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    Prostitution - Le débat entre féministes se poursuit

    Féministes abolitionnistes et féministes pour la décriminalisation de la prostitution ont présenté des positions radicalement différentes hier à Montréal quant à la façon d'aborder la prostitution sur le plan légal.

    D'un côté, l'Alliance solidaire féministe pour les droits des travailleurs du sexe annonçait son avènement hier, en compagnie de divers représentants des milieux communautaire, associatif et universitaire, et demandait la décriminalisation complète de la prostitution, dans la foulée du jugement Himmel, de la Cour supérieure de l'Ontario, que le gouvernement fédéral conteste en appel. De l'autre, la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES) ouvrait son tribunal populaire de l'industrie du sexe, qui durera toute la fin de semaine, et par lequel elle demande ni plus ni moins que l'abolition de la prostitution.

    La CLES, suivant l'exemple du modèle scandinave, demande la criminalisation des clients et des proxénètes et la décriminalisation du travail des femmes. Selon Diane Matte, de la CLES, le modèle scandinave est à ce jour le seul qui a entraîné une diminution de la prostitution en général.

    Pour leur part, les féministes qui veulent tout décriminaliser croient que pénaliser les clients entraîne la nécessité pour les prostituées de se cacher pour agir, et donc les expose à plus de violence. Suivant les arguments de la juge Himmel, elles croient que le Code criminel dans son état actuel met en péril la sécurité des travailleurs du sexe, entre autres en leur interdisant de s'associer et de travailler dans des maisons closes.

    Une carte de l'offre

    Par ailleurs, la CLES a dressé au cours des deux derniers mois une carte de l'offre de services sexuels sur l'île de Montréal. Sans être exhaustive, puisqu'elle ne comptabilise pas les services offerts à l'hôtel, au motel ou sur Internet, cette carte indique 199 salons de massage, 65 bars de danseuses, 38 agences d'escortes, 13 points de prostitution de rue, 10 pourvoyeurs de peep-shows et de cinéma érotique, 7 restaurants où les serveuses sont nues ou demi-nues, et 7 clubs échangistes (où des femmes sont parfois payées pour être disponibles).

    Selon Diane Matte, l'offre de prostitution est de plus en plus «racisée» à Montréal, c'est-à-dire que l'on y vante par exemple la soumission des Asiatiques, la chaleur des femmes latino-américaines ou la bestialité des Africaines...

    Quelques témoignages d'anciennes prostituées sont venus ponctuer les conférences présentées au tribunal. «L'idée selon laquelle les prostituées n'ont pas de proxénètes à Montréal est une idée fausse», a dit Justine, racontant que huit femmes sur dix dans les bars «à gaffe» (qui offrent des services de prostitution dans des cabines cachées) ont des proxénètes. Justine a également raconté la violence que lui a fait subir son propre proxénète avant qu'elle ne quitte la prostitution.

    Nancy a commencé à se prostituer lorsqu'elle était étudiante en études féministes à Toronto. Puis, elle a consommé de l'héroïne par intraveineuse pendant 15 ans avant de cesser de se prostituer. «La prostitution mène à la drogue, parce que les femmes ne peuvent pas faire ce qu'on leur demande à jeun», dit Diane Matte. En soirée, la CLES projetait le film L'Imposture, d'Ève Lamont, qui porte sur plusieurs prostituées et ex-prostituées de la région de Québec, rassemblées autour de la Maison de Marthe, un organisme communautaire fondé par l'anthropologue Rose Dufour pour leur venir en aide.

    Pendant ce temps, l'Alliance solidaire féministe pour les droits des travailleurs du sexe réunissait hier soir un panel au théâtre Sainte-Catherine, auquel étaient attendues notamment Lucie Lemonde, professeure en sciences juridiques de l'UQAM, Colette Parent, professeure en criminologie à l'Université d'Ottawa, Me Debora de Thomasis, avocate criminaliste, et Émilie Laliberté, directrice générale de l'organisme Stella.












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