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    Universités francophones canadiennes - Que deviendraient les francophones hors Québec sans leur réseau universitaire?

    12 mars 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    À travers le Canada, les treize universités qui enseignent en français jouent un rôle déterminant dans la survie des communautés francophone hors Québec. «On constate aisément que, là où il y a une certaine vitalité dans les communautés francophones, c'est souvent où se trouve un établissement universitaire francophone, relate Yvon Fontaine. Il faut comprendre que notre mission est unique au Canada parce que nous œuvrons dans des milieux minoritaires.»

    Yvon Fontaine est un ancien président de l'Association des universités francophones canadiennes, qui regroupe ces treize établissements situés hors du Québec. Il préside actuellement l'Agence universitaire de la Francophonie, qui regroupe 774 établissements universitaires situés dans 91 pays. Il est en outre le recteur de l'Université de Moncton, qui dessert la communauté acadienne. Il est par conséquent au fait de ce que vivent les minorités francophones d'un bout à l'autre du pays.

    «Savez-vous que les Acadiens sont l'un des groupes les plus scolarisés au Canada?, lance-t-il. L'Acadie s'est transformée de façon extraordinaire ces cinquante dernières années grâce au fait, me semble-t-il, que l'Université de Moncton y est présente.»

    Réalités méconnues

    L'Association des universités francophones canadiennes, dont M. Fontaine est toujours membre, compte deux établissements dans les provinces de l'Atlantique: l'Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et l'Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse. L'Ontario compte huit établissements: l'Université d'Ottawa, l'Université Saint-Paul et le Collège universitaire dominicain (tous à Ottawa), l'Université laurentienne et l'Université de Sudbury (à Sudbury), le Collège universitaire Glendon associé à l'Université York

    de Toronto, l'Université de Hearst ainsi que le Collège militaire royal du Canada à Kingston. Enfin, l'Ouest canadien compte trois établissements: le Collège universitaire de Saint-Boniface (Manitoba), le Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta et l'Institut français de l'Université de Regina (Saskatchewan).

    «Nous regroupons deux types d'établissements, souligne Yvon Fontaine. Il y a, d'une part, des universités autonomes qui offrent la gamme des programmes et, d'autre part, les établissements affiliés à de grandes universités anglophones. Je dirais que chacun fait face aux mêmes défis — aux mêmes difficultés — que les universités anglophones de leur province respective.»

    Par contre, ajoute-t-il, les universités francophones ont davantage de difficulté à recruter de nouveaux étudiants. «Dans le cas de l'Université de Moncton, par exemple, notre bassin de recrutement est bien entendu l'Acadie.» Toutefois, la population de celle-ci est en déclin constant, de sorte que l'université doit recruter hors de son bassin naturel.

    «Il est difficile pour nous de recruter au Québec, étant donné que les droits de scolarité y sont plus "raisonnables" que les nôtres, lance M. Fontaine en riant. Nous nous sommes par conséquent orientés vers la francophonie internationale.» C'est ainsi que son établissement figure parmi les 20 % de toutes les universités canadiennes qui ont le plus haut pourcentage d'étudiants étrangers. «Nous accueillons des étudiants de l'Europe, du Maghreb, de l'Afrique de l'Ouest et subsaharienne ainsi que quelques étudiants asiatiques», dit-il. Elle compte même le plus grand nombre d'étudiants haïtiens avec visa. «Notre stratégie a en fait porté des fruits.»

    Rappelant que le Canada est réputé sur la scène internationale pour la qualité de ses établissements d'enseignement, le président de l'Agence universitaire de la Francophonie constate que c'est un avantage dont cherchent à profiter toutes les universités. En ce qui concerne la sienne, elle tire en outre avantage du fait que, en 1999, elle a accueilli les chefs d'État du Sommet de la Francophonie. «Beaucoup de politiciens étrangers ont alors découvert l'université d'une ville de taille humaine dotée d'installations modernes et extraordinaires, explique fièrement le recteur. Je crois que ce fut un beau tremplin pour nous à l'international, et on en profite encore!»

    En outre, à travers le Canada, les universités francophones cherchent à recruter un certain nombre d'anglophones issus des programmes d'immersion en français. «Nos universités ont beaucoup de succès auprès des anglophones qui désirent étudier dans leur langue seconde», dit-il.

    Synergie Québec-Canada

    Étant donné que beaucoup d'universités francophones canadiennes n'offrent pas de programme d'études de maîtrise et de doctorat, bon nombre de leurs étudiants viennent compléter leur formation au Québec. «Je m'en réjouis, lance M. Fontaine. Je pense que la présence des universités francophones hors Québec est très bénéfique pour le système québécois, puisque, si nous n'existions pas, moins de nos étudiants feraient leurs études universitaires en français au Québec. C'est une belle synergie qui permet à nos jeunes de saisir les réalités québécoises.»

    Il déplore cependant l'absence de programmes de mobilité qui permettrait, entre autres, aux étudiants québécois de passer une année ou un semestre dans une université francophone hors Québec — comme certains le font à Paris ou ailleurs dans le monde — ainsi qu'à ceux du reste du Canada de séjourner au Québec. «J'ai toujours pensé qu'il serait très intéressant pour la solidarité francophone du Canada qu'on développe un programme de mobilité entre nous, dit-il. En principe, rien n'empêche quelqu'un qui étudie à l'Université Laval de passer un semestre ou une année à Moncton... et ce serait bon pour tout le monde. Pourquoi valorise-t-on le séjour de nos étudiants à l'étranger mais pas à l'intérieur même de notre propre réseau?!»

    «Je pense que nous avons des richesses extraordinaires à partager autant entre nous, francophones, qu'entre francophones et anglophones à l'intérieur du Canada, estime Yvon Fontaine. Nous avons beaucoup à recevoir et beaucoup à donner!»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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