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L'entrevue - Entre l'horreur et l'espoir

La commission Mourir dans la dignité termine demain une longue année d'audiences

La présidente de la commission Mourir dans la dignité, Maryse Gaudreault<br />
Photo : Yan Doublet - Le Devoir
La présidente de la commission Mourir dans la dignité, Maryse Gaudreault
Après avoir parcouru le Québec durant un an, les membres de la commission spéciale Mourir dans la dignité tiendront leur dernière journée d'audiences demain à Québec, avant de faire rapport de ce qu'ils ont entendu. Entretien avec Maryse Gaudreault, la nouvelle présidente de cette commission.

Ce fut une année chargée, mais le plus grand moment de sa vie de parlementaire, assure la députée libérale de Hull, qui vient de remplacer à la tête de la commission Mourir dans la dignité Geoffrey Kelley, désormais ministre des Affaires autochtones. Comme ses 14 collègues députés de différents partis qui menaient les audiences, Maryse Gaudreault a entendu aux quatre coins du Québec des histoires d'horreur et des histoires d'espoir.

Il fallait écouter les témoignages difficiles de personnes dont les proches ont été malmenés par le système de santé. «Il y a des gens qui ont été réanimés quatre ou cinq fois alors que la famille suppliait de ne pas poursuivre la médication ou les traitements», se souvient-elle. Il fallait aussi écouter les citoyens soucieux des dérapages d'une décriminalisation de l'euthanasie, dans un contexte où les soins palliatifs manquent cruellement et où les urgences débordent. Et il fallait écouter les groupes de diverses appartenances religieuses exprimer leurs préoccupations éthiques et morales au sujet du meurtre par compassion.

Les commissaires ont aussi entendu en privé des médecins qui, sous le couvert de l'anonymat, disaient souhaiter une décriminalisation de certains gestes faits dans des circonstances particulières. Des témoignages souvent polarisés et souvent déstabilisants.

Maryse Gaudreault elle-même affirme avoir changé d'avis au cours des audiences. «Mais pas sur tout», précise-t-elle, sans vouloir commenter le parcours de son point de vue. Elle n'est pas la seule: selon le témoignage d'un psychiatre, il arrive que des patients ayant exprimé des opinions claires sur ce qu'ils ne veulent pas endurer comme souffrances changent d'idée lorsqu'ils reçoivent un diagnostic de cancer ou de maladie dégénérative.

Elle souhaiterait d'ailleurs que les commissaires mettent de côté leurs opinions personnelles lors des discussions qui mèneront à la publication d'un rapport à l'automne. «J'espère que le rapport sera unanime, mais je ne suis pas sûre qu'on va y arriver», convient-elle. Pour sa part, Maryse Gaudreault semble convaincue de la nécessité d'agir, et ce, malgré la décision du gouvernement fédéral de ne faire aucune modification au Code criminel dans ce dossier.

Un succès inespéré

Au premier chef, elle évoque le fait que le testament biologique n'a aucune force légale quand vient le temps de décider des soins à pourvoir à un malade en fin de vie. Elle cite aussi, bien sûr, le mémoire du Barreau du Québec faisant valoir que le Procureur général pouvait donner des directives à ses procureurs pour qu'ils s'abstiennent d'entamer des poursuites contre les médecins dans ces dossiers.

C'est d'ailleurs ce qui se passe présentement dans les faits, soutient-elle, puisqu'aucun médecin québécois n'a été poursuivi, à ce jour, dans un cas de sédation terminale par exemple.

«Il faut noter que, depuis une vingtaine d'années, les sentences rendues par les tribunaux canadiens en matière d'euthanasie et de suicide assisté sont souvent légères, voire symboliques», pouvait-on lire dans le document de consultation préparé par la commission.

Mourir dans la dignité a eu un succès inespéré. Les commissaires ont visité huit villes du Québec et reçu 400 témoignages, d'organismes comme de citoyens, en 29 jours d'audiences. Jusqu'à maintenant, 7000 Québécois ont répondu à un sondage sur la question, diffusé en ligne par la commission. Et 25 % de ces répondants sont des jeunes.

«Le Québec est une société progressiste. On l'a vu par les témoignages entendus durant toute cette année», constate Mme Gaudreault, ajoutant que les résultats du sondage seront intégrés dans le rapport définitif de la commission. Déjà, un sondage CROP commandé par Radio-Canada annonçait en novembre que 83 % des Québécois se disaient en faveur de la légalisation de l'euthanasie.

