfin, non la moindre des exigences, un esprit de ce quartier datant des années 60 et détruit en 2010 pour cause d'insalubrité...

    Pour le jury, «le projet de la firme NIPpaysage s'est démarqué par la variété, la qualité et la cohérence des lieux proposés, la performance potentielle en termes de production de fraîcheur, la convivialité des espaces de rencontre, la faisabilité technique et la viabilité du concept notamment quant à son adaptabilité en vue des étapes subséquentes.»

    Baptisée Mosaïque, la proposition de NIPpaysage est cependant bien plus qu'une place ou un parc: c'est un paysage qui incarne les valeurs du passé et du présent, un véritable lieu d'expression de culture et de nature, un cocon protecteur aux airs de forêt indigène, un sous-sol performant qui récupère les eaux de pluie et refroidit l'atmosphère, bref le parfait exemple de ce que peut accomplir l'architecture de paysage aujourd'hui: bâtir des écosystèmes intelligents tout en faisant la part belle à l'expression humaine et naturelle. Aucune autre discipline ne peut en faire autant.

    Ce qu'il y a de remarquable dans ce projet, ce n'est pas seulement le résultat mais tout le processus en amont, mis sur pied par le Bureau du design de la Ville de Montréal et la Chaire UNESCO en paysage et environnement de l'Université de Montréal, le chantier Montréal Ville UNESCO de design qui soutient l'organisation de concours de design et d'architecture dans le cadre de projets de portée publique.

    En effet, avant de lancer le concours, il a fallu réunir l'appui et l'argent des différents ministères et organismes impliqués dans le projet. Puis l'arrondissement a dû définir une programmation réaliste pour la future place. Les habitants du quartier, délogés lors de la démolition en 2010, ont longuement été interrogés dans une série d'entrevues qui ont aidé toute l'équipe du concours à comprendre la manière dont ils utilisaient l'espace public et quelles étaient leurs attentes envers ce projet.

    Une fois les informations compilées et la programmation définie, il a fallu déroger au règlement municipal en écartant le traditionnel système de pointage qui qualifie les équipes lors des appels d'offres. Dans un concours comme celui-là, ce n'est pas l'expérience ni la longévité des firmes ou l'enveloppe du prix qui font le poids, mais bien les idées et la qualité des réponses apportées à des problématiques urbaines.

    «La première étape du concours consistait à présenter une équipe et à exprimer des intentions, explique Mélanie Mignault, architecte paysagiste chez NIPpaysage. Nous trouvions le site du futur parc extrêmement perturbé par le bruit et la proximité de grands axes routiers. L'idée de créer une butte plantée d'arbres servant à la fois de coupe-son, de filtre antipollution et de brise-vent, nous est apparue primordiale. En réponse à ce contexte hyper-urbain, plutôt agressif, nous avons imaginé un parc hyper-naturel bordé d'une forêt enveloppante qui abriterait en son centre une place publique et des aires de jeux relativement protégées.»

    Une identité paysagère

    Les concepteurs ont travaillé le parc comme un immense hall d'entrée. Authentique respiration physique et morale, formée d'un espace mi-végétal mi-minéral aux usages multiples, cette île verte peut être appréhendée à une échelle macro, ou encore vécue à une plus petite échelle, en observant attentivement la vie qui grouille dans les fosses où des plantes indigènes donnent la sensation d'être au bord d'une berge.

    Et c'est sans doute le plus bel élément du projet: tout semble couler de source et les concepteurs sont parvenus à intégrer parfaitement fonction et forme paysagère. Par exemple, dans l'aire de jeu, la glissoire suit la topographie de la pente pour devenir une sorte d'extension du site et non pas «un objet rapporté sur place». De la même manière, l'amphithéâtre de pierre semble émerger de la butte gazonnée telle une sculpture rampante qui aurait toujours été là.

    Le premier élément fort du projet est sa topographie «plantée». Elle répond directement au contexte unique du quartier en créant une identité paysagère forte qui contrebalance parfaitement la masse bâtie encerclant le tout. L'autre élément fort est le traitement au sol, qui donne à l'ensemble un esprit commémoratif et ancre le projet dans l'histoire du lieu.

    «Le pavage au sol reprend les motifs de la pierre aléatoire qui ornait les halls d'entrée des anciens bâtiments, explique Mélanie Mignault. Transposés à grande échelle et réalisés au travers des différentes tonalités de finis de béton et d'insertions vertes, ces motifs au sol accueilleront les adresses civiques des anciens édifices du quartier qui seront gravées sur des plaques de métal insérées à la surface de la place.»

    Au milieu des érables rouges, des pommiers de Sibérie, des cerisiers de Virginie, des genévriers et des pins gris d'ici, les habitants pourront être transportés bien loin. Et pendant qu'ils traverseront la place centrale baignée par la brume ou qu'ils suivront la faune cachée dans ce milieu régénérateur, le parc de Place de l'Acadie fera son oeuvre en silence en réduisant chaleur, bruit, vent...

    Ainsi, à un contexte hyper-urbanisé, ce parc offre une réponse hypernaturelle, qualifiée ainsi car elle emprunte des mécanismes de la palette naturelle pour les intensifier d'un point de vue expressif et contemplatif, mais aussi du point de vue de la performance écologique, de l'intérêt ludique et participatif que procure l'hypernature en ville!

    ***

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    Fiche technique


    Architectes: paysagistes NIPpaysage
    Collaborateurs: ingénieurs civils Vinci Consultants
    Client: Ville de Montréal, arrondissement d'Ahuntsic-Cartierville
    Août 2011: date prévue pour le début des travaux
    Octobre 2011: date prévue pour la fin des travaux
    Budget prévisionnel: un million de dollars
    Surfaces dures: 1600 m2
    Surfaces vertes: 1600 m2
    Total du parc: 3200 m2
    Couvert arboricole: mixte et dense avec un maximum d'espèces indigènes
    Financement: en partie par le Fonds vert d'Action 21, Plan 2006-2012 sur les Changements climatiques du gouvernement du Québec
    L’aire publique du parc de Place de l’Acadie: une série de trois longs et larges bancs de pierre d’un mètre sur 12 et des jets de brume linéaires suivent le mouvement des gens et structurent l’espace. Visuellement, la place inclut les plages gazonnées adjacentes et présente un grand espace libre d’obstacles visuels, permettant la tenue de spectacles et d’événements.<br />
Vue aérienne du parc de Place de l’Acadie. Une aire de jeu à la topographie ludique.<br />
L’ambiance hivernale avec sa patinoire.<br />












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