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    Centrale des syndicats du Québec - Une charte de la laïcité s'impose

    Bouchard et Taylor proposaient la préparation d'un livre blanc

    5 mars 2011 |Claude Lafleur | Actualités en société
    Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec: «Le projet de loi 94 ne répond pas aux demandes historiques de la CSQ visant à baliser la séparation de l’Église et de l’État.»<br />
    Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec: «Le projet de loi 94 ne répond pas aux demandes historiques de la CSQ visant à baliser la séparation de l’Église et de l’État.»
    «Le gouvernement du Québec fait fausse route en matière de laïcité, puisque le projet de loi 94 ne résoudra en rien le débat visant à définir une laïcité pour le Québec. Nous vivons dans une société qui tente de converger vers un consensus le plus large possible, alors que ce projet de loi ne fait que constater l'état du droit tout en nous entraînant dans du règlement à la pièce.» La CSQ dénonce la situation.

    Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec, dénonce donc le projet de loi qui établit les balises encadrant les demandes d'accommodement dans l'administration gouvernementale et dans certains établissements.

    «Ce projet risque de nous conduire à une impasse!», soutient-il. M. Parent souligne en outre que, puisque le projet de loi 94 cherche à baliser le port du voile, il ne vise par conséquent qu'une communauté religieuse: «On ne se contera pas d'histoire, dit-il, c'est carrément la communauté musulmane qui se trouve au coeur du projet de loi 94!»

    Or, rappelle le chef syndical, bien qu'on ait tendance à penser que ceux qui réclament le plus d'accommodements raisonnables sont les immigrants, «vous seriez surpris de voir à quel point il s'agit souvent de gens qui sont nés au Québec. Ce sont souvent des ultracatholiques et des ultraprotestants qui veulent afficher dans l'espace public leur appartenance religieuse. Ce n'est pas propre aux musulmans et c'est là l'un des défauts du projet de loi 94.»

    Dans un communiqué, la centrale syndicale précise ce qui suit: «Le projet de loi 94 ne répond pas aux demandes historiques de la CSQ visant à baliser la séparation de l'Église et de l'État et à définir vraiment la place de la religion dans les institutions publiques. La CSQ demande par conséquent au gouvernement de retirer ce projet de loi, pour plutôt soumettre à la consultation un livre blanc sur la laïcité afin de parvenir à doter le Québec d'une charte sur la laïcité.»

    «Pourquoi ne pas mener le véritable débat sur la laïcité?», demande Réjean Parent, en rappelant que la commission Bouchard-Taylor a justement suggéré la préparation d'un livre blanc. «Pourquoi donc ne pas instituer une charte de la laïcité qui nous donnerait la vision la plus commune possible?», propose-t-il.

    À ceux qui estiment que le débat sur la laïcité a déjà eu lieu, M. Parent rappelle que la commission Bouchard-Taylor — la Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles — «n'a pas été un succès de toute évidence, puisque les commissaires ont eux-mêmes proposé au gouvernement d'élaborer un livre blanc sur la question. Et qui dit livre blanc dit débat public.»

    Il explique qu'un tel document donnerait la vision gouvernementale et les axes d'une politique sur la laïcité, pour être ensuite soumis aux différentes composantes de la société civile. «Il y a un certain travail qui a été fait par la commission Bouchard-Taylor, estime M. Parent, mais, à présent, il appartient à l'État d'élaborer un projet de charte qui aurait préséance sur toutes les autres lois. Énoncé dans un livre blanc, ce projet de charte serait débattu par les citoyens et citoyennes ainsi que par les grands acteurs de la société civile.»

    «Le débat n'a donc pas été fait, et même les commissaires en ouvraient la porte en proposant la rédaction d'un livre blanc», insiste le président de la CSQ.

    Un État neutre

    Le débat n'a d'autant pas eu lieu que même la centrale syndicale n'a pas une vision claire concernant certains aspects de la laïcité, dont le port de signes religieux évidents. «En ce qui concerne la notion de porter ou non des signes ostentatoires, je dirais qu'il y a plusieurs courants qui nous traversent, même chez nous à la CSQ, indique M. Parent. Il y a donc une nécessité d'en débattre correctement.»

    Néanmoins, poursuit-il, ce qui est clair pour la CSQ — «ce qui ne fait pas de doute» — c'est la nécessité d'afficher la neutralité de l'État et des institutions publiques. «Il nous apparaît clair que nos institutions doivent être indépendantes de toute appartenance à un groupe religieux — elles doivent même apparaître comme aucunement soumises à l'influence d'aucun groupe religieux. Surtout, les comportements qui sont adoptés par l'État, ses hauts fonctionnaires, ses fonctionnaires, ses travailleuses et travailleurs dans les différents réseaux qui sont sous sa gouverne doivent refléter cette neutralité.»

    Par conséquent, une charte de la laïcité assurerait cette neutralité. «Or c'est là que le port ou non de signes religieux ostentatoires pour le personnel de l'administration publique devrait faire l'objet d'un débat, enchaîne M. Parent. Selon nous, tout ce qui pourrait nuire à l'apparence de la neutralité de l'État et de ses représentants doit être scruté à la loupe... En fin de compte, ce n'est pas porter un signe qui nous apparaît problématique, mais la non-apparence de la neutralité que cela peut conférer à l'institution publique.»

    Ainsi, lors de la récente commission parlementaire sur la laïcité, le chef syndical a souligné que le projet de loi 94 «revient à garder tout le dossier de la laïcité ouvert alors que, ultérieurement, on devra faire face à de nouvelles demandes [de la part de groupes religieux] qui nous obligeront à "manoeuvrer". Et, encore une fois, il appartiendra au personnel [des institutions publiques] d'évaluer la nature des accommodements raisonnables demandés — s'il y a lieu d'accommoder ou non la demande... s'il y lieu a de se raccommoder!»

    Selon Réjean Parent, il ne fait aucun doute que le projet de loi 94 ne répond pas aux aspirations de l'ensemble de population. «Il ne répond en rien aux problèmes soulevés en lien avec la laïcité», tranche-t-il. «Pourquoi ne pas régler une fois pour toutes — ou, du moins, pour un bon bout de temps — la question de la laïcité dans les lieux publics?, lance-t-il. Pourquoi ne pas se donner une loi fondamentale qui établirait clairement la neutralité de nos institutions publiques et qui déterminerait ce qui est acceptable pour l'ensemble de la société?»

    ***

    Collaborateur du Devoir












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