Confusion des termes

D'autre part, les audiences ont révélé d'entrée de jeu une certaine confusion dans l'utilisation des termes entourant l'euthanasie, même parmi les médecins. La sédation terminale, par exemple, qui consiste à plonger un malade dans le coma jusqu'à ce qu'il meure, des suites de sa maladie, mais aussi de faim et de soif, n'est pas considérée comme de l'euthanasie, selon Mme Gaudreault, parce qu'elle n'est pas administrée dans «l'intention» de donner la mort.

La présidente l'admet: de nombreuses personnes ont évoqué devant les commissaires la possibilité que toute cette commission n'ait été mise sur pied que pour soulager le système de santé de malades coûteux et irrécupérables. Elle affirme cependant que ce n'est pas le cas, bien que des médecins, dont certains férocement opposés à l'euthanasie par ailleurs, aient reconnu devant la commission que certains soins administrés à des malades du cancer, par exemple, étaient non seulement très coûteux mais inutiles. «Je crois que, dans certains cas, il y a de l'acharnement», constate Mme Gaudreault, signalant que les situations varient passablement d'une institution à l'autre, et même d'un médecin à l'autre.

Elle souligne également l'importance d'augmenter les services en soins palliatifs au Québec, qu'ils soient administrés en centre d'accueil, à l'hôpital ou à la maison. Et ces soins devraient faire l'objet d'une formation plus intensive auprès des médecins, croit-elle.

Un observatoire de fin de vie

La commission ne peut pas non plus ignorer les nombreuses personnes atteintes de maladies chroniques dégénératives, venues témoigner de leur souhait de pouvoir demander à quelqu'un de mettre fin à leurs jours si leur souffrance devenait trop grande.

«Je me souviens, dit Mme Gaudreault, d'une jeune femme qui n'avait jamais vu marcher sa mère atteinte de sclérose en plaques. Elle a dit: "J'aimerais que tous ceux qui sont contre la décriminalisation du suicide assisté passent une semaine dans le corps de ma mère".»

La présidente ajoute avoir favorablement accueilli la suggestion de mettre sur pied un observatoire de fin de vie, pour suivre l'évolution du dossier et éviter les dérapages.

Le travail de la commission, lui, est loin d'être terminé. De nombreuses heures de délibérations sont à prévoir dans les prochains mois, avec en tête une mission on ne peut plus délicate, celle de favoriser, pour le bien-être de tous, le meilleur accès à ce qu'on appelle, sans toujours savoir ce que c'est, une mort digne.
 
 
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  • Dominic Helppae - Inscrit
    21 mars 2011 09 h 15
    Bravo
    Mes plus sincères félicitations pour cette commission, utile à l'avancement de la société. Malgré un sujet aussi sérieux, elle me redonne espoir en les Québécois d'accomplir de grandes choses.
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  • Yvon Bureau - Abonné
    21 mars 2011 09 h 29
    Le Testament biologique et sa valeur légale
    «Le testament biologique n'a aucune force légale quand vient le temps de décider des soins à pourvoir à un malade en fin de vie.» Pas d’accord avec cela.

    Avec la Fondation Responsable jusqu’à la fin 1986-1996, j’ai introduit au Québec le Testament biologique (qu’on appelle aujourd’hui Directives anticipées de fin de vie). J’affirme que ce document a une déjà une grande valeur légale fort appréciable et qu’il fut et qu’il est un outil de communication des plus utiles pour le processus de décision. Cette valeur légale fut confirmée implicitement par Le Code civil en 1995 par l’article 12 : «Celui qui consent à des soins pour autrui ou qui les refuse est tenu d’agir dans le seul intérêt de cette personne en tenant compte, dans la mesure du possible (as far as possible), des volontés que cette dernière a pu manifester».

    Le Collectif Mourir digne et libre demande à l’Assemblée nationale du Québec de reconnaître EXPLICITEMENT la valeur légale des Directives anticipées de fin de vie. Plus, il demande aussi que la population soit largement invitée à les rédiger et à nommer des mandataires pour voir à leur respect jusqu’à la fin. De nombreux experts et témoins à la Commission vont en ce sens.

    Les directives anticipées de fin de vie permettent à la personne en fin de vie de demeurer debout, au cœur des décisions qui la concernent au plus haut point, et d’être pleinement vivante jusqu’à la fin, pour le mieux-être des proches et des soignants ainsi que celui des établissements de soins.

    Cela dit, FIERTÉ et GRATITUDE à la CSSS/QMDignité et à son bilan. Félicitations aux Commissaires, spécialement à son ex-président Geoffrey Kelley, à sa présidente actuelle et bien sûr à sa vice-présidente Véronique Hyvon.

    www.yvonbureau.com

    www.collectifmourirdigneetlibre.org

    http://www.collectifmourirdigneetlibre.org/blog.ph
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  • Yvon Bureau - Abonné
    21 mars 2011 09 h 52
    Merci à feu Dr François Desbiens
    Dans les travaux de la Commission parlementaire spéciale sur la question de mourir dans la dignité, vous avez été remarqué et remarquable. D’abord comme expert le 17 février 2010*. Ensuite comme témoin, le 10 septembre 2010**. Tout fut heureusement enregistré.

    Témoin, vous avez rappelé sur cette question, via ses rapports, le travail extraordinaire du Collège des médecins du Québec; ce rappel fut des plus nécessaires et souhaitables face à des farouches opposants souffrant de fermeture aiguë et s’éloignant de la personne en fin de vie et de son libre-choix. Vous avez dit oui au concept porteur d’ouverture et d’horizon «Soins APPROPRIÉS et PERSONNALISÉS». Oui aussi aux soins appropriés englobant si nécessaire et si librement voulue l’aide médicale active à mourir, balisée et contrôlée. Oui au Testament de fin de vie comme outil fort utile dans le processus décisionnel. À raison, vous avez invité le Québec à faire confiance aux soignants, à leur sens plein d’humanisme et d’humanité. Vous avez aussi souligné toute l’assurance que notre Code civil nous donne en abondance pour sortir de l’impasse et des zones grises. Affirmer le non-dérapage au Québec depuis vingt années après la reconnaissance du droit de refus de traitement nous a donné confiance pour l’ouverture actuellement demandée et nécessaire en soins appropriés de fin de vie.

    Nos chaleureuses sympathies à vos proches bien-aimés et à la Direction du Collège des médecins du Québec et à votre Région.

    Gratitude à vous, François Desbiens. Vous avez fait honneur à notre humanité.
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  • France Marcotte - Abonnée
    21 mars 2011 13 h 16
    Acte de foi, quoi qu'on sache de la crédibilité de qui l'exige
    "La présidente l'admet: de nombreuses personnes ont évoqué devant les commissaires la possibilité que toute cette commission n'ait été mise sur pied que pour soulager le système de santé de malades coûteux et irrécupérables. Elle affirme cependant que ce n'est pas le cas..."
    Et bien sûr il faut la croire sur parole.
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  • Benji - Inscrit
    21 mars 2011 16 h 30
    TUER DANS LA DIGNITÉ !!
    Avec l'avancé médicale d'aujour'hui ,nous somme capable de soulager amplement la souffrance physique,mais la souffrance psychologique est difficile à résorbé,quand les enfants de parents sont absent pour réconforté soit leur mère ou leur père ,pourquoi tué une personne pour abrégé un manque de compassion humaine.L'État veut l'euthanasie par cet la voie de la facilité ,et d'économie pour l'état.Pourquoi cette contradiction qu'on est contre le suicide des jeunes,et ont veut donné tous les outils nécessaire pour mettre fin à ces jours en quelques minutes.En vérité les gens ne veulent pas traversé des mauvais moment de vie ,mais c'a fait parti de la vie d'avoir de mauvaise passe.
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  • Trobadorem - Inscrit
    21 mars 2011 16 h 36
    J'espère que la Députée libérale Gaudreault, aura appris dans sa tournée du Québec à prévenir la mort de patients qui patientent sur leur civière dans la pire hôpitale du Québec: celle de sa circonscription : Hull
    Je trouve triste que l'on est pas confié la présidence de cette commission à quelqu'un d'autre que la député de Hull, qui manifestement, néglige de trouver les moyens pour que les patients soient traités de facon digne...

    Une horreur, c'est le seul mot qui me vient en tête lorsque je vois ce qui se passe dans son compté.
